‹ L'art byzantinChapitre 29 sur 151 · LIVRE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II

Au point de vue technique, les mosaïstes byzantins n'avaient pas moins bien compris les conditions de leur art. Tandis que, depuis le moyen âge, on a multiplié les tons afin de se rapprocher de Paspect de la fresque, ils ne les employèrent qu'en petit nombre, juxtaposant les couleurs tranchées, négligeant les nuances intermédiaires. Comme la mosaïque est faite pour être vue de loin, la dureté de ces oppositions se perd dans Pharmonie générale de l'œuvre ; mais, en revanche, tout se détache avec une vigueur et un éclat incomparables. Les figures s'enlèvent sur un fond d'un bleu ou d'un or intense ; les tons vifs et nets des vêtements forment avec ce ton uniforme un contraste puissant; souvent, pour mieux accuser le dessin, une ligne noire indique les contours du corps et les traits du visage. Tout dans l'exécution contribue donc à donner à l'œuvre ce caractère d'une décoration bien comprise, où le regard est saisi par la recherche des grands effets fortement accusés.

On trouve encore en Orient quelques mosaïques de cette époque. J'ai déjà parlé de celles de Sainte-Sophie. Dans une église de Salonique qui portait le même nom et qui est aujourd'hui transformée en mosquée, l'Ascension du Christ est représentée à la voûte de la coupole, tandis qu'à l'abside la Vierge, assise sur un trône orné de gemmes, porte dans ses bras l'Enfant Jésus ^ Un des célèbres monastères du mont Sinaï conserve des mosaïques qu'on attribue à la même époque et

1. Texier, Arch. by^., pi. XL, XLI; Duchesne et Bayet, Mission en Macédoine.

qui reproduisent des épisodes de la vie de Moïse et la Transfiguration du Christ^. Au reste, à Gonstantinople même, ce genre de décoration était employé pour d^autres édifices encore que les églises, et Procope décrit une mosaïque qui se trouvait au Palais. « Les artistes, dit-il, y ont représenté les guerres et les combats du règne, les villes prises en Italie et en Afrique. Justinien est victorieux, grâce à Bélisaire, et celui-ci, de retour avec son armée, lui offre le butin, les rois et les royaumes, les trésors. Au milieu, Justinien et Theodorapleins d'allégresse, célèbrent ce triomphe, tandis que lecrois des Goths et des Vandales implorent leur clémence. Autour les sénateurs manifestent leur joie-. «

G'est encore à Ravenne qu'il faut chercher les plus belles mosaïques byzantines de cette époque. Rien en ce genre n'égale la décoration de l'abside de Saint- Vital. Dès qu'on y pénètre, le regard est attiré par deux grandes compositions d'un intérêt historique. D'un côté, Justinien, entouré de dignitaires et de gardes, de l'autre Théodora, suivie des femmes de sa cour, offrent des présents à l'église : l'impératrice franchit l'atrium, où se trouve la fontaine sacrée, tandis qu'un serviteur soulève devant elle les voiles suspendus à la porte du temple. Son costume est splendide : une large broderie, qui représente l'Adoration des mages, orne le bas de la robe; des joyaux couvrent la poitrine; de la chevelure pendent sur les épaules des torsades de perles et de gemmes; un haut diadème couronne la tête ceinte du

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