LIVRE III — CHAPITRE IV. aij
de Part byzantin; pourtant ils n'ont pas tous même valeur. On sent que plusieurs artistes y ont travaillé qui n'étaient point contemporains les uns des autres. D'après une ancienne tradition, que confirment quelques passages des vieux chroniqueurs vénitiens, le doge Orseolo aurait fait venir de Constantinople, en 976, un devant d'autel magnifique qui, dans la suite, aurait été dressé sur l'autel même et serait devenu la Pala d'Oro. Si l'on s'en rapporte à des inscriptions placées sur le monument même, cette transformation pourrait être attribuée au doge Ordelafo Faliero, et en même temps il aurait ajouté de nouvelles plaques à celles qui existaient déjà (iio5). Enfin, en 1209 et en i345, la Pala fut encore restaurée et enrichie de nouvelles gemmes ^ L'intervention d'Ordelafo Faliero est attestée par un autre témoignage : au-dessous du médaillon du Christ se trouve placée la Vierge ; elle est entourée, d'un côté, par l'impératrice Irène, femme d'Alexis Comnène, qui vécut à la fin du xi" siècle et au commencement du xii« siècle; de l'autre, par Ordelafo Faliero luimême, vêtu du costume des hauts dignitaires de la cour de Byzance.
Dans ce mélange d'émaux d'époques diverses on a essayé de déterminer les parties les plus anciennes ; Labarte croit les reconnaître dans les médaillons du Christ et de saint Michel, dans les compositions de la partie supérieure, dans six figures d'archanges et six figures de prophètes de la partie inférieure ; mais cette
I. Ces diverses restaurations ont eu pour conséquence d'intervertir l'ordre primitif et logique de plusieurs émaux.
ai4 L'ART BYZANTIN.
opinion n'est pas admise de tous, et d'ailleurs il me paraît presque impossible qu'on arrive jamais à une solution certaine. Seuls, des inventaires détaillés du xi« et du xni* siècle pourraient substituer aux hypothèses contradictoires des arguments solides.
Les détails que nous avons donnés sur ce chefd'œuvre de l'orfèvrerie byzantine dispenseront d'insister longuement sur les autres monuments de ce genre que contient le trésor de Saint-Marc. Encore Venise n'at-elle conservé qu'une partie de ce qu'elle possédait autrefois; dans plusieurs autres églises existaient des retables byzantins qui ont disparu. Ailleurs, si on ne trouve point réunies en un même lieu tant de pièces précieuses, de belles œuvres de l'orfèvrerie byzantine méritent pourtant de fixer l'attention. Tel est, par exemple, le reliquaire de Limbourg, qui offre ce grand intérêt qu'on en connaît avec certitude la date et la provenance *. Une inscription grecque indique en effet qu'il fut exécuté sur l'ordre des empereurs Constantin et Romain, c'est-à-dire entre 948 et 959. Le reliquaire a la torme d'un coffret ; le centre du couvercle et l'intérieur de la boîte sont décorés d'émaux, dont l'encadrement est orné de perles et de pierres précieuses. Les plus beaux sont ceux du couvercle. Assis sur un trône, le Christ est entouré de la Vierge, de saint Jean-Baptiste et de deux anges. Les douze apôtres sont disposés dans une rangée supérieure et dans une rangée intérieure. « Les divers personnages figurés sur ce reli-
I. Ernst aus'm Weerth, Das Siegeskreu^ der by^^antinischen Kaiser Constantinus VII, 18G6.