LIVRE II. — CHAPITRE I
tour de rhémicycle, que recouvre la grande demi-coupole orientale, s^ouvrent trois absides : au centre, Tab-
side principale, qui se prolonge à Porient et se termine par une voûte en cul-de-four, et deux absides secondaires
à droite et à gauche de l'abside principale. Le fond des deux absides secondaires est ouvert sur les bas côtés et leur voûte est soutenue dans cette partie par deux colonnes. Le pourtour de Thémicycle occidental est pénétré de la même manière, mais Tarcade centrale n'est pas terminée en cul-de-four ; la voûte se prolonge jusqu'au mur de face dans lequel sont percées les trois portes qui communiquent avec le narthex^ » Les bas côtés, depuis le sol jusqu'à la naissance des arcs, sont divisés en deux étages ; l'étage supérieur portait le nom de gynécée. La lumière pénètre dans tout l'édifice par un grand nombre de baies : quarante fenêtres s'ouvrent à la base de la coupole, d'autres sont percées dans les murs pleins des grands arcs du nord et du midi, dans les demi-coupoles et dans les absides.
La construction de la coupole centrale avait été un problème difficile à résoudre, à cause des proportions immenses qu'on avait voulu lui donner. On lui attribua pour points d'appui des piliers massifs, appareillés avec beaucoup de soin, afin d'éviter qu'ils ne cédassent et ne s'écartassent sous la pression qu'ils devaient supporter. Mais de bonne heure on craignit pour la coupole même : les architectes qui avaient eu l'audace de la construire se défiaient de leur œuvre. Ils y employèrent donc des matériaux particuliers, notamment des tuiles blanches et spongieuses, fabriquées à Rhodes, et si légères qu'il en fallait cinq pour égaler le poids d'une tuile ordinaire.
-I. Labarte, Le Palais de Constantinople et ses abords, Sainte-' Sophie, le Forum Augiistœon et l'Hippodrome, Paris, 1861, p. 24 et suiv.-
LIVREII. — CHAPITRE I. 45>
Malgré ces précautions, on ne tarda pas à reconnaître combien les craintes étaient fondées. Les années qui suivirent furent signalées par des tremblements de terre quelquefois fort violents : il y en eut un en 553 qui se prolongea pendant quarante Jours, un autre en 55/ qui jeta bas une partie de la ville. La coupole de Sainte-Sophie se ressentit de ces secousses répétées, des fissures s'y produisirent et, le 7 mai 558, elle s'écroula. D'après quelques auteurs, les architectes chargés de rechercher la cause de cet accident déclarèrent qu'on avait eu le tort, lors de la construction, d'enlever trop vite les cintres en bois afin de travailler aux mosaïques. Justinien fit reconstruire la coupole. Anthémius et Isidore étaient morts, mais ce dernier avait laissé un neveu qui fut chargé de ce travail. Il augmenta encore l'élévation de la coupole, mais en même temps il donna plus de solidité aux grands arcs. Cette fois, on laissa plus longtemps en place les cintres et les échafaudages, puis on inonda d'eau la partie inférieure de l'église afin que les pièces de bois en tombant ne pussent pas ébranler les constructions nouvelles.
Pour bien se rendre compte de Sainte-Sophie il faut encore observer comment elle se rattachait aux monuments voisins. Ce n'était point une église isolée, elle faisait partie de cet immense ensemble d'édifices qui formaient le quartier impérial. Qu'il allât assister aux jeux du cirque dans l'Hippodrome ou qu'il vînt prier à Sainte-Sophie, l'empereur, à vrai dire, ne sortait point de chez lui. Quand il avait traversé le Forum, il trouvait sur le côté méridional de l'église toute une série de salles qui lui étaient réservées. Dans l'une il pouvait re-
cevoir; une autre lui servait de vestiaire et quelquefois de salle à manger, et c'était par une autre encore qu'il faisait son entrée solennelle dans le sanctuaire.
Dans le mobilier et la décoration de l'église tout répondait à ces idées de magnificence dont l'esprit de Justinien était comme enivré. Vers le centre de l'édifice, l'ambon était une grande tribune surmontée d'un dôme et d'une croix : l'éclat de l'or et des pierres précieuses s'y mêlait à celui des plus beaux marbres. Le sanctuaire était séparé du reste de l'église par une clôture toute en argent. Sur les colonnes qui s'y trouvaient se détachaient dans des médaillons les images du Christ, de la Vierge, d'anges, d'apôtres et de prophètes. L'autel était en or et sur ce fond éclatant étincelaient les gemmes et les émaux. Au-dessus s'étendait, en forme de ciborium, un dôme surmonté d'une grande croix d'or; quatre colonnes en argent doré le soutenaient.» Qui ne serait étonné, dit un poète de cette époque, à l'aspect des splendeurs de la sainte table? qui pourrait en comprendre l'exécution, lorsqu'elle scintille sous des couleurs variées et qu'on la voit tantôt refléter l'éclat de l'or et de l'argent, tantôt briller comme le saphir, lancer en un mot des rayons multiples, suivant la coloration des pierres fines, des perles et des métaux de toute sorte dont elle est composée ? » La nuit, aux grandes fêtes, l'église s'éclairait comme d'une immense illumination, car, d'après les écrivains byzantins, on n'y comptait pas moins de 6,000 candélabres dorés.
A la voûte de la coupole et des absides, le long des parois se déroulaient d'immenses mosaïques décoratives. Là, sur un fond d'or ou d'un bleu foncé, appa-