LIVRE I. — CHAPITRE I
sance, entouré d'apôtres et de saints. Pour mieux le glorifier, on introduit au ciel toutes les magnificences de la cour impériale. Dans les œuvres où triomphent ces idées nouvelles, le Christ n'apparaît plus sous les traits bienveillants du Bon Pasteur, mais sous Paspect superbe d'un monarque oriental : il est assis sur un trône tout brillant d'or et de pierres précieuses ; le nimbe, symbole de puissance, ceint sa tête; calme, impassible, il domine le monde, qu'il bénit d'un geste royal. Autour de lui se tiennent des anges, gardes du corps de la cour céleste, qui, par leurs longues ailes, rappellent les victoires et les génies de l'art païen.
Il n'est pas jusqu'aux procédés techniques de décoration qui ne se modifient. A côté de la peinture, la mosaïque, plus riche et plus durable, prend une place sans cesse plus grande. A de rares exceptions près, les Romains l'avaient employée surtout pour des pavements; les artistes chrétiens s'en servent pour reproduire de grandes compositions sur les parois des nefs et des absides, et par là on peut dire qu'ils l'ont véritablement transformée ^
Bien qu'on sache avec certitude que cette révolution dans l'art chrétien date de Constantin, on ne peut guère citer en Orient d'œuvres authentiques qui remontent à son règne. 11 faut se contenter des textes des écrivains anciens qui montrent avec quelle ardeur et quelle libéralité il encouragea les artistes. Le changement de capitale qui s'accomplit alors eut non moins d'influence
I. Sur la mosaïque et les procédés techniques de cet art, voy.un des volumes de cette collection : Gerspach, La Mosaïque.
i8 L'ART BYZANTIN.
sur Pavenir de Part grec au moyen âge, parce qu'il lui ménagea un centre où il put se manifester dans toute Toriginalité et la splendeur de ses conceptions.
La transformation de Pantique Byzance en Constantinople est un des grands événements de Phistoire du monde. Elle a eu pour conséquence de diviser l'ancien empire romain en deux parties, dont les destinées ont été fort diverses. Constantinople est devenue le foyer d'une civilisation brillante, où les influences orientales se sont mêlées à Phellénisme. A ce point de vue, sa situation géographique est vraiment admirable : Constantinople se rattache à la fois à PEurope et à PAsie, tandis que dans son port vaste et sûr peuvent s'abriter les vaisseaux qui la mettent en relations continues, d'une part avec les régions de la mer Noire, de l'autre avec tous les peuples de la Méditerranée. De là sa splendeur, ses richesses, et aussi l'immense influence qu'elle a exercée au moyen âge.
La nouvelle capitale fondée par Constantin a depuis longtemps disparu; aux monuments du iv® siècle d'autres ont peu à peu succédé, jusqu'au moment où les malheurs de l'Orient et la conquête turque ont presque entièrement détruit la ville byzantine. C'est donc aux écrivains du moyen âge qu'il faut recourir pour se faire une image à peu près exacte de la cité constantinienne^.
Ce fut vers 328 ou 829 (les dates indiquées par les
I. Ces documents ont été plusieurs fois réunis et mis en œuvre : voy. surtout Banduri, Imperium orientale, 171 1; Ducange, Constaniinopolis christiana, 1680; Unger, Quellen der By:{antinischen Kunstgeschichte, Vienne, 1 878; Byzantios, KwvcnavttvouTto),!?, 1861-1863, Pasoati, BvJ^a-mvat ^jieXéTai, 1877, ^^^-