Cf. E. Burnouf et Cassen, Essai sur le pâli, ch. n
scriptions grave'es sur les documents iconographiques qui leur parvinrent dans le même temps étaient de la même écriture. Mais, dès le début du 11e siècle, les ouvrages sanscrits affluèrent, et l’étude du pâli fut complètement abandonnée. v
Si quelques bronzes portent encore des inscriptions en cette dernière langue, on peut donc les considérer comme les plus anciens spécimens de l'art bouddhique en Chine, ou tout au moins comme la reproduction d’œuvres remontant aux n« ou 111e siècles.
L’écriture sanscrite a fourni aux artistes bronziers de très heureux motifs de décoration, moins riches et moins entrelacés que les caractères arabes, mais se prêtant tout aussi bien aux courbes d’un vase, aux lobes d’une coupe, au modelé d'un brûle-parfums. Le sens de ces inscriptions est généralement une prière, ou quelque formule d’incantation.
2° Une série de figures symboliques, spéciales au bouddhisme, permet encore de reconnaître aisément les objets qui relèvent de ce culte et de son inspiration.
La plus fréquemment employée est le lotus, lienhoa, la Heur sacrée, celle dont l’empreinte est gravée sous le pied du Bouddha. On la rencontre partout; elle s’enroule sur le col des vases et la tige des flambeaux, elle s’épanouit sur les parois des brûle-parfums, elle tapisse le socle des statues, elle entr’ouvre son large calice dans la main du divin Çakya.
Le lotus est généralement entouré de sept autres emblèmes, qui sont : la cloche, tchong, — la coquille
L F. BRONZE
univalve, lo, — le parasol, san, — le baldaquin, liai, — le vase à couvercle, kouan, — les deux poissons, j'u, et enfin le nœud, tchang.
On trouve presque aussi souvent les feuilles du figuier [pippala. ficus religiosa ) : c’est l'arbre sacré de Bodhimanda, sous les branches duquel Çakya-Mouni demeura tout un jour et toute une nuit en méditation, au sortir de sa retraite d’Ourouvil va.
Quand l’aurore parut, il sentit qu’il revêtait la qualité de Bouddha accompli et qu'il atteignait
« l’intelligence parfaite et la triple science ». Cet arbre, qui exista réellement, fut pendant de longs siècles l’objet de la vénération des fidèles, et Hiouen-Thsang,
VASE DE BKl/i s Z E. XVe SIÈCLE.
H., o-, SS.
(Collection de M. II. Ceruuschi.)
le pèlerin chinois, qui voyagea dans l’Inde en l'an 632 de notre ère, affirme en avoir vu les restes.
Le palmier, pei-to (en sanscrit patra, borassus flabelliformis ), qui, d’après la légende hindoue, ne perd jamais ses feuilles, est également d’une reproduction fréquente. Il serait trop long de donner la liste complète de toutes les espèces végétales qui se trouvent figurées sur les objets bouddhiques et que l’artiste a tantôt copiées fidèlement, tantôt ornemanisées. Signalons encore les feuilles triangulaires de l’arbre fabuleux appelé le tchan-pou (en sanscrit djambu ), — les baies parfumées du Nyctanthes , mo-li (en sanscrit mallika ) et les tîeurs luxuriantes du man-t’o-lo Erythrina fui gens , en sanscrit mandâra ).
L'animal symbolique par excellence du bouddhisme
est ïéléphant, qui est l'attribut des boddhisatvas, c’est-à-dire des êtres qui n’ont plus à traverser qu'une seule existence humaine avant d’arriver à l'état de bouddha.
Le lion de Fo ( che-tse ) participe autant de l'art indien que de l’art chinois qui a imaginé les monstres primitifs. La face de l'animal est grimaçante, la gueule entr'ouverte laisse voir des crocs aigus, la crinière enveloppe tout le sommet de la tête et est frisée. La bête est généralement représentée assise sur son train de derrière, dressée sur ses pattes de devant. On la place à l’entrée des temples et des palais.
FA-CHK-LO.
(Symbole bouddhique.)
