ASCÈTE EN MÉDITATION
(Collection île M. H. Cernusclii.)
dressé, de cinq pièces : un s et deux chandeliers. Ces
pièces sont généralement de bronze, quelquefois de porcelaine, rarement de jade.
L’usage de brûler des parfums devant les divinités est dû probablement au bouddhisme et les autres religions de la Chine l'ont adopté après lui. Les plus beaux spécimens de brûle-parfums appartiennent en tout cas au culte de Fo et en portent les emblèmes. Sur ces bronzes, comme sur ceux de Part primitif, on voit aussi des dragons et des animaux fabuleux; mais quelle différence d’inspiration et d’exécution ! Avec quel sentiment de la vie est rendue cette animalité fantastique et contournée ! Les parties tour à tour lisses et rugueuses, saillantes et rentrantes, les fines cassures des plis de la peau, les striures de l’épiderme, le brillant humide des écailles, tous les moindres détails du corps sont aussi bien observés que traités : l’artiste sait désormais animer son oeuvre d’une sorte de souffle frémissant et donner au métal quelque chose de la palpitation des chairs. Il n'est pas jusqu’à la patine qui ne contribue à revêtir le bronze des tons chauds et colorés de la vie.
Les fleurs et les branchages qui ornent les objets d’autels et serpentent sur la panse des vases, sur la tige des flambeaux ou les flancs des cassolettes sont reproduits dans le même esprit : la sève végétale circule dans la pulpe des feuilles, dans les fibres des tiges, dans les lobes épanouis des lotus. On ne saurait trop le répéter, c’est le bouddhisme qui a appris aux Chinois à voir et à comprendre la nature.
Vers le milieu du xi® siècle, une réforme du bouddhisme s’opéra au Thibet : l’athéisme du culte primitif
LE BRONZE
sc changea en théisme par la création d’un Adibouddha ou Bouddha suprême; des rites nouveaux, offrant une ressemblance singulière, mais probablement fortuite avec ceux du catholicisme, furent en outre introduits et modifièrent assez la religion ancienne pour former à côté d’elle un culte séparé, le lamaïsme.
La réforme Jamaïque, partie du Thibet, ou elle a encore son grand chef spirituel, le Dalaï-lama, s'est étendue peu à peu sur toute la Chine (xiv° siècle), et elle a ses prêtres, ses temples et ses offices à côté de ceux du bouddhisme1.
Au point de vue de l’art, le seul qui doive nous occuper ici, le lamaïsme, s’il n’a pas créé des types iconiques nouveaux, a parfois modifié les types anciens, et il a marqué de symboles spéciaux les objets de son
culte.
L écriture tliibetaine a été introduite comme motif d'ornementation, et la souplesse de ses traits, l’élégance allongée de ses pleins et de ses déliés ont fourni souvent
PRIÈRE BOtJ D,D H I QU E EN CARACTÈRES THIBETAINS.
aux artistes d'heureux effets, décoratifs. C'est presque toujours la même formule mystique que l'on retrouve ainsi gravée sur les bronzes et les cloisonnés, l'éternelle
i. Cf. Schlagintiveiu Buddhism in Tibet.
invocation cjue, d'un bout à l’autre de 1 Asie, murmu-
rent tous les croyants bouddhistes : Om
m an i p a d me houm ! « Salut!
perle enfermée dans le lotus. »
Une autre figure symbolique, très fréquemment reproduite sur les objets du culte lamaïque, est la roue de la loi, fa-louen (en sanscrit tchakra). Cette roue était figurée sous le pied du Bouddha et formait le trente et unième signe de sa personne.
L’expression « tourner la roue de la loi », dans le sens de « prêcher la doctrine bouddhique », devint sacramentelle depuis le jour ou Çakva-Mouni en fit usage dans sa