LIVRE I. — CHAPITRE I. ij
tion du Christ, et rien n'est plus simple et plus gracieux que ce repas rustique.
Par la forme même, l'art chrétien primitif procède de Tart antique. Qu'on place devant les monuments qui nous en restent un artiste fort sensible au style, mais peu versé dans l'interprétation des sujets, souvent rien dans l'exécution ne l'avertira qu'il est en présence d'un art nouveau : les procédés ne diffèrent point de ceux que montrent les monuments profanes de cette époque. Tous ces artistes, païens ou chrétiens, appartenaient à une même école; ils changeaient de croyances, non de style. La transformation ne pouvait se faire que dans la suite; et en Orient l'art byzantin resta longtemps fidèle au souvenir de l'art antique.
Au commencement du iv^ siècle, sous le règne de Constantin, une grande révolution s'accomplit dans l'histoire du christianisme ; persécuté la veille, il entra tout à coup en possession de la faveur impériale. Cet événement devait exercer une influence profonde sur le développement de l'art chrétien. On le vit s'épanouir en plein jour, sous des formes nouvelles et plus riches. Partout s'élevaient des églises. « Dans chaque ville, écrit un contemporain, l'historien ecclésiastique Eusèbe, ont lieu des fêtes pour les dédicaces d'églises, pour les consécrations d'oratoires nouvellement construits. A cette occasion les évêques s'assemblent, les pèlerins accourent des régions éloignées; on voit éclater l'affection des peuples pour les peuples. » C'est Constantin lui-même qui dirige ce mouvement et qui, pour multiplier les édifices sacrés, met à la disposition des chrétiens les richesses de l'État.
Les écrivains de cette e'poque mentionnent un grand nombre d'églises qui furent élevées alors en Orienta Ces édifices, auxquels on donnait le nom de basiliques, rappelaient en effet le plan des basiliques profanes par quelques-unes de leurs dispositions générales. Un portique extérieur en indiquait Tentrée. Après l'avoir franchi, on pénétrait dans une grande cour carrée, Vatrium, bordée de portiques sur les quatre côtés et ornée au centre d'une fontaine qui servait aux ablutions sacrées. Enfin l'église proprement dite, à laquelle on accédait par trois portes, était divisée en trois nefs par une double colonnade : la nef centrale, plus large que les autres, était fermée vers le milieu par une balustrade à hauteur d'appui et réservée au clergé; la nef de droite était destinée aux hommes {andron]\ celle de gauche aux femmes (jnatronikion). Dans la partie supérieure de la net centrale se trouvait l'autel, encore fort simple; sur les côtés une ou deux chaires ou ambons. De ce côté l'église se terminait par une abside, au fond de laquelle se trouvait le siège [cathedra) de l'officiant. Enfin l'édifice n'était pas voûté, les charpentes du toit tantôt étaient apparentes, tantôt étaient cachées par un plafond de bois qu'on décorait quelquefois de dorures. Telle était dans ses traits généraux la basilique constantinienne qui plus tard, en Orient, devait faire place aux églises à coupoles.
A côté de ce type en quelque sorte classique de l'ar-
I. Voy. Ciarapini, De sacris œdijiciis a ConstautinoMagnoconstructis, Rome, lôgS; Hubsch (trad. Guerber), Monuments de Varchitecture chrétienne depuis Constantin jusqu'à Charlemagne, Paris, 1866; De Vogué, Les églises de Terre-Sainte, 1860, etc.