‹ L'art chinoisChapitre 14 sur 106 · LA DEESSE KOUAN-YIN · texte numérisé non relu

LA DEESSE KOUAN-YIN

H., ou,,58.

dans cette attitude. Il tient la (Collection de M h. Cernuschi.) main droite haute et deux

doigts levés, dans le geste d’un prêtre qui donne la bé-

nédiction. Ses yeux, sous l’arcade sourcilière très avancée, sont à demi clos; la physionomie est noble, recueillie; elle a la sérénité calme d'une âme supérieure aux agitations humaines. La dimension des statues yle Fo est très variable : elles ne mesurent parfois que i5 à 20 centimètres lorsqu’elles sont destinées à des autels domestiques; elles atteignent 14 et i5 mètres lorsqu'elles décorent des édifices religieux. Il n’existe pas en Chine, à notre connaissance du moins, de statues de bronze du Bouddha qui soient comparables, pour les proportions, à celle du temple de Nara, au Japon, qui n’a pas moins de 26 mètres d’élévation.

Si les Chinois n’ont pas cherché à augmenter l’effet imposant de leurs idoles bouddhiques par l’exagération des dimensions, du moins ils semblent s’ètre proposé le même but en les recouvrant d’or. Cette habitude de dorer les statues devint générale vers le vme siècle, et les adversaires du bouddhisme en firent même un grief aux bonzes, les accusant de gaspiller ainsi les fortunes des particuliers et le trésor de l’État.

En dehors du Bouddha lui-même , les artistes chinois n’ont su reproduire qu'un type qui procédât d’une inspiration aussi élevée et qui participât encore à la beauté de ses formes comme à la noblesse de son expression, — c’est celui de la déesse Kouan-yin.

C’est une Boddhisatva, déesse de la Miséricorde : elle a une pitié inépuisable pour l’humanité qu’elle voudrait sauver; elle est la figure la plus touchante, la plus gracieuse du panthéon bouddhique, celle qui a le mieux inspiré ses peintres et ses sculpteurs.

LE BRONZE

On la représente sous les traits et avec les vêtements d’une femme (p. 49), mais elle peut prendre aussi bien la forme masculine. Parfois elle tient contre son sein un entant. Souvent aussi elle a seize bras qui symbolisent son désir ardent de secourir toutes les misères humaines.

Bien que certaines statuettes de Kouan-yin soient remarquables par la grâce du style et la chasteté de l’expression , bien que quelques-unes d entre elles soient même comparables , pour le charme mélancolique et la piété virginale de la physionomie, à telle œuvre de Donatello ou de Ghiberti, ce n’est pas à la statuaire que nous demanderons le type le plus accompli de cette déesse : la peinture nous en fournira un modèle ou nous mesu-

COUPE DE BRONZE. XVIe SI

H., Ou',22.

(Collection de M. H. Ccrnuschi.)

rerons le plus haut point qu’ait pu atteindre un artiste d’extrême Orient dans l’expression synthétique d’un sentiment humain.

A côté du Bouddha et de la déesse Kouan-yin, nous n’avons plus à faire, pour ainsi dire, qu’un catalogue des divinités bouddhiques qui ont été le plus fréquemment reproduites par les bronziers chinois1.

C’est d'abord Mi-li-fo (Maitreya-Boddhisatva) ou « le Bouddha qui doit venir », celui qui dans trois mille ans apparaîtra aux hommes quand ils auront perdu le souvenir des prédications de Çakya-Mouni. Il est représenté sous les traits d’un homme obèse, à la face souriante.

C’est encore Brahma (en chinois, Fan-t’ien) sortant d’un lotus ou tenant sur ses genoux Lakshmé, déesse de la beauté, — Cira ^n chinois, Ta-tsi-taï-t'ien), dieu de la destruction, avec huit bras armés d'un trident, d’une massue, d’un arc, etc., — Ti-tsang, qui s’efforce de retirer les damnés de l’Enfer ou les ont plongés leurs fautes; il est corpulent et porte une couronne de lotus; parfois, il est entouré des dix dieux infernaux, — Pou-hien , dieu de la prudence, monté sur un éléphant, — Maritchi, déesse de la paix et de la lumière, avec huit bras dont deux tiennent en l’air un soleil et une lune, — Ta-mo (Boddhidarma), vêtu d’un linceul et traversant sur une branche de bambou les flots du Gange pour rentrer, mort, dans sa patrie après ses longs voyages en Chine, etc., etc.

Viennent eniin les statuettes innombrables de patriarches, d’ascètes, de personnages mystiques, qui sont vénérés par les bouddhistes et qui encombrent leurs temples. Signalons, dans cette catégorie, un

i. Cf. Edkins, Cliinese BuJdhism, ch. xiv.

LE BRONZE

ascète en méditation de la collection Cernuschi. Sa

physionomie et son attitude expriment une sorte de résignation douloureuse; mais sa maigreur n’est pas seulement physique, maladive. Ce que le sculpteur chinois a rendu par ces traits émaciés, ces muscles décharnés, ces os saillants sous la peau, c’est une idée plus profonde et vraiment artistique, — la déformation du corps par les passions de l’âme.

L'influence indienne s’est fait puissamment sentir sur les formes et les décors que le bouddhisme a empruntés à l’art archaïque et dont il a fait usage dans les objets de son culte.

Un autel bouddhique • se compose, en dehors de la statue de Fo devant laquelle il est brûle-parfums, deux vas<

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