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LE BOIS SCULPTÉ

Il ne semble pas que la sculpture sur bois ait été pratiquée en Chine d’une façon artistique avant le 11e siècle de notre ère. Ici encore, comme dans tant d’autres branches de l’art chinois, c'est à l'introduction du bouddhisme et à l’importation des œuvres indiennes qu’il convient d’attribuer l’origine de la transformation opérée dans une industrie, sans doute très ancienne, mais qui n’avait jamais produit que des œuvres sans valeur esthétique. Nous avons vu ailleurs que parmi les objets sacrés rapportés de l'Inde par les pèlerins chinois, qui, du ni® au vin* siècle, allaient s’y instruire dans la doctrine du Bouddha, figuraient, en grand nombre, des statues de bois représentant le divin Çakya et tout son cortège de dieux, de déesses, d’ascètes et de personnages mystiques.

On reproduisit, par la suite, ces modèles religieux, et bientôt la sculpture sur bois, profitant, pour ainsi dire, des progrès que réalisaient les autres arts plastiques, parvint à un degré très élevé dans la série des arts industriels.

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L extrême rareté des bois sculptés qui sont parvenus jusqu à nous impose une grande réserve dans la cri-

STATUETTE DE BOIS SCULPTE (Collection de M. S. Bing.)

tique de cette branche de l’art chinois. Cependant quelques pièces attestent une telle perfection de travail, un style si caractérisé, qu’on est obligé de croire à la con-

tinuité d'une tradition, à une suite d’œuvres dont quelques spécimens seuls ont survécu.

Telle est, par exemple, la statuette qui est figurée ci-contre (p. 147). C’est un personnage glabre, tête nue, vêtu d’une robe large et sans ornements : il est assis dans une pose négligée et tient un rouleau de papier dans sa main. L’attitude et la physionomie sont d’un naturel parfait, d'une étonnante réalité; la statuette a la sincérité d’un portrait. On songe, en la regardant, au scribe égyptien du Musée du Louvre, au Cheik-el-béled du Musée de Boulaq. On y trouve le même caractère de vérité, on est saisi par le même accent de vie ; l'exécution est d’une largeur, d’une sûreté, d’une décision magistrales.

A quelle époque faut-il attribuer cette statuette ? Un détail — la tête rasée du personnage — donnerait lieu de croire qu’elle date de la dynastie actuelle, par qui cet usage fut imposé 1644). Mais le style est d’une fermeté et d’une sobriété qu’on ne retrouve plus guère après les Ming.

Les bois employés par les Chinois pour la sculpture sont le bambou, les bois de tek, de cèdre et de camphrier, le bois de santal et de rose, le bois de fer et le bois dur.

Le bambou est commun dans tout l’extrême Orient. On en travaille soit la tige, qui est lisse et droite, soit les racines, qui sont noueuses, contournées et à fibre compacte. La nature même de ce bois, dont l'intérieur est creux, ne permet pas d’attribuer aux objets qu’on en fabrique une grande variété de formes. On en fait principalement des pi-tong , « étuis à pinceaux », et des

LE BOIS ET L’IVOIRE SCULPTES

appuis-main pour écrire. Ces pi-tong sont des sortes de cylindres formés par la section normale de la tige du bambou, à douze centimètres au-dessus et à un ou deux centimètres au-dessous d'un nœud; le nœud sert ainsi de fond. Dans la partie ferme du bois, qui atteint parfois cinq ou six centimètres d’épaisseur, on sculpte le décor. Tantôt de simples fleurs se déroulent sur la paroi du cylindre, tantôt des dragons ou des phénix ; le plus souvent, ce sont des personnages illustres dans l’histoire littéraire et philosophique de la Chine.

Les bois de cèdre , de tek et de camphrier servent à de plus importants travaux. Le sculpteur y représente généralement des dragons ou quelque autre animal fantastique qu’il traite avec une énergie un peu rude et non sans grandeur, ou l’on aimerait peut-être un faire plus gras et plus souple. Mais le plus souvent il compose des sujets entiers, des scènes tirées de l'histoire religieuse ou politique, des romans célèbres, etc. Dans ce cas, ce ne sont plus des bas-reliefs proprement dits qu'il cisèle, c'est-à-dire des sculptures à peine détachées du fond et ayant chacune

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