‹ L'art byzantinChapitre 95 sur 151 · Vie de Basile le Macédonien, ch. lxxxv · texte numérisé non relu

Vie de Basile le Macédonien, ch. lxxxv

2. Barbier de Montault, la Bibliothèque Vaticane, p. 114, ii5.

3. Salzenberg, Alt-christliche Baudenkmale von Konstantinopel, pi. XIX.

LIVREIII. — CHAPITREIV. aoj

simple et consiste en croix, en feuilles de vigne et en motifs ornementaux. Au x« siècle, l'empereur Constantin Porphyrogénète avait exécuté lui-même, pour le chrysotriclinium du palais, des portes d'argent avec les images du Christ et de la Vierge. Au xf siècle, l'activité des ateliers byzantins est attestée par toute une série de travaux importants qui leur furent commandés par des Italiens. Les grandes villes italiennes avaient des comptoirs en Orient ; quelques-unes, comme Venise et Amalfi, étaient en relations politiques et commerciales avec Byzance. Parmi les premières familles d'Amalti brillait alors celle du comte Mauro : deux de ses membres furent surtout célèbres, Maurus et son fils Pantaleo. Tous deux étaient en rapports suivis avec Constantinople, ils y possédaient une riche maison et avaient reçu le titre de patrice et consul ; Pantaleo joua un rôle politique et soutint la cause des empereurs grecs contre les Normands ^ En 1066, il donna au dôme d'Amalfi des portes de bronze, exécutées à Constantinople, et où sont représentés, dans les quatre grands compartiments du centre, le Christ, la Vierge, saint Pierre et saint André. Quand Léon, abbé du Mont-Cassin, les vit, elles lui plurent tellement qu'il envoya à Constantinople les mesures des portes de son église. Pantaleo contribua encore à cette dépense, mais les portes du Mont-Cassin ne présentent point de figures : on y plaça des inscriptions qui énumèrent les possessions de l'abbaye. En 1076, il donna à l'église de Sant-Angelo in monte Gargano des portes dontladéco-

I. Heyd, Geschichte des Lcpaiitehaiidcls im Mittelalter, 1879, t. I", p. 112,

ration est beaucoup plus intéressante pour Thistoire de Tart; celles de Péglise du Saint-Sauveur d'Atrani furent dues, en 1087, à la libéralité de son fils, qui portait le même nom que lui. A son tour, Robert Guiscard, après s'être emparé de Salerne (1077), offrit au dôme de cette ville des portes qui ont la même origine. On y voit, aux côtés de saint Mathieu, les figures de Robert Guiscard, de sa femme, et du protosebastos Landulf Botromiles, qu'une inscription indique comme le fondateur de Téglise ^

Je passe rapidement sur toutes ces œuvres pour arriver à la plus importante de toutes, les portes de réglise de Saint-Paul hors les Murs, à Rome. Ici encore, des inscriptions lont connaître avec certitude la date et l'origine. Elles furent commandées par l'abbé de Saint-Paul, Hildebrand, le futur Grégoire VII, et exécutées à Constantinople en 1070 par un artiste du nom de Stauracios; Pantaleo se chargea des frais. On a cru souvent qu'elles avaient disparu en 1823, lors du grand incendie qui dévasta Saint-Paul hors les Murs; mais elles ont survécu, bien que fort maltraitées. On ne les a point remises à leur ancienne place, mais on les a reconstituées dans un des vestibules de l'église.

Les sujets traités sont de ceux que nous avons signalés déjà bien des fois : des événements de la vie du Christ, des scènes de martyre, des figures de prophètes et de saints, des inscriptions y remplissent cinquante-

I. Ces portes byzantines du sud de l'Italie ont été reproduites dans les ouvrages de Schulz, Denkmaler der Kunst des Mittelalters in Sud-Italien, 1840; et Huillard-BréhoUes, Monuments de l'histoire des Normands dans le sud de l'Italie, 1844.

ao(î L'ART BYZANTIN.

quatre compartiments. Le style porte les traces de cette recherche qui distinguait les œuvres de la fin du xf siècle de celles du ix* et du x^ siècle; les proportions ne sont plus assez observées, les figures s^amaigrissent. Mais ce qui attire surtout Tattention, ici comme dans la plupart de ces œuvres, c'est la technique même qui a été employée : on se trouve en présence non point de bas-reliefs, mais de plaques de bronze damasquinées. Sur le fond de métal Tartiste a dessiné en creux les traits des figures, les plis des vêtements, puis, dans les sillons ainsi ménagés, il a inséré des fils d'argent et d'or. Les têtes, les pieds, les mains étaient en émail. Malheureusement cette décoration, si riche et si compliquée, a fort souffert; longtemps avant l'incendie de 1823, les matières précieuses avaient tenté l'avidité des voleurs*.

Les mêmes procédés et le même style se retrouvent à une des portes de Saint-Marc de Venise qui, d'après une hypothèse qui peut paraître vraisemblable, daterait d'une époque (vers io85) où Alexis Comnène voulut prouver sa reconnaissance aux Vénitiens. Mais alors les arts allaient renaître en Italie : aussi, pour les deux portes qui accompagnent la première, les Vénitiens n'eurent point recours aux ateliers orientaux, ils s'adressèrent à des artistes indigènes qui imitèrent les modèles byzantins. Il en tut de même dans le sud et dans le centre de l'Italie, où, dès le xi* siècle, les portes d'églises de Ravello, de Trani, de Monreale, de Pise, de Lucques sont

I. Les portes de Saint-Paul ont été publiées, avant l'incendie, par d'Agincourt, Histoire de l'art par les monuments, t. IV, pi. XIII à XX.

Fie. 69. UÉTAIL DF.3 PORTES DE BKONZE DE S A I N T - P A U L

Page 1