‹ L'art byzantinChapitre 85 sur 151 · LA VIERGE, ANNE ET JOACHIM · texte numérisé non relu

LA VIERGE, ANNE ET JOACHIM

(Bibliothèque nationale, xi^ siècle.)

sonnifications de fleuves; pourtant la figure du Jourdain, qui, dans le Baptême du Christ, avait sa place depuis le v siècle, ne se retrouve plus, et l'artiste du

XI* siècle s'est, en cette occasion, montré plus sévère que ne devaient Pêtre ses successeurs. Si Pélément profane est en général éliminé, la vie du Christ est presque entièrement retracée. Quelques épisodes sont même deux fois reproduits et avec des variantes : au feuillet lo, le Christ sur la croix est vêtu d'une longue tunique sans manches; tandis qu'au feuillet 98, le haut du corps est nu.

Un Evangéliaire du même couvent est d'époque un peu plus récente (xii* siècle), mais d'une exécution artistique bien supérieure. Dix-huit miniatures, peintes sur fond d'or, occupent chacune une page entière et forment de véritables tableaux. Or quelques-unes représentent les événements les plus importants de la vie du Christ, ceux que l'art a le plus souvent reproduits : la Nativité, le Baptême du Christ, la Transfiguration, la Présentation au Temple, la Crucifixion, la Lamentation funéraire auprès du corps du Christ, la Résurrection, l'Ascension, la Pentecôte. Pour donner une idée du développement de ces compositions, je décrirai une des plus belles : la Nativité.

Le peintre a voulu réunir dans un seul tableau des épisodes que les Byzantins isolent en général, la Nativité même et l'Adoration des mages. Dans une grotte creusée au flanc d'une montagne, la Vierge est étendue sur une draperie; à sa droite, TEnlant repose, non point dans un berceau rond, mais dans une sorte de cassette en bois. Près de lui sont les animaux de la Nativité, l'âne et le bœuf. Saint Joseph est assis aux pieds de la Vierge sur un pliant. Plus loin, l'Enfant est de nouveau représenté entre les mains de deux femmes qui le lavent

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dans une vasque de pierre. En face de la Vierge arrivent les rois mages, vêtus du costume oriental : le premier est un vieillard à barbe blanche, le second un homme mûr et barbu, le troisième un jeune homme imberbe; derrière la Vierge se tient un berger qui s'appuie sur un bâton; il lève les yeux vers le ciel où plane le chœur des anges. Là brille Pétoile rouge et radiée; une traînée bleue s'en détache et s'étend jusque sur la tête de la Vierge et du Christ. Toutes les parties de cette composition sont bien reliées les unes aux autres et l'ensemble est plein de grâce; bien que le manuscrit ne semble que du xii" siècle, on ne sent encore ici nulle raideur dans le style. Je crois que, pour cette époque, aucun des manuscrits conservés en Occident n'égale en beauté celui de Vatopédi, Par contre, la décadence est sensible sur un autre manuscrit du même couvent, qui paraît dater aussi du xiia siècle ou du xiii' et qui contient des commentaires sur le livre de Job : tout est gauche, laid, mal composé, mal dessiné, atrocement colorié. D'après quelques détails du costume, quelques accessoires, il se pourrait du reste que ce manuscrit n'eût été peint qu'après la conquête franque.

Qu'on mette en regard des miniatures, soit de ces manuscrits, soit du Ménologe de Basile II, les passages correspondants du Manuel du xv* siècle, on sera frappé de rencontrer souvent une identité presque complète. Si ces miniatures ne sont que des copies réduites des fresques du xi« et du xUg siècle, à leur tour les fresques des siècles suivants, grâce à leur similitude avec ces copies, se rattachent nettement au système iconographique qui avait alors prévalu.

J'en citerai, entre bien d'autres, quelques exemples frappants. Au viii^ siècle, saint Jean Damascène signale des peintures qui représentent le Jugement dernier. Le Christ est assis sur le trône, entouré des légions des anges; un fleuve de feu part du pied du trône et dévore les pécheurs. A la droite du Christ sont les élus pleins de joie. Au ix^ siècle, le roi des Bulgares, Bogoris, fit appeler un moine byzantin, Méthode*, et le chargea de décorer son palais. Méthode peignit le Jugement dernier, et ce spectacle amena la conversion de Bogoris. Or, dans le ManueP, dans les fresques des églises byzantines de nos jours se retrouve ce fleuve de feu qui est le seul détail bien précis de la description de saint Jean Damascène.

D'après une légende accréditée par les évangiles apocryphes, le Christ, après sa mort, descendit aux enfers pour déliver les âmes des justes de Tancienne loi. Dans le grand évangéliaire de Vatopédi et dans le manuscrit des sermons pour les fêtes de la Vierge, ce sujet est traité. L'enfer ou plutôt THadès, ainsi que l'appellent encore les Byzantins, est divisé en plusieurs étages. Devant Tétage supérieur, oti sont enfermés plusieurs personnages nus, le Christ arrive, précédé d'un ange. Au-dessous, le Christ sort de l'Hadès pour entrer dans un jardin planté d'arbres; il tient Adam de la main gauche, Eve le suit, puis saint Jean- Baptiste et la foule des prophètes. Qu'on lise la com-

1. Léger, Cyrille et Méthode, p. 87 et suiv., ne voit là, il est vrai, qu'une légende sans valeur historique.

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