LE BRONZE
D'autres ornements symboliques, perdus souvent dans le detail du décor, permettent de reconnaître les objets bouddhiques. C'est d’abord le fa-che-lo (en sanscrit vadjra), emblème d’Indra, dieu du brahmanisme, adopté par le bouddhisme, mais considéré comme inférieur à Çakya Mouni. Cet objet, lorsqu’il est isolé, sert dans les exorcismes et les
pratiques de sorcellerie.
Le ouan (en sanscrit svastika ), sorte de
croix gammée, est le symbole du cœur de uuan. Bouddha : il est gravé sur la poitrine. Voici ("Symbole boud-
1,1 . . dhique.)
encore, comme symbole du meme ordre,
le che-li-mo-ts'o (en sanscrit srivastaya) l.
Enfin, le bouddhisme a enseigné aux artistes chinois la reproduction de la figure humaine. La doctrine de Çakya-Mouni est en etfet arrivée che-li-mo-ts'o. dans l'Empire du Milieu avec une (Symbole bouddhique.) iconographie complète, que ses nouveaux adeptes ont d'abord copiée telle qu’ils la recevaient de l’Hindoustan, puis qu'ils ont variée en s'inspirant autant du génie propre à leur race que des modèles indiens.
De tous les types ainsi reproduits, celui qui a conservé le plus longtemps le caractère que lui avaient attribué les artistes hindous, c’est le Bouddha lui-même. Les bronziers chinois s’appliquèrent à imiter, avec une
i. Cf. DrEitel, Hand-book for the student of chinese Buddhism; passim .
fidélité pieuse, les effigies que les missionnaires du ne siècle rapportaient du Népal ou du Pendjab et qui faisaient connaître les traits du Dieu nouveau. On avait enfin la physionomie vraie de celui que les Livres sacrés dépeignaient ainsi : « Il a le front large et uni; — l’œil semblable au pétale du Nymphæa bleu; — les lèvres pareilles au fruit du Wimba ; — les veines cachées ; — les épaules parfaitement arrondies ; — le corps comme le tronc du figuier; — les membres et les flancs parfaitement ronds et polis; — la rotule pleine; — les pieds et les mains doux et délicats ; — les doigts longs; — le talon développé; — le cou-de-pied saillant; — les chevilles cachées1... . »
Quelque différence qu’il y ait entre le type classique du Bouddha et les types de la race jaune, et si étrange que dût paraître aux artistes chinois l’esthétique aryenne, ceux-ci en ont cependant saisi tout de suite le caractère ; ils ont su rendre admirablement le modelé gras et plein, les formes rondes et presque féminines du Bhagavat et tous les traits physiques de sa personnalité sacrée. Mais ce qui est plus singulier, c’est qu’ils aient su comprendre et exprimer aussi la beauté morale de sa figure pensive, la sérénité rêveuse, le majestueux recueillement du héros divin sur son lit de lotus. Pour la première fois dans les œuvres des artistes de la Chine, on aperçoit une âme et la physionomie qui manifeste cette âme. C’a été le plus grand bienfait que l’art chinois ait reçu du bouddhisme : il lui doit la révélation d'un idéal plus élevé, une conception plus
i. Lotus de la bonne loi. E. Burnouf, appendice VIII.
haute de son objet, un peu de ce qui a fait la noblesse et la grandeur des arts occidentaux.
Le Bouddha qui est représenté plus haut (p. 35) est le type universellement adopté en Chine, à quelques détails près. Il est assis sur des lotus, les jambes croisées, la plante des pieds en dessus. Les cheveux sont crépus ou frisés, et, sur le sommet de la tète, il a la protubérance de la sagesse, surmontée généralement d’un diadème conique ou piriforme. Les deux mains posées l'une sur l’autre, la paume en dehors, tiennent quelquefois le vase pàtra.
Quelques signes symboliques sont gravés çà et là sur le corps ; les plus importants sont Youmâ, au milieu du front, et Vouati, ou croix gammée, sur la poitrine.
Quelquefois le Bouddha est figuré debout. M. Ccrnus-
chi en possède un qui est