LIVRE II. — CHAPITRE II
Quant à la peinture murale, si les œuvres s'en sont perdues, les textes des écrivains du temps en font connaître quelques exemples. La mosaïque e'tait un mode de décoration trop dispendieux pour qu'on pût toujours l'employer; souvent donc on avait recours à la fresque. Un rhéteur, Ghoricius, a longuement décrit* celles qui ornaient une église de Gaza au vi* siècle. Tous les sujets étaient empruntés au Nouveau Testament, Le cycle des peintures commence à l'Annonciation : l'ange, descendant du ciel, s'approche de la Vierge, occupée à filer; il lui parle et il semble qu'on entende ses paroles ; la Vierge est étonnée de ce spectacle inattendu, et la pourpre qu'elle tisse s'échappe presque de ses mains. La Visitation vient ensuite et l'on voit Elisabeth se précipiter vers la Vierge, dont elle voudrait embrasser les genoux, tandis que celle-ci l'en empêche. Plus loin est représentée la Nativité, Fane et le bœuf sont auprès de la crèche oii repose le nouveau-né ; la Vierge est couchée, à demi accoudée sur le bras droit. Puis une voix céleste avertit les bergers, les distrait de leurs troupeaux; ils les laissent dans le pâturage, auprès d'une source, à la garde du chien, et se dressent à l'appel. Les uns portent leurs houlettes, d'autres s'en servent pour s'appuyer. L'ange leur apparaît, il leur indique où se trouve l'Enfant; les troupeaux, qui ne se doutent point de l'apparition, paissent ou s'abreuvent, mais le chien, plus intelligent, semble comprendre que quelque chose d'extraordinaire se passe. La peinture suivante représente le vieillard Si-
I. Clioricii Ga:jaei Orationes, éd. Boissonade, p. 91 et suiv.
7tf L'ART BYZANTIN.
méon saluant TEnfant divin porté sur les bras de sa mère. Telles sont les scènes qui ont trait à Tenfance du Christ. Celles qui viennent ensuite représentent les principaux miracles du Sauveur. On assiste d'abord aux noces de Cana : le Christ, accompagné de sa mère, change Peau en vin; un des serviteurs verse dans les amphores Peau contenue dans un vase; un autre, après avoir rempli le cratère, le fait circuler autour de la table ; il semble que le vin soit d'un agréable bouquet, car la figure enluminée de celui qui boit montre le plaisir qu'il y trouve. Ici c'est la belle-mère de Pierre que le Sauveur guérit à la demande de l'apôtre; là le paralytique, le serviteur du centurion, délivrés de leurs souffrances. Plus loin on porte au tombeau le fils de la veuve, mort à la fleur de l'âge; des femmes le suivent en gémissant; mais leur douleur se change en des transports de Joie à la vue du miracle accompli par le Christ. Le repentir de la femme adultère, la tempête apaisée, le Christ marchant sur les flots et sauvant Pierre, la guérison du possédé etdel'hémorroïsse, la résurrection de Lazare figurent aussi dans cette seconde série de sujets. Enfin viennent les épisodes empruntés aux derniers jours du Christ : la Cène, la trahison de Judas, les souffrances et le jugement du Christ, Pilate se lavant les mains, la crucifixion, les soldats gardant le tombeau , l'Ascension. Malheureusement Choricius, d'abord prodigue de détails sur la composition de ces tableaux, en devient plus avare à partir de l'épisode des noces de Cana, et quelques-unes des dernières scènes sont à peine indiquées. Néanmoins sa description montre clairement quel esprit présidait à
LIVREII. — CHAPITREII. 77
Tordre et à la distribution de ces peintures; sans doute on ne traitait point tous les sujets de TÉvangile, mais on les classait en trois séries chronologiques : les scènes de Tenfance, les miracles, la Passion, Ainsi se développait le système de décoration dont on a signalé les origines dans un des chapitres précédents.