‹ L'art byzantinChapitre 3 sur 151 · LIVRE I. — CHAPITRE I. il · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE I. il

se représenter sous des formes sensibles ses dogmes, ses croyances, ses espérances.

Ce fut en Orient, je crois, que naquit Part clirétien. Pendant plusieurs siècles, en effet, le christianisme s^est propagé dans le monde sous des formes helléniques; à Rome même le grec était la langue officielle de PEglise, la langue des Evangiles, des liturgies et souvent des inscriptions funéraires. L'art ne s'essaya d'abord qu'à de timides et modestes images d'une signification mystique, telles que le poisson, symbole du Christ, ou la colombe, symbole du fidèle. Puis, s'enhardissant, il représenta le Sauveur sous les traits du Bon Pasteur et aborda la reproduction de quelques épisodes des livres saints. Il n'y a pas lieu de nous arrêter longtemps à cette période d'origines. Tandis qu'à Rome les nécropoles chrétiennes des premiers siècles ont livré aux artistes et aux archéologues une riche série de peintures et de sculptures, en Orient, les découvertes ont été rares jusqu'ici. A peine peut-on signaler çà et là quelques fresques à demi effacées, quelques sculptures mutilées, et les rapprocher des renseignements peu nombreux qu'on trouve dans les écrits des Pères. Pourtant, tout semble indiquer que l'Orient a contribué pour une large part à la formation de l'art nouveau. N'est-ce pas à l'Orient que Rome chrétienne a emprunté même les formes architectoniques de ses nécropoles souterraines?

Dans ces premiers essais d'un art qui débute quelques traits essentiels doivent être notés. Sur toute l'étendue de l'empire il se présentait aux yeux sous des formes presque identiques : en Orient comme en Occident, on traitait les mêmes sujets et de la même façon. Ces

ressemblances tenaient, non point à une réglementation tyrannique imposée par le clergé, mais à une communauté naturelle d'inspirations et de sentim.ents. Parmi tous les événements racontés dans les livres saints et dont le prêtre expliquait aux fidèles le sens mystique, Tartiste, quelle que fût sa patrie, se sentait surtout attiré vers ceux qui offraient un caractère plus doux et plus familier, tels que les miracles du Christ. Il évitait les scènes terribles de la Passion ou la reproduction trop précise de ces persécutions que subissait la foi nouvelle. Préparés aux supplices, les fidèles aimaient mieux cependant de moins tristes images et se plaisaient surtout à Texpression de leurs croyances et de leurs espérances. De là, dans ces œuvres imparfaites, une simplicité touchante et un charme pénétrant qui se dégage des sentiments qu'elles traduisent. Les motifs empruntés à la nature n'y sont point rares. Dans les catacombes de Rome, l'œil rencontre sans cesse sur les peintures des fleurs et des arbres ; il en était de même en Orient, où on se représentait le ciel comme un grand jardin, plein d'ombrages et d'eaux courantes. « Introduisez-les, Seigneur, dit la liturgie d'Alexandrie en parlant des morts, rassemblez-les dans le lieu de verdure, sur les eaux de repos, dans le paradis de joie, d'où sont bannis la douleur, la tristesse et les gémissements. » Or, dans cette même ville d'Alexandrie, une des rares fresques chrétiennes de cette époque qui se soient conservées en Orient s'inspire de ces poétiques images : l'artiste qui a représenté la multiplication des pains a groupé ses personnages à l'ombre des arbres, dans des attitudes pleines de naturel ; ils mangent en paix, sous la protec-

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