LIVRE IL— CHAPITRE IV. m
qui n'est dû qu'à la nature divine. » Même ici se révélait encore Tinfluence des iconoclastes : tout en condamnant ce qu'il y avait d'excessif dans leurs doctrines, leurs adversaires réagissaient, eux aussi, contre ces superstitions grossières, contre cette adoration matérielle des images que le parti vaincu avait combattues.
D'ailleurs, dans la première moitié du ix* siècle, les iconoclastes eurent encore l'avantage. Léon l'Arménien (8 1 3-820), Théophile (839-842), leur furent favorables. De nouveau les images disparurent et Théophile ordonna même la fermeture de tous les monastères dans les villes et dans les villages. Parmi les victimes se trouva un peintre dont les chroniqueurs vantent le talent et le courage. Nous connaissons si peu la biographie des artistes byzantins que j'ai cru bon de rapporter ce qu'on sait de celui-ci. « Le moine Lazare était alors célèbre comme peintre ; Théophile voulut le contraindre à la soumission. Quand il eut vu qu'il n'en pouvait venir à bout par la persuasion, après l'avoir souvent réprimandé, il le fit battre. On y mit tant de cruauté que ses chairs tombaient en lambeaux tout ensanglantés et que beaucoup croyaient qu'il ne pourrait survivre. Enfermé en prison, dès qu'il commença à se rétablir, il se remit à peindre de saintes images. L'empereur l'apprit et ordonna de lui appliquer sur les mains des plaques de fer rougies au feu; ses chairs se consumèrent ainsi jusqu'à ce que, vaincu par la douleur, il tombât à demi mort. Cependant Théophile, touché par les prières de l'impératrice et de quelques autres personnes de son entourage, le laissa sortir de prison. Il se réfugia dans l'église de Saint-.Tean-Baptiste
lia L'ART BYZANTIN.
et là, tout souffrant encore de ses plaies, il exécuta cette image du Précurseur qui y existe et qui est cause de tant de guérisons. Après la mort du tyran, quand brilla la lumière de la vraie foi, il rétablit sur la porte de la Chalcè, au palais impérial, Timage du Christ ^ » Dans cette légende monastique il doit y avoir une part de vérité, car la chronique pontificale de Rome apprend que le peintre Lazare fut, dans la suite, envoyé en ambassade auprès du pape Benoît III, et longtemps après on montrait encore quelques-unes de ses œuvres auxvoyageurs venus d'Occident.
Cependant la cause des iconoclastes devait définitivement succomber. A la mort de Théophile, son fils n'ayant que trois ans, ce fut sa veuve Théodora qui exerça le pouvoir. Du vivant même de son mari, elle n'avait point cessé d'être secrètement attachée à la cause des images. Aussitôt, de toutes parts, les moines accoururent auprès d'elle et de ses parents ; ils triomphèrent sans peine, et il fut même décidé que chaque année serait célébrée une grande fête, la fête de l'orthodoxie, en l'honneur du rétablissement du culte des images.
Aujourd'hui encore on retrouve dans l'art byzantin le souvenir de la défaite des iconoclastes. Un manuel, rédigé longtemps après et dont les peintres monastiques suivent les prescriptions, indique comment on doit représenter le concile de Nicée et l'exaltation des saintes images ^, Ces compositions se bornent à glorifier Irène et Théodora, et la mémoire des empereurs iconoclastes est laissée dans l'ombre. Mais, dans un manuscrit du