LIVRE II. — CHAPITRE IV
pereur l'entraînèrent fatalement à de véritables excès : l'art religieux eut ses martyrs. En 754, Constantin réunit en concile les évêques de son parti : « Nous nous sommes convaincus, dirent-ils, que Tart coupable de la peinture est un blasphème contre le dogme fondamental de notre salut, c'est-à-dire l'incarnation du Christ... Que fait l'ignorant artiste qui, par un sacrilège esprit de lucre, représente ce qui ne doit pas être représenté et veut, de ses mains souillées, donner une forme à ce qui ne doit être cru que de cœur? Il fait une image et il l'appelle le Christ. Le nom de Christ signifie Dieu et homme. Par conséquent, c'est là une image de Dieu et de l'homme, dont il a d'une manière insensée représenté la divinité qui ne peut point l'être, et mêlé dans son œuvre la divinité à la chair créée, mélange qui ne doit jamais avoir lieu... Si quelques-uns disent que nous avons raison au sujet des images du Christ, mais que nous avons tort au sujet des images de Marie, des prophètes, des apôtres et des martyrs, qui n'ont été que des hommes et ne se composaient pas de deux natures, nous répondrons qu'on doit rejeter les unes comme les autres. Le christianisme a renversé le paganisme tout entier, non point seulement les sacrifices païens, mais les images païennes. » Des mesures générales suivirent ces déclarations et, dans les églises, les peintures murales et les mosaïques furent couvertes de chaux. Cependant, telle était la puissance des arts décoratifs, qu'on recula devant la triste impression de murs blancs et nus : aux scènes religieuses se substituèrent des paysages, des compositions qui n'avaient aucun caractère sacré. C'est ainsi que chez les musulmans, où existent les mêmes
no L'ART BYZANTIN.
prohibitions, l'art décoratif trouve encore sa place dans les mosquées, et parfois y charme les yeux par mille combinaisons ingénieuses de dessins et de couleurs.
A partir de ce concile, les poursuites contre les moines et les partisans des images devinrent plus cruelles. Beaucoup furent jetés en prison, battus, mis à mort. Constantin V en arriva même à poursuivre la ruine complète du monachisme. Ces violences amenèrent une réaction. Le successeur de Constantin V, Léon IV (775-780), se montra déjà moins acharné; après sa mort, Timpératrice Irène voulut rétablir le culte des images et opposer aux décisions du concile de 754 Pautorité d'un concile nouveau. Les premières tentatives ne turent pas heureuses. Les iconoclastes comptaient de nombreux partisans dans Tarmée ; les gardes impériaux dispersèrent les évêques assemblés en les menaçant de mort. Irène parvint cependant à briser ces résistances et, en 787, le concile se réunit à Nicée. Les actes qui en font connaître les délibérations intéressent Thistoire de Tart, car les évêques travaillèrent à rassembler tous les arguments, historiques et théologiques, en Phonneur du culte des images. L'œuvre du concile de 754 fut abolie. « Nous décrétons la restauration des saintes images, dirent les pères. Elles seront rétablies dans les églises, sur les objets du culte, sur les vêtements religieux, sur les murs, sur les tableaux isolés, dans les maisons et dans les rues ; car, plus on les voit, plus on s'élève jusqu'au souvenir respectueux dû aux personnages qu'elles représentent. Nous décrétons qu'on les baisera, qu'on se prosternera devant elles, mais sans leur rendre le véritable culte