‹ L'art chinoisChapitre 12 sur 106 · LION DE FO (BOUDDHA · texte numérisé non relu

LION DE FO (BOUDDHA

(Collection de M. H. Cernuschi.)

prés de douze années. Quand il revint en Chine, il rapporta avec lui une précieuse collection de statues et de livres religieux. On l’accueillit dans sa patrie avec les plus grands honneurs, et la réception des objets sacrés

qui formaient son convoi donna lieu à d’imposantes cérémonies ‘.

Ainsi, des spécimens d’une esthétique nouvelle

URUtE-rARFUMS. — XVIe SIÈCLE.

(Collection de M. H. Ccrnuschi.)

s’introduisaient en Chine, et ils rencontraient, pour

i. Stanislas Julien, Histoire de la vie de Hiouen-Thsang. On peut consulter sur les rapports de la Chine avec l’Inde, du 11e siècle av. J.-C. jusqu’au xvuc siècle de notre ère, un mémoire publié par G. Pauthier dans le Journal asiatique (3e série, t. VIII) sous le titre : Examen méthodique des faits qui concernent le Thien-tchu ( l’Inde ) (traduit en partie d’un ouvrage chinois).

LE BRONZE

s’y répandre, les conditions les plus favorables à la propagation des formes d’art, l’établissement d’une religion.

Les disciples de Confucius et ceux de Lao-tse ne pouvaient voir avec indifférence cette fortune inouïe du bouddhisme. Au vin' siècle, une réaction se forma, qui alla toujours grandissant et qui finit par triompher vers le milieu du ixe siècle. Un édit de l’empereur Hiouen-Tsong (8q5 apr. J.-C.) ordonna la destruction de q5,ooo temples ou monastères. Cette mesure iconoclaste acheva sans doute de détruire ce qui avait échappé aux persécutions du ve siècle, et il est probable que des premières productions de l'art bouddhique en Chine, peu ont survécu et ont pu parvenir jusqu’à nous.

L’avènement de la dynastie mongole des Youen, en 1260, fut pour le bouddhisme le signal d’une nouvelle prospérité, et en quelques années les bonzes eurent reconquis la situation dont ils jouissaient aux vi* et vu* siècles.

Sous la dynastie des Ming (1368-1643) et sous la dynastie actuelle des Thsing, le bouddhisme continua de vivre sans être inquiété; mais il perdit peu à peu son prestige par suite de l’opposition savante des lettrés, de la concurrence peu loyale des Taoïstes, ou disciples de Lao-tse, de l’extension croissante de l’influence lamaïque (bouddhisme réformé) et surtout de l'indifférence religieuse où se complaît actuellement la masse des esprits en Chine *.

i.Cf. Edkins, Chinese Buddhism, ch. vi, et Bazin, Recherches sur les ordres religieux dans l'Empire chinois.

L’AKT CHINOIS.

Au point de vue de- l’art, l’introduction de la doctrine bouddhique dans l’empire chinois a eu des conséquences capitales : elle lui a apporté des formes et des idées nouvelles, elle a changé la façon de voir et de sentir de ses artistes, elle leur a donné quelque chose de l’imagination des Aryens et de leur idéalisme.

Avec le bouddhisme apparaissent des œuvres d’une pureté de galbe qu’on n’avait point connue jusqu’alors; il y a désormais une variété infinie dans les types, de l'élégance, de la souplesse et de la fantaisie, une habileté parfaite à établir les proportions d’un vase ou d’un brûle-parfums et à les équilibrer.

Si parfois il est fait emprunt de formes et de décors anciens, ce n’est plus pour les copier servilement, c'est avec un judicieux esprit d’imitation, avec la volonté sincère d’ajouter au modèle quelque chose du sentiment propre à l’artiste.

Les motifs ornementaux sont plus nombreux et plus riches aussi : sur la panse des bronzes courent de délicieux rinceaux, des branchages, des guirlandes, des fleurs; des animaux surnaturels ou réels, si finement modelés qu’ils semblent moulés, serpentent sur l’anse des vases ou se dressent sur le couvercle.

Enfin, et pour la première fois, les artistes chinois traitent la figure humaine, évoquent un monde de dieux et de déesses, de personnages héroïques, de sages immortels et de penseurs divins et font entrer dans l’art un élément mystique et spiritualiste. Si, dans cet ordre d’idées, ils n’ont jamais pu concevoir l’harmonie suprême des formes corporelles consacrées par la sculp-

LE BRONZE

ture antique, ni la beauté accomplie des œuvres de la Renaissance italienne, du moins ils en ont eu parfois le pressentiment et la vision presque directe. Il est à noter cependant que, s’ils ont souvent donné à leurs créations la gravité solennelle des lignes, la simplicité majestueuse des draperies, la sérénité de la pensée et la noblesse des attitudes , ils n’ont jamais su leur attribuer la force passionnée des mouvements ni la grandeur pathétique des gestes.

Il faut remarquer encore que, en de- vase de bronze. — xv« siècle.

hors des tvpes re- H ’ ° ’6*'

. . (Collection de M. H. Cernuschi.)

ltgteux, ils n’ont

jamais songé non plus à idéaliser la figure humaine.

Il fallait que la poésie du sujet leur fût dictée, imposée, pour ainsi dire, parles croyances, esquissée déjà dans

la conscience de chacun, dans l'imagination de tous.

En même temps que les formes se renouvellent, les procédés techniques se perfectionnent.

Les alliages sont plus savamment combinés, les patines mieux nuancées, et le bronze prend alors toutes les teintes, depuis le vert olive très clair et très uni, jusqu’au brun noirâtre, sombre et profond.

La méthode de fonte la plus suivie est celle de la cire perdue : elle est exécutée avec une sûreté de main que les bronziers japonais du xvn* siècle ont seuls égalée. Le fini de certaines pièces est poussé à son dernier degré de précision. On n'y sent, même dans les plis et les fonds les plus fouillés, aucune imperfection, et cependant on n'y voit aucune reprise de ciselure ni de réparation. Le métal semble avoir pris au premier jet tous les accents du modèle. Les plus beaux spécimens apparaissent au début du xv* siècle, vers 1426, sous l'empereur Siouan-te des Ming, puis sous les empereurs Thien-ki et Tsoung-ching, de la même dynastie (1621-1643).

Sous l’empereur Khang-hi , de la dynastie tartare des Thsing (1662], l’art du bronze est à son point culminant et s’y maintient à peu près jusqu'à l'avènement de son successeur, Young-tching (1723). A partir de cette époque, il n'y a plus chez les bronziers chinois une inspiration aussi heureuse, un goût aussi sobre, une étude aussi consciencieuse du modèle naturel; mais l'habileté d’exécution est intacte encore dans les œuvres du règne de l’empereur Kien-long, c’est-à-dire pendant la deuxième moitié du xvm‘ siècle.

Ces notions générales étant établies, à quels carac-

LE BRONZE

tères peut-on reconnaître un objet du culte bouddhique? *

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