‹ L'art chinoisChapitre 17 sur 106 · LAO-TSE · texte numérisé non relu

LAO-TSE

H-, om)52.

(Collection de M. H. Cernuscbi.)

k Tao-te-King », ou « Livre delà Raison suprême et de la Vertu », qu'il composa vers la tin de sa vie, est l'évangile de ses disciples.

D’après Lao-tse, l'Etre primordial, cause de tout.

LE BRONZE

est le « Tao » ou la « Raison suprême » ; le Tao a deux natures ou modes d’être : le mode matériel et le mode immatériel. C’est de la nature spirituelle que l’homme est émané et il doit s’efforcer d’y retourner en s’affranchissant de la matière. Lao-tse admet encore que « les modes d’être contingents ne sont que des formes passagères de l’existence, et que, une fois dépouillés de ces formes, les êtres reviennent à leur principe ».

Cette doctrine, qui réunit en Chine au moins autant d’adeptes que le culte de Fo (Bouddha), a vite dégénéré de ses conceptions premières. Un siècle à peine après l’introduction du bouddhisme, sa transformation était commencée, et elle ne tardait pas à devenir ce quelle est actuellement, c'est-à-dire une religion matérialiste avec une mythologie d’emprunt, avec des pratiques de magie et de sorcellerie1.

Quelques figures symboliques permettent généralement de reconnaître à première vue un objet servant au culte taoïste ou destiné à en représenter les idées.

Les principales sont : le diagramme appelé t'aï-lii, qui représente les principes masculin et féminin; — la pêche de longévité; — la chauve-souris; — une sorte de sceptre appelé jou-y , etc. Nous serons amené plus loin à reparler de ces différents symboles.

T Al-K 1.

(Symbole taoïste.)

i. Cf. Ciialmers, Taitism; China Review, F, 20g.

Co

Les bronzes taoïstes les plus intéressants, au point de vue de l’art, sont les statues ou statuettes des divinités que les sectateurs de Lao-tse ont créées pendant les premiers siècles de notre ère, pour les opposer aux idoles bouddhiques. Ces statuettes ne procèdent plus de l’art indien : on y sent l’intention de constituer, pour ainsi dire, une iconographie nationale, à l'exclusion de tout élément étranger. Les types et les attitudes qui leur ont été attribués varient à l'infini. Il y a plus de mouvement et d’animation, une observation plus précise de la réalité et souvent aussi une plus habile facture que dans les œuvres du bouddhisme; mais celles-ci sont supérieures par la noblesse de l’expression, par la recherche de la sérénité dans la physionomie, par la simplicité des lignes et par la disposition sobre et majestueuse des draperies. Il semble que l’artiste taoïste, n'ayant pas été distrait par le souci de donner à ses figures telle physionomie morale, telle nuance de caractère, ait pu créer des êtres d'une vérité physique et anatomique plus précise. Aussi, c'est surtout la laideur expressive, la vulgarité réelle, et cette difformité grimaçante que l’on retrouve dans certaines œuvres du moyen âge chrétien, qu’il s’est attaché à reproduire. L’impression générale que laissent toutes les œuvres de cette espèce est celle d’un naturalisme sans élévation qui s’est borné à copier les formes et à manier la matière sans y rien mettre de la personnalité de l’ouvrier, sans y déposer une parcelle de sentiment élevé ni d’idéal.

Lao-tse est représenté soit assis , soit monté sur un buffle ou sur un cerf. Le philosophe divin a le crâne monstrueusement développé par l'inten-

LE BRONZE. Ct

site de sa méditation; la barbe est longue ct les sour-

rOU-T'AÏ, DIEU DE LA SENSUALITÉ.

H., oro,ip.

(Collection de M. II. Cernuschi.)

cils épais; l’expression est doucement souriante, vide de pensée. Généralement, il tient à la main la pêche fabuleuse qui ne mûrit que tous les* trois mille ans, ou

bien il est entouré de champignons de l'espèce ling-

tchy, qui assurent l’immortalité'.

A côté de lui, sur le même autel, figurent les Pa-sien ou les huit Immortels. Bien que ces personnages aient été vénérés pour leur sainteté dès leur disparition de notre terre, c'est-à-dire dès leur entrée dans la vie éternelle, les légendes qui les ont déifiés et qui ont déterminé leur véritable caractère symbolique sont probablement toutes postérieures au xmc siècle. Il y aurait donc imprudence à attribuer une date antérieure aux œuvres qui s'en sont inspirées.

Voici les noms des Pasien et leurs attributs :

Le plus grand des Immortels est Tchong Lik'iuan : ses emblèmes sont un éventail de plumes et une cigogne qui lui apporte un bâton; Tchang Kouo , qui vient ensuite dans la vénération des fidèles,

L I T 1 F. • K O U A ï j L’UN DES IMMORTELS.

H., om,3 1 .

(Collection de M. H. Cernuschi.)

LE BRONZE

est représenté monté sur une mule, un long étui (en forme de carquois) à la main ; Lin Tong-pin se reconnaît au chasse-mouches placé dans une de ses mains et à l’épée fixée derrière son dos, qui servaient à ses incantations magiques ; Ts’ao Kouo-kieou porte comme insignes deux plaques longues attachées en forme de croix ;

Li Tie-kouai a les traits d’un mendiant boiteux et bossu, s’appuyant sur une béquille de fer (voy. p. 62); Han Siang-tse a pour emblème un chalumeau ; enfin Lan Ts’ai-ho et Ho Sien-Knu, qui sont du sexe féminin, sont représentées l’une en haillons, un pied déchaussé et tenant à la main une sarclette, — l’autre marchant suides nuages et portant un bouquet de fleurs.

Les emblèmes des Immortels sont souvent groupés ensemble, comme motif de décoration. Ils impliquent un souhait de longévité et de bonheur. On les désigne rKCHES DE tONCEV1TK-

XVIe SIÈCLE.

sous le nom de Pa-pao , « les huit

r (Collection de M. S. Bing.

joyaux 1 ».

Les taoïstes ont déifié un grand nombre d’autres personnages célèbres par leur piété, leur érudition,

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