LIVRE III. — CHAPITRE IV
images triomphèrent, il est vraisemblablequMls n'encou-
FIG. 59. SCULPTURES DE CIVIDALE E l« FRIOUt.
ragèrem guère la sculpture déjà si délaissée :n'eût-ce pas
i8<5 L'ART BYZANTIN.
été donner raison à leurs adversaires qui les avaient accusés d'idolâtrie? Toutefois ces reproches atteignaient surtout les statues, les œuvres de ronde-bosse qui reproduisent la réalité même de la forme humaine. Le basrelief n'offre point ce caractère, et, dans une certaine mesure, se rapproche des conditions de la peinture, puisqu'il n'exprime cette même forme qu'à l'aide d'illusions et de conventions. L'Eglise se montra donc plus facile à cet endroit : non seulement la sculpture sur ivoire se maintint dans tout son éclat, mais la sculpture sur marbre et sur pierre, ainsi restreinte, ne disparut pas entièrement. On en a signalé des exemples sur divers points de l'Orient et J'en ai rencontré même au mont Athos, le sanctuaire par excellence des traditions les plus sévères.
Une œuvre mérite d'être tout d'abord citée, à cause de son antiquité et de sa date certaine : ce sont les basreliefs (en stuc, il est vrai) qui décorent l'église de Cividale en Frioul. On sait qu'ils furent sculptés au viii* siècle, lors de la construction de l'édifice. Par la géographie ils appartiennent à l'Italie; mais, si opposé que l'on soit aux hypothèses, il est difficile de ne point reconnaître ici la main d'un artiste grec, probablement de quelque moine chassé par la persécution des iconoclastes. Dans ces images de saints et de saintes tout en effet est de style grec, les attitudes calmes et symétriques, le costume tout chargé de broderies et de pierres précieuses, enfin les caractères mêmes de l'exécution. Au contraire, rien n'y rappelle les œuvres italiennes de cette période.
A Ravenne, dans l'église de Santa-Maria in Porto, se trouve un bas-relief qui, dit la légende, serait arrivé
Fie. CO. MADONE ORANTE.
Bas relief à Santa-Maria in Porto. (Kavcuiie.)
miraculeusement de Grèce en Italie vers l'an iioo. Les sigles qui indiquent le nom de la Vierge, aussi bien que le style de l'œuvre, ne laissent aucun doute sur l'origine de cette sculpture : elle a dû être rapportée au temps des croisades. La Vierge a Tattiiude de Forante; la tête est régulière, belle, et l'ensemble offre un caractère de grandeur remarquable. L'exécution est simple et assez heureuse, bien qu'elle manque parfois de souplesse dans les draperies. Cette œuvre, perdue au fond d'un sanctuaire étranger, encadrée dans une bordure moderne de mauvais goût, frappe le visiteur ; elle semble comme exilée d'un monde où se conservait le goût du beau uni au sentiment religieux. Au reste, on reconnaît ici un type que traitaient sans cesse les artistes et dont la sculpture byzantine nous a donné déjà des exemples*. Au mont Athos, dans le couvent de Xeropotamou, plusieurs sculptures appartiennent, je crois, à la période dont nous nous occupons. Ainsi, dans la tour de THorloge, est enchâssé un médaillon qui reproduit les traits d'un des ascètes les plus célèbres de l'Athos, Paul le Xéropotamite, qui vécut au x* siècle et qui appartenait à la famille impériale de Romain Lacapène. Au même endroit, un bas-relief, dont il est difficile de fixer la date, représente une composition fort fréquente en Orient, la Vierge fontaine de vie^. Et, pour n'avoir point à revenir sur les œuvres de ce genre, je citerai encore dès à pré-
1. En Calabre, à la Roccelletta, un bas-relief byzantin représente la Vierge et l'Enfant : Gai^ette Archéologique, i883,p\. 8. Sur d'autres œuvres de ce genre conservées à Venise et de provenance grecque, v. Selvatico, Venei^ia e le sue lagune, t. II, § II, p. 60, 67 et suiv.