STATUE DE MANDARIN
Avenue conduisant à la sépulture des Ming, près Pékin. — xv* siècle.
plet, sans élévation, sans idéal et sans fantaisie, incapable d'interpréter les formes de la vie physique et les aspects de la vie morale, indifférent à la beauté plastique ou impuissant à la dégager. Il faut peut-être cher-
cher la cause de cette décadence prématurée de la statuaire dans la conception toute particulière que les Chinois se font de la personnalité humaine. Les traits physiques d’une créature vivante leur importent peu quand ils veulent la représenter ou en éveiller l’idée; avec une imagination tout abstraite, ils estiment que leur écriture, dont les milliers de caractères représentent, comme l’on sait, non des sons, mais des idées et des nuances d’idées, est un procédé supérieur à tous les arts pour exprimer l’ensemble de qualités et de particularités qui constitue une personne. Et c’est ainsi que la Salle des Ancêtres , que l’on trouve dans chaque palais et dans chaque maison particulière, présente aux yeux des descendants non pas une série de bustes de marbre ou de bronze, comme les effigies funéraires de l’antiquité gréco-latine, mais une collection de planchettes de bois noir sur chacune desquelles est gravé en caractères d’or le nom symbolique du défunt.
Même lorsqu’il s’est agi de représenter les animaux, dont les sculptures primitives ont cependant toujours aimé à reproduire les formes franches, nettement saisissables, plus faciles à observer et à rendre que les modelés complexes du corps et du visage humains, les sculpteurs chinois sont restés au-dessous du médiocre. En visitant nous-même les tombeaux des Ming, près de Pékin, et en voyant les statues d’animaux que nous reproduisons ci-contre, nous nous rappelions involontairement les effigies si puissantes, si personnelles et si expressives des lions, des chevaux et des onagres dont la sculpture assyrienne décorait ses palais royaux, et ce souvenir nous révélait combien le génie plastique a
LA PIERRE SCULPTEE.
manqué aux Chinois, puisque, entrés dans la civilisation vers le même temps que l’Assyrie, ils n’ont jamais pu se hausser, dans la statuaire, jusqu’au point ou les artistes primitifs de Ninive s’étaient élevés d’instinct et presque au premier effort, vingt-cinq siècles auparavant.
JO
LE BOIS ET L'IVOIRE SCULPTES