LIVRE III. — CHAPITRE III. I.-.Ç
séde, beaucoup ne sauraient être attribuées avec certitude à une époque antérieure au xiii^ siècle. Cependant, longtemps avant, les Byzantins révéraient déjà des images miraculeuses de la Vierge*. Une de celles qui ont le plus de valeur artistique se trouve maintenant à Rome, dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure-; la beauté du type de la Vierge, Pélégance de l'ajustement des draperies méritent l'admiration. Dans les églises des couvents de TAthos, on conserve aussi des images de la Vierge auxquelles on assigne une date fort reculée, sans toutefois en faire honneur à saint Luc. Il n'en est aucune dont j'ose garantir ici la haute antiquité'. A Saint-Marc de Venise, se trouve encore un tableau qui représente la Vierge et qui, d'après une tradition fort ancienne, fut enlevé aux Grecs dans une bataille en i2o3. La Madone, qui a reçu le nom de Nicopea (Victorieuse), est représentée à mi-corps, tenant son fils. L'exécution en est bonne, et le type que l'artiste a donné à la Vierge est celui qu'on retrouve sans cesse à cette époque. Le cadre du tableau est fort riche, tout décoré d'émaux.
L'usage s'était introduit, vers le x" ou le xf siècle, croit-on, d'exécuter de petits tableaux en mosaïque. On employait à cet effet des fragments de pierre ou de verre qu'on assemblait avec de la cire blanche.
1. Je laisse de côté les images achéropites (non faites par la main) du Christ, qui du reste ne présentent guère d'intérêt artistique.
2. Garrucci, ouvr. cité, pi. GVII, a publié quelques-unes de ces images.
3. On en trouvera des reproductions, du reste fort mauvaises, dans un album religieux publié sn 1861 à Constantinople('AvwT£pa ènicTAtacft; in\ loû 'AO 0).
C'était déroger aux principes de la mosaïque que de la plier à ces menus travaux où elle perdait son véritable caractère. Cependant, ces tableaux étaient fort recherchés. Quelques-uns existent encore dans les trésors des églises d'Orient; le couvent de Vatopédi en possède un qui représente la Crucifixion. D'autres sont passés en Occident. 'Deux sont conservés au trésor du Dôme de Florence, et reproduisent des épisodes empruntés à rÉvangile et aux livres apocryphes : TAnnonciation, la Nativité, la Présentation au Temple, le Baptême du Christ, la Transfiguration, la Résurrection de Lazare, rentrée de Jésus à Jérusalem, la Crucifixion, la Descente du Christ aux Enfers, PAscension, la Pentecôte, la Mort de la Vierge. On y trouve donc toute une série de compositions dont Tétude est intéressante au point de vue de la formation de Ticonogrophie byzantine. Au Louvre, une petite mosaïque de ce genre représente la Transfiguration ; deux autres appartiennent à la collection Basilewski, et offrent les figures de Samuel et de saint Théodore, etc.*. Tous ces tableaux, dont il serait inutile de dresser ici le catalogue -, se distinguent par les qualités dont les manuscrits à miniatures vont nous présenter des exemples plus nombreux.
En effet, les renseignements qu'on peutglaner dans les
1. Collection B:isilewsky', catalogue, p. 25, Saint Théodore se retrouve encore sur une œuvre de ce genre conservée au Musée chrétien du Vatican.
2. M. Julien Durand {le Trésor de Saint-Marc, p. 48) en a indiqué plusieurs à Venise et dans des collections particulières. — D'autres ont été signalés par Odobesco, Ann. archéoî., t. XXVII, p. 262; Muntz", les Mosaïques by:^antines portatives. Bulletin monumental, 1886.
FiG. 44. — l'Annonciation.
(Tableau en mosaïque : CoUectiDn privée.
i$2 L'ART BYZANTIN.
écrivains byzantins, les quelques œuvres que j'ai citées ne permettraient point de se faire une idée de ce que fut alors la peinture, si on n'avait conservé de cette époque toute une série de manuscrits à miniatures qui nous révèlent Part byzantin sous une de ses formes les plus dignes d'attention. On se figure volontiers que la défaite des iconoclastes avait eu pour conséquence d'asservir plus étroitement encore l'art à l'Eglise, et on se représente les peintres condamnés à reproduire, sous peine d'hérésie, les compositions et les types consacrés par l'orthodoxie monastique. Au ix« et au x' siècle, ce qui se manifeste, c'est au contraire la renaissance du goût s'alliant à l'admiration des oeuvres antiques. Ici encore le triomphe du parti monastique ne fut que partiel : il avait rétabli le culte des images, mais il ne put reconquérir d'abord toute son influence, ni arrêter ce réveil des esprits dont les luttes du viii« et du ix* siècle avaient été la cause. Il semblait même qu'il eût été entraîné à son tour dans ce mouvement; parfois les peintres monastiques s'écartaient, eux aussi, des enseignements traditionnels pour chercher des formes nouvelles et plus libres. Depuis Justinien, l'art s'était développé avec un caractère d'uniformité majestueuse et, pour employer un mot qu'il est plus facile de comprendre que de définir, il était devenu hiératique. Au ix* siècle et dans la première moitié du x% si on consulte les miniatures, il semble s'être transformé, et apparaît plus vivant et plus naturel.
A vrai dire, deux écoles étaient en présence. Les pères du concile de Nicée n'avaient point entendu accorder aux peintres la liberté des conceptions. « Les
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