‹ L'art chinoisChapitre 92 sur 106 · Cf. Edkins, Chinesc Buddhism, p · texte numérisé non relu

Cf. Edkins, Chinesc Buddhism, p

LA PEINTURE

dhisatvas; enfin, Li lortg-ming{i 100), qui fut un des plus célèbres peintres delà dynastie. Ce dernier, dont le talent se révéla surtout dans la peinture de paysage, traita les sujets bouddhiques dans le style et avec la sincérité de sentiment qu’avait apportés Ou-tao-tze, à une époque de plus grande ferveur.

C’est, sans contredit, dans le genre du paysage que la peinture chinoise s’éleva, sous les Soung, au plus haut point de l’art. Pendant trois cents ans, les artistes reproduisirent la nature avec une passion, avec une vivacité de sensations, une tendresse émue, une poésie délicate et douce, ou les peintres les plus sincères du siècle n'avaient pu atteindre. Ce goût de la nature avait commencé à se développer sous les Thang : les belles descriptions des livres bouddhiques et les récits des pèlerins qui étaient allés jusque sur les bords du Gange s’inspirer de la doctrine indienne, en avaient apporté le germe en Chine. Si, par suite de la rareté excessive des œuvres picturales de cette époque qui nous sont parvenues, il est fort difficile de préciser le style de ces peintres anciens et de connaître les impressions que provoquaient en eux les aspects variés du paysage, les productions poétiques qui nous restent de ce temps nous offrent à cet égard de précieux renseignements. D’ailleurs, le plus grand nombre de ces poésies était tracé du même pinceau qui dessinait ensuite le site pittoresque en présence duquel elles avaient été inspirées. Il n’y avait guère de poète à cette époque qui ne fût peintre aussi. Comme nous l’avons indiqué plus haut, la peinture n’était pas une profession spéciale, c’était un des exercices où se plaisait tout

homme cultivé, une des formes par lesquelles tout esprit distingué devait savoir exprimer sa pensée. Les Chinois qui s’y adonnaient étaient des artistes véritables, au sens large du mot, un peu comme le furent les grands artistes de.la Renaissance italienne, c’est-à-dire qu’ils avaient des goûts et des aptitudes très variés et que leur activité morale s’exercait d’une façon supérieure, dans des ordres très différents : ils étaient à la fois hommes d'Etat, hommes de lettres, historiens, philosophes, mathématiciens, poètes, peintres, musiciens *, etc. Aussi, leurs œuvres diverses s’éclairent les unes par les autres et contribuent chacune à restituer le caractère principal de leurs auteurs, la qualité de leur tempérament poétique et de leur sensibilité artistique.

On constate ainsi que, dans leur passion pour la nature, les artistes desxi*, xir et xme siècles avaient une prédilection pour les aspects adoucis, tendres et mélancoliques, dont elle se revêt à certaines heures du jour ou à certaines saisons de l’année. Les paysages aux tons tranchés et aux couleurs éclatantes, les ardeurs du midi et de l’été, les exubérances de la vie végétale, n'étaient pas leur fait. Ils préféraient les fraîcheurs délicates et vaporeuses du printemps, les floraisons gracieuses d’avril, les mélancolies pénétrantes d’automne, les brumes légères qui se lèvent sur les

i. On peut citer, entre autres exemples, Sse ma-koiiang ( 1009- 1086) qui lut un des premiers hommes d'Ktat de la dynastie des Soung et, de tous les historiens chinois, celui qui re'unit les connaissances les plus vastes à la plus sûre critique. A scs heures de loisir, il peignait des paysages, dans le genre de Li sse-chouen. Ses peintures sont généralement signées Kiun-che. Cf. Abel Rémusat, Mélanges asiatiques.

rizières aux soleils couchants d'été, les pâles clairs de lune d’octobre, les tristesses intimes des paysages d'hiver sous leur manteau de neige.

Li-tcheng , surnommé Li-ying-kieou , du nom de la ville dont il était originaire, fut le plus brillant représentant de l'école paysagiste, à la fin du xl siècle. Ses contemporains le reconnurent comme chef de l'école du Nord. Son talent excellait à reproduire les effets de la perspective aérienne, l'éloignement de l'horizon, les profondeurs lumineuses de l'atmosphère : le fond de ses paysages, disait-on, semblait fuir à cent lieues du spectateur. Il y eut, à la même époque, un autre Li-tcheng, surnommé Li-hien-hi , qui traitait aussi le paysage, avec un art moins consommé sans doute, mais avec une poésie très délicate des choses;. sa touche plus minutieuse et ferrée que celle du précédent, le rat-

CÈDRE PAR KOUÔ-H1. Xe SIÈCLE.

(D’après le Kiat-ize-juan.)

tache, comme le lieu de sa naissance d’ailleurs (Sin-, gan fou), à l’école du Midi. A côté de ces deux maîtres, et presque sur le meme rang, se place un artiste d’un talent très personnel, Siu-lii, qui ne peignait guère que des bambous, des Heurs et des oiseaux. Ce fut un maître et peut-être même un des inventeurs du genre sie-y, c’est-à-dire des esquisses rapides, donnant en quelques coups de pinceau hardiment jetés la vision sommaire et spontanée de l’objet.

A l’école de Li-ying-kieou, et sous sa direction immédiate, deux peintres supérieurs se formèrent : Fank'ouan et Kouo-hi i; c’étaient deux tempéraments mélancoliques, sensibles surtout aux aspects tristes de la nature, se complaisant à peindre des paysages désolés, des arbres dépouillés de feuilles et chargés de givre, des forêts couvertes de neige, des plaines baignées dans des brumes glacées.

L’école de Li-ying-kieou donna naissance à toute une génération d’artistes remarquables qui illustra de ses œuvres les xi® et xii* siècles, ainsi que la première moitié du xmc. On y constate une facture remarquable, une exécution d’une souplesse et d’une sûreté merveilleuses, une maîtrise parfaite; mais déjà l'on y sent la manière, c’est-à-dire une inspiration moins directe de la nature, une vision moins personnelle dés choses, la préoccupation constante de traiter chacun des éléments de la composition dans la façon du maître et non d’interpréter sincèrement l’impression reçue. En même temps, une tendance nouvelle se manifeste :

t. Connu au Japon sous le nom de Kivakki.

LA PEINTURE

chaque école, chaque atelier se spécialise dans un genre, dans la reproduction de tel ou tel détail pittoresque, et cesse de voir le paysage dans son ensemble. Ainsi firent Ma-yuan et son frère Ma-k'otteï (1180), qui ne peignaient guère que des pins, des cyprès, des cèdres et des rochers escarpés; Hia-koue ï, qui ne se plaisait à traiter que dés effets de neige; Sou-che et Ouen-t'ong , surnommé Ouen-yti-ko, qui excellaient à dessiner des bambous; Tong-hiang , qui reproduisait sans cesse des touffes de fleurs, dans les interstices des tuiles vernissées d’un toit. Ainsi firent encore Li-ti avec ses pivoines, ses bambous et ses rochers; Lion son g-nien avec ses bouquets d’arbres et ses pins sous la neige, et Tchongjen avec ses pruniers en fleurs.

Cette spécialisation, qui confinait les artistes dans un seul genre et devait fatalement les conduire à un style maniéré et sans largeur, fut consacrée par l’enseignement officiel dès le commencement du xn° siècle. Nous trouvons, en effet, dans un ouvrage anonyme intitulé : S iuan-ho-hoa-pou , « la Peinture dans les années Siuanho 1 », que l’école de dessin, ouverte au palais de l’empereur Hoeï-tsong, était divisée en six classes, affectées chacune à un genre particulier d’études. On y enseignait à traiter les sujets suivants :

ire classe. — Sujets bouddhiques et taoïstes ;

2e — — Hommes et choses;

3' — — Montagnes et eaux ;

4° — — Oiseaux et quadrupèdes ;

i. La période Siuan-ho du règne de Hoei-tsong correspond aux années 1 1 19-1 126.

ni

5' classe. — Bambous et oiseaux ;

6° — — Fabriques et arbres ‘.

Parmi les peintres qui nous paraissent avoir conservé le sens artistique le plus large, le style le plus robuste, il faut citer tout d’abord Li kong-lin , surnommé Li-long-ming ou Pe-clie (1100), dont nous avons déjà parlé à propos de la peinture bouddhique. C’était un lettré et un penseur, qui, après avoir rempli de grandes charges dans l’Etat, se retira dans les monts Long-ming pour s’adonner tout entier à la peinture, à la rêverie et à la méditation. En dehors du paysage, il excellait à dessiner les chevaