‹ L'art chinoisChapitre 36 sur 106 · TOMBEAU D’UN MANDARIN DE RANG SUPERIEUR · texte numérisé non relu

TOMBEAU D’UN MANDARIN DE RANG SUPERIEUR

(D’aprcs une peinture chinoise du Departement des Estampes.)

tenaient héréditairement de leurs premiers ancêtres. Ces idées subsistent entières, aujourd’hui encore.

D'après ces conceptions, qui paraissent avoir été communes à presque toutes les races primitives, la sépulture chinoise est une demeure, la «demeure éternelle » des Egyptiens, ou l'on enferme à la fois le corps et l'àme. Elle a pour but d'abriter le mort pendant son existence immatérielle, comme l'abritait la maison qu’il possédait sur terre de son vivant, et surtout de défendre son cercueil contre le malheur irréparable d’une profanation. Mais, ce qui est bien spécial à la race chinoise, c'est sa croyance aux influences secrètes qu'exercent sur la tranquillité et le bonheur du mort la configuration du terrain ou il repose, la direction des cours d'eau voisins, la situation des astres dans le ciel au jour de ses funérailles, les fluides magnétiques qui traversent le sol à proximité de sa tombe, etc. L'effet de ces influences ne peut être rendu propice au défunt que par l'intervention des géomanciens du Fong-choui.

Aussi, la première règle à suivre pour l'édification d'une tombe est-elle de consulter le Fnng-choui vov. p. 94 ; les géomanciens officiels peuvent seuls indiquer, d'après le Tsang-chou *, < livre des funérailles », l'emplacement et l'orientation à donner à la sépulture, de telle sorte qu’aucune étoile ni planète, aucun élément terrestre, aucun courant magnétique, aucun souffle, aucune vapeur, aucune configuration fâcheuse d'une colline ou d’un cours d’eau ne puisse troubler

i. Le Tsang-chou, attribué à Ko-po, est le livre classique du Fong-choui. Cet ouvrage fut composé probablement au vu* siècle ap. J.-C., quoique les géomanciens chinois, pour en accroître l’autorité, aient cherché à lui attribuer une origine beaucoup plus reculée.

L’ARCHITECTURE

le mort dans le monde mystérieux où il va vivre sa seconde vie.

On retrouve, pour les constructions funéraires, une réglementation officielle analogue à celle qui régit l’architecture civile; les inégalités sociales se continuent après la mort et chacun reste à sa place hiérarchique.

Sous la dynastie des Tcheou (1134 av. J.-C.), les morts des classes inférieures étaient enterrés dans les plaines, les princes sur des collines de peu d’élévation, les empereurs sous un tumulus édifié sur le sommet des hautes montagnes. La tète du mort était tournée vers le nord.

Le tumulus élevé sur les tombeaux, qui dans le principe était réservé aux sépultures impériales, fut adopté, vers le viiic siècle, par les gens du peuple. Confucius protesta contre cette dérogation aux traditions primitives; il finit pourtant par s’y soumettre : à l’enterrement de sa mère, il consentit à laisser élever un tertre sur la tombe, mais, dit-on, cette construction était à peine achevée qu’il survint une grande pluie qui fit ébouler la terre et nivela le sol L

1. Nulle part plus qu’en cette matière nous n’avons eu à regretter l’insuffisance des connaissances critiques que l’on possède sur la Chine ancienne. Quelles étaient au juste les idees des Chinois sur la mort, dans les premiers siècles de leur histoire? Quel était le sens précis des divers symboles funéraires' Dans quelle mesure les doctrines de Confucius et de Lao-tse ont-elles modifie les croyances primitives et, par suite, l’expression plastique qu’elles avaient revêtue r En quoi la tombe de l’epoque des Chang (1783-1134 av. J.-C.) différait-elle de celle du temps des Thsin (255-206 av. J.-C.)? Ici, comme sur bien d’autres points, on ne saisit que l’ensemble et les rapports de similitude; les différences sont impossibles à marquer.

Cependant, d’importantes différences ont été maintenues entre les sépultures des diverses classes de l'Etat, et elles sont strictement observées.

Les tombes impériales nous présentent le type le plus complet de la sépulture chinoise. Elles se com-

ARC DE ri ERRE, A L ’ E N T R K E DE LA SÉrULTURE DES MING

(xv' siècle).

posent de deux parties distinctes: le tombeau, les temples qui l’entourent.

Le tombeau, proprement dit, est un caveau creusé dans un tertre ou sur le flanc d’une colline : un long corridor voûté y conduit, la porte en est murée dès que le cercueil y a été déposé.

Les temples sont disposés en avant du tertre; on y célèbre les cérémonies funéraires devant une tablette où est gravé, en caractères d’or, le nom du défunt.

Les révolutions dynastiques qui ont été si fréquentes en Chine ont détruit, à peu d’exceptions près,

V ARCHITECTURE

toutes les sépultures impériales1, et nous ne pouvons nous faire que par des descriptions ou des dessins l'idée de la magnificence qu’on avait déployée pour les édifier. Les empereurs mongols, qui régnèrent de 1260 à 1 368 ap. J.-C., s’appliquèrent particulièrement à ne laisser subsister aucun tombeau qui perpétuât le souvenir des dynasties précédentes. Ce fut au contraire l’honneur des Ming de faire restaurer, dès leur avènement au trône, les monuments funéraires des principaux souverains de la Chine. Une trentaine de sépultures ont été ainsi reconstruites.

Les tombeaux que les Ming se sont élevés à euxmêmes se voient encore aux

environs de Pékin2, dans une large vallée déserte, qui s’étend au pied de la Grande Muraille. Des temples en-

PLAN DE LA SEPULTURE DE L7EMPEREUR YOUNC-IO, DE LA DYNASTIE DES MING, PRÈS PEKIN.

XVe SI ÈCLE.

fouis sous la verdure sont groupés devant chaque sépulture qui est creusée dans les parois mêmes des col-

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