LIVRE III. — CHAPITRE III
d'anachorètes sont déjà peintes d'un style sec et dur, les attitudes des personnages ont souvent quelque chose de raide et de compassé. Lorsque le peintre veut
Fie. $2. PRÉSENTATION DE tA VIERGE AU TEMPLE.
(Bibliothèque nationale, xe siècle.)
représenter la foule, il ne sait pas y introduire la vie et la variété; il groupe les figures par masses profondes et régulières; aux derniers rangs, on finit par ne plus apercevoir que des tètes symétriquement étagées. Le dessin même est souvent incorrect, les artistes ne savent pas présenter les tètes de profil. Un trait déjà
sensible dans les manuscrits antérieurs se retrouve ici: en bien des endroits, les peintres se rattachent aux traditions de Tart du vi' siècle, parfois même à celles de Tart chrétien primitif. C'est ainsi qu^une miniature qui représente des épisodes de Thistoire de Jonas rappelle, par certains détails de la composition, les peintures des catacombes. A la première page, le Christ, entouré des apôtres, semble copié d'après quelque mosaïque, et souvent les saints rangés sous des arcades offrent des analogies frappantes avec les mosaïques de Saint- Georges de Salonique, décrites dans un des chapitres précédents. Les figures d'orants et d'orantes se rencontrent presque de page en page.
A mesure qu'on s'avance vers le xni« siècle, les défauts s'accentuent. Dans un manuscrit du xi* siècle, qui contient des sermons pour les fêtes de la Vierge, les personnifications mythologiques des fleuves sont encore assez fréquentes, et d'ailleurs elles ne disparaîtront jamais de l'art byzantin. L'ornementation est toujours fine : c'est ainsi que, en tête du premier sermon, sur le fond d'or de la miniature, des animaux et des oiseaux se jouent à travers un feuillage aux tons variés. Mais trop souvent, quand il s'agit de la figure humaine, l'exécution devient maladroite ou inexacte; les proportions mêmes du corps ne sont plus observées, et, par une recherche d'élégance maniérée, il s'allonge et s'amincit.
Encore faut-il se garder ici de toute exagération. Dans les œuvres du xi« et du xn* siècle, les belles miniatures ne sont point rares. Quelques exemples le prouveront. Ainsi cette peinture d'un manuscrit du xi* siècle