CHAPITRE IV
celles que nous connaissons soient décorées de sujets religieux, on en peut citer cependant qui n'ont point ce caractère. La collection Basilewsky, si riche en monuments du moyen âge, possédait plusieurs coffrets de ce
F 10. 6$. COFFRET DE SENS. (Détail.)
genre; sur le plus important sont sculptés des guerriers, dont quelques-uns portent le costume asiatique. On a supposé qu'on pouvait y voir un souvenir des victoires remportées au delà de TEuphrate par Basile le Macédonien, en 872. S'il est difficile d'admettre une date si précise, tout au moins doit-on y reconnaître une œuvre du ix® ou du x* siècle ^
I. Collection Basilewsky, pi. VIII et IX, et p. Sg. Les bordures ornées de rosaces ou d'étoiles qui figurent ici se retrouvent sur un grand nombre d'ivoires byzantins de cette période.
içS L'ART BYZANTIN.
Quand il s'agit de ces monuments, les dates qu'on peut proposer sont toujours hypothétiques ; celles-là seules méritent d'être acceptées avec une entière confiance qui sont attestées par une inscription authentique. Si Je me suis parfois écarté des dates que d'autres avaient fixées, je dois ajouter que celles que j'adopte n'ont qu'une valeur très relative. De fort savants écrivains se laissent aussi entraîner à accorder à l'art byzantin des monuments dont l'origine est incertaine. On ne saurait se montrer trop prudent dans ces attributions. Ces réserves faites, les œuvres vraiment byzantines sont toujours assez nombreuses pour prouver combien furent prospères ces ateliers d'ivoiriers qui travaillèrent du ix* au xni* siècle. Si on y peut démêler vers la fin des signes de décadence, encore cette décadence est-elle pleine d'intérêt.
Les artistes de cette époque savaient travailler avec beaucoup d'habileté les pierres fines. Un des exemples les plus intéressants que j'en connaisse est une coupe en ophite, conservée au mont Athos, et dont je ne puis malheureusement donner un dessin. Au centre est représentée la Vierge orante ; l'Enfant Jésus est placé sur sa poitrine et comme retenu dans les plis de son vêtement. De chaque côté de la Vierge se tient un ange qui l'encense. Tout autour, dans une bande circulaire, se développe une procession; chacun des personnages qui la composent est isolé dans une petite arcade : des anges portent des encensoirs, des flambeaux, des pains sacrés; le Christ, en costume épiscopal, figure au commencement et à la fin du cortège. Au centre est placé un autel surmonté d'un petit dôme. Dans une seconde
ïoo L'ART BYZANTIN.
bande circulaire, qui enveloppe la première, le centre de la composition est encore occupé par un autel. De chaque côté se tient un ange prosterné et adorant ; le reste de la bande est rempli par les apôtres, représentés dans la même attitude que les anges. Cette œuvre offre de curieuses analogies avec diverses compositions qu''on rencontre souvent dans les églises byzantines, telles que la Divine Liturgie et les vingt-quatre stations de la Mère de Dieu : ici encore, on surprend le travail de formation de l'iconographie grecque, telle qu'elle s'est maintenue depuis. Or la date de cette coupe peut être fixée, grâce à une inscription placée sur la monture en argent doré qui en orne le bord : « Don de Pulchérie Auguste ». Ce n'est point ici de Pulchérie, sœur de Théodose II, qu'il peut être question, mais de Pulchérie, sœur de Romain III (1028-1034). Le travail très fin, l'élégance des draperies s'accordent d'ailleurs avec cette date.
Le Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale et le musée du Louvre possèdent un certain nombre de camées byzantins. Tous sont décorés de sujets religieux. Un des plus beaux représente le Christ entre deux saints guerriers, saint Georges et saint Démétrius^ Ainsi, tandis que l'art de tailler les pierres fines semblait s'être perdu en Occident, en Orient il se maintenait encore. Cependant, s'il faut en croire Labarte, il y aurait disparu dès la fin de la période que nous étudions. « Les camées byzantins, dit-il, sont presque tous antérieurs au xi* siècle; il y en a quelques-uns de cette époque où a commencé pour
I. Chabouillet, Catalogue des camées et pierres gravées de la. Bibliothèque nationale.