FIG. 63. LA CRUCIFIXION
Ivoire du Cabinet des médailles. (D'après les Annales archéologiques de Didron.)
est de date un peu plus récente et on peut y observer déjà quelques changements dans le style. Quelquesuns Pattribuent au xi« ou au xii" siècle, d'autres à la fin du XIII" seulement; je pencherais plutôt pour la fin du xi" ou le commencement du xii", Au centre du triptyque est représentée la Crucifixion. La Vierge et
saint Jean sont debout aux côtés de la croix ; plus bas, près du piédestal, sont placés Constantin et Hélène, sous la forme de petits personnages qui n'ont que la moitié de la taille des figures sacrées. Tout en haut, au-dessus des bras de la croix, planent deux anges. Les volets latéraux sont occupés par dix médaillons, où s^encadrent des têtes de saints. Les artistes n'ont pas encore imaginé de placer sur la croix un Christ amaigri dont les membres sont tordus par les convulsions de Tagonie; le corps à demi nu prescrite, au contraire, des proportions assez exactes, des détails assez justes dans le modelé. Les traditions de Técole du ix® et du x" siècle ne sont donc pas encore abandonnées; toutefois, dans les figures de la Vierge et de saint Jean, Télégance, qui est fort grande, touche déjà au maniérisme et les proportions sont trop élancées. Ces tendances s'observent encore dans un autre ivoire qui représente TAscension du Christ. La composition, Texécution n'ont plus autant d'ampleur ni de naturel, les détails sont trop fouillés, la finesse du travail est excessive. Mais ces défauts se dissimulent sous la grâce de l'ensemble, et les figures des deux anges qui volent en soutenant le médaillon du Christ sont du meilleur style ^
Un ivoire conservé à Paris, au Cabinet des médailles, date certainement du xi« siècle. Sur un escabeau richement orné le Christ est debout, vêtu du costume antique, dont l'arrangement conserve encore les plis larges et souples de la bonne école. La figure est de proportions justes et, sous les draperies, se devine
I. Labarte, Album, pi. IX, attribue cet ivoire au ix» siècle; c'est |e crois, une date trop reculée.
F I G. 64. LE CHRIST, ROMAIN F. r EODOXIT.,
Ivoire du Cabiiiut des mùJaiUes. (Mcnic recueil.)
fç6 L'ART BYZANTIN.
un corps bien fait et vivant. La tête, encadrée par une chevelure aux longues boucles, est remarquable de beauté et de grandeur. Le Christ couronne Pempereur Romain Diogène (1068- 1070) et Timpératrice Eudoxie placée à ses côtés; mais, grâce à Tescabeau placé sous ses pieds, il les domine, et Pensemble de la scène présente une disposition pyramidale d^un effet très heureux. Ces figures offrent avec celle du Christ un contraste frappant; raides dans leurs riches vêtements brodés, elles ont les attitudes de convention qu'exigeait Pétiquette byzantine. Les têtes sont de véritables portraits : celle de Romain Diogène, qui cependant montra tant de courage, est molle et glabre comme celle d'un eunuque, tandis que les traits d'Eudoxie, bien dessinés, montrent une beauté intelligente qui s'accorde avec ce que l'histoire nous apprend d'elle.
Parmi les pièces d'ivoire de cette époque, beaucoup servirent à la reliure de manuscrits précieux, mais on appliquait ce système de décoration à des objets de tout genre, ainsi à des autels domestiques, comme celui qui est conservé au musée chrétien du Vatican; ou à des coff"rets sacrés, comme ceux qui se trouvent à Cortoneei à Sens. Le coffret de Cortone a l'avantage d'être daté : il fut donné à un monastère par un des clercs de Sainte- Sophie, sous le règne de Nicéphore Phocas (963-969). Le coffret de Sens offre toute une longue série de basreliefs qui représentent des scènes de Thistoire de David et de Joseph. On y retrouve aussi ces motifs orientaux qui ont déjà été signalés sur les dalles de cette époque.
Les œuvres de l'ivoirerie n'étaient pas exclusivement réservées aux églises. Bien que la plupart de