‹ L'art chinois (volume 2)Chapitre 50 sur 107 · STATUES D ANIMAUX · texte numérisé non relu

STATUES D ANIMAUX

Avenue conduisant à la sépulture des Ming, près Pékin. — xve siècle.

bouddhiques. Telles sont les deux idoles gigantesques que l'on voit encore à Hang-tcheou et à Sin-tchang, dans la province du Tche-kiang. Sculptées dans le roc, dont llles se détachent presque entièrement, elles mesurent, Pune 40 pieds et Tautre 70. Toutes deux datent de la fin du vnr siècle. L'élévation de ces statues nous donne lieu de croire qu'elles représentent non pas Çakya-Mouni, dont la taille traditionnelle est de

i6 pieds, mais Maitreya, le Bouddha à venir, qui aura 60 pieds de haut quand il apparaîtra, dans trois mille ans, pour rappeler au monde les prédications oubliées du divin Çakya.

Ces deux figures, assez grossièrement taillées et mal proportionnées dans leurs formes, ont, dit-on, une certaine grandeur, une majesté calme et sereine où se reflète vaguement la mansuétude infinie du Dieu à naître.

Les œuvres de cette dimension sont assez rares en Chine : elles sont d'inspiration directement indienne et ont été exécutées généralement vers les viiie et ix' siècles de notre ère, c'est-à-dire dans le temps des grands pèlerinages bouddhiques.

Les artistes chinois continuèrent ainsi pendant quelque temps de reproduire, de copier servilement les idoles que, dans Tardeur de leur foi nouvelle, les croyants des premiers jours étaient allés chercher sur les bords de Tlndus et du Gange.

Mais, par un singulier contraste, Faction du bouddhisme, qui fut si puissante sur Part du bronze, qui renouvela le génie des ciseleurs chinois, qui leur inspira des œuvres si libres, si hardies et si sincères, — s'arrêta net dans la sculpture lapidaire, et la statuaire de pierre en demeura toujours à la première, étape de son développement. En même temps, la production cessait et c'est à peine si nous avons quelques œuvres à signaler. Qu'on regarde les statues de la grande avenue qui conduit aux tombeaux des Ming (1420) ou de celle qui mène aux sépultures des Thsing (1644), qu'on étudie les bas-reliefs qui ornent les arcs de triomphe, les pagodes et quelques temples, palais ou tombes de Pékin,

LA PIERR E SCU LPT1: E. I4J

la même impression se dégage, celle d'un tirt incom-

STATUEDEMANDARIN.

Avenue conduisant à Li sépulture des Ming, près Pékin. — xv< siècle.

plet, sans élévation, sans idéal et sans fantaisie, incapable dMnterpréter les formes de la vie physique et les aspects de la vie morale, indifférent à la beauté plastique ou impuissant à la dégager. Il faut peut-être cher-

cher la cause de cette décadence prématurée de la statuaire dans la conception toute particulière que les Chinois se font de la personnalité humaine. Les traits physiques d'une créature vivante leur importent peu quand ils veulent la représenter ou en éveiller Tidée ; avec une imagination tout abstraite, ils estiment que leur écriture, dont les milliers de caractères représentent, comme Ton sait, non des sons, mais des idées et des nuances d'idées, est un procédé supérieur à tous les arts pour exprimer l'ensemble de qualités et de particularités qui constitue une personne. Et c'est ainsi que la Salle des Ancêtres, que l'on trouve dans chaque palais et dans chaque maison particulière, présente aux yeux des descendants non pas une série de bustes de marbre ou de bronze, comme les effigies funéraires de l'antiquité gréco-latine, mais une collection de planchettes de bois noir sur chacune desquelles est gravé en caractères d'or le nom symbolique du défunt.

Même lorsqu'il s'est agi de représenter les animaux, dont les sculptures primitives ont cependant toujours aimé à reproduire les formes franches, nettement saisissables, plus faciles à observer et à rendre que les modelés complexes du corps et du visage humains, les sculpteurs chinois sont restés au-dessous du médiocre. En visitant nous-meme les tombeaux des Ming, près de Péki'n, et en voyant les statues d'animaux que nous reproduisons ci-contre, nous nous rappelions involontairement les effigies si puissantes, si personnelles et si expressives des lions, des chevaux et des onagres dont la sculpture assyrienne décorait ses palais royaux, et ce souvenir nous révélait combien le génie plastique a

LA PIEKK E SCULPTEE.

manqué aux Chinois, puisque, entres dans la civilisation vers le même temps que PAssyrie, ils n'ont jamais pu se hausser, dans la statuaire, jusqu'au point ou les artistes primitifs de Ninive s'étaient élevés d'instinct et presque au premier effort, vingt-cinq siècles auparavant.

BAS-RELIEF DE HIAO-t'anG-CHAN — 11' SIÈCLE A P. J.-C.

LE BOIS ET L'IVOIRE SCULPTES

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