PI-TONG DE BOIS SCULPTÉ
(Collection de M le vicomte de Semallc.
une saillie à peu près égale : ce sont de véritables tableaux de bois, avec des plans différents, des objets diminués dans leurs proportions en raison de leur éloignement dans la perspective, la représentation pittoresque de tout un paysage, le développement de toute une action. Tel est, par exemple, un bois sculpté de la collection Thiers, au Louvre, ou trois cavaliers chevauchent à travers une nature accidentée, dans un ravin planté d’arbres. Suivant une pratique habituelle aux artistes de l'extrême Orient, le sculpteur a placé son point de vue très haut; il a rendu les effets de la perspective par une superposition des plans.
Le bois de rose est apprécié particulièrement à cause de la belle patine rousse, rouge châtaigne, qu’il est susceptible de prendre avec le temps. On le réserve pour faire des coffrets, des cabinets, des boîtes à pinceaux et on le décore de nacre et d’ivoire.
Le bois de fer sert généralement de fond aux incrustations d’ivoire, de jade, de lapis, de corail, etc. — Cependant, malgré sa compacité, on le trouve parfois sculpté en statuettes, en animaux marins, crustacés et poissons, avec tout le fini d’un bronze ciselé. Il en est de même du bois dur [securinega des Indes): on le décore également de nacre, de jade, de corail, de malachite, d’or et d’argent.
l’ivoire sculpté
Les Chinois ont toujours été amateurs trop passionnés des différents aspects de la matière, indépen-
LE BOIS ET L'IVOIRE SCULPTES
CARACTÈRE CHEÛU « LONGEVITE »,
ORNÉ DE FIGURINES D’iVOIRE.
Fragment d’un panneay décoratif provenant du Palais d’été. — xvmc siècle. (Musée de Fontainebleau.)
damment du travail d’art que l’industrie humaine lui
fait subir; ils ont eu, à cet égard, le sens trop délicat et trop raffiné pour n’avoir pas de tout temps apprécié l’ivoire, cette substance séduisante, tantôt ferme et claire, tantôt tendre et d'une chaude pâleur, aux transparences laiteuses ou doucement jaunâtres, aux reflets chatoyants et ambrés. Personne mieux qu’eux n’a compris comment il le fallait travailler pour en faire valoir le grain, le poli et les veines, pour donner à ce qui en constitue l’épiderme un éclat harmonieux, une douceur charmante. Seuls, les ivoiriers des xv* et xvr siècles en Europe, et ceux du xvm* au Japon, sont arrivés à une pareille maîtrise. D'une façon générale, les ivoires chinois dénotent un travail franc, énergique, très ferme, une ciselure sans hésitation, incisive; le tissu serré de la matière est attaqué vigoureusement, fouillé avec des contours brefs, des faces nombreuses ou la lumière se glisse, s’éparpille et se reflète. Cette méthode n’exclut pas les accents souples et larges : certaines pièces doivent précisément leur séduction à ce qu’il y a de moelleux, de tendre et presque de caressant dans leur modelé. Ce qui a manqué plutôt aux sculpteurs chinois, et ce qui fait l’incontestable supériorité des Japonais, c’a été l'originalité et la sobriété du style, la verve et la fantaisie dans l’imagination, la finesse et l’esprit dans l’observation du modèle.
Les beaux ivoires chinois sont d'une excessive rareté. Nous ne traiterons pas, en effet, comme œuvres d'art, cette infinité de figurines, hâtivement confectionnées à Canton pour les besoins de l'exportation européenne, ni ces travaux bizarres et compliqués, tels que boites encastrées, sphères concentriques, etc., qui
LE BOIS ET L IVOIRE SCULPTES