Sur cette composition, voy. Didron, Manuel, p
ipo L'ART BYZANTIN.
sent un bas-relief daté de 1496 et qui se trouve dans un mur du couvent de Vatopédi : un prince slave, dont je n'ai pu restituer complètement le nom, offre à la Vierge une église qu'il a fait bâtir en son honneur. Le travail en est du reste grossier. Les sculptures qui reproduisent des sujets profanes sont plus rares. L'exemple le plus curieux que j'en connaisse est un bas-reliet encastré maintenant dans les murs de Saint-Marc, à Venise. Les légendes du moyen âge racontaient qu'Alexandre avait tenté de monter au ciel sur un char attelé de griffons. C'est le sujet qu'un artiste a traité sur ce monument, qui est d'un assez bon style. Son œuvre présente avec les sculptures de la Perse des analogies remarquables; mais, d'autre part, elle ressemble tellement à certains ivoires dont l'origine grecque est certaine, que je crois qu'on peut l'attribuer sans crainte à l'art byzantin *.
Très souvent la sculpture sur marbre ou sur pierre se restreignait à la représentation d'animaux ou de motifs d'ornement. Ou rencontre en Orient de nombreuses dalles byzantines qui reproduisent des aigles, des lions ou des panthères terrassant des biches^. Beaucoup sont de travail fort barbare et de basse époque. Elles ont ce caractère particulier qu'elles imitent fréquemment des motifs que l'art oriental répétait depuis une antiquité très reculée et qui figuraient encore sans cesse sur les étoffes fabriquées en Asie au moyen âge.
Parmi les œuvres que je viens de citer, les meilleures rappellent tout à fait par leur facture les procédés
1. Annales archéologiques, t. XXV, i865; M. Julien Duranc", qui a publié ce bas-relief, en a très bien apprécié le caractère.
2. Voy. comme spécimen le sarcophage de Grégoire, protospatliaire et stratège d'Asie en 1071; Revue archéolog., i" série, 1. 1«^
F 10. (ÎS. LA VIERGE ET l'eNFANT JÉSU:
Ivoire. (D'apris Les AniuiUs archéologiques Je Dulroii.)
ip2 L'ART BYZANTIN.
deTivoirerie. Et, en effet, ici encore, si on veutbien juger ce dont était capable la sculpture byzantine, c'est aux ivoires qu'il faut s'adresser. Beaucoup sont parvenus en Europe à l'époque des croisades ou dans les siècles suivants et sont conservés dans les trésors des églises, dans les musées, dans les collections particulières^ Ils attestent que, du vnf au xiii* siècle, le développement de cette branche de la sculpture a concordé avec le développement de la peinture des manuscrits : ce sont les mêmes qualités d'abord et plus tard les mêmes défauts. Il n'est point facile de faire un choix parmi des monuments si nombreux; cependant quelques pièces me paraissent réclamer l'attention par leur valeur artistique ou historique. Tel est un ivoire qui faisait partie de la collection de M. de Bastard : la Vierge tenant l'Enfant Jésus sur ses genoux est assise sur un trône : en haut, dans les angles, sont sculptés deux anges. C'est une des meilleures œuvres que l'école byzantine ait produites : nul maniérisme, nulle recherche, l'attitude est noble et simple, l'exécution pleine de largeur. Rarement le type de la Vierge a été rendu avec plus de bonheur : les traits, où la délicatesse s'unit à la force, accusent l'ovale régulier du visage; et les yeux grands ouverts, le nez droit, la bouche petite et fine donnent à l'ensemble de la physionomie une expression de majesté et de grâce. Les draperies sont traitées avec la même ampleur; l'artiste n'en fouille moins minutieuse-
1. Voy. surtout Wescwood. Descriptive Catalogue ofthefictile ivories, Londres, 1876 (dans les publications du Musée de Kensington), qui a donné l'inventaire le plus complet des ivoires conservés dans les diverses collections d'Europe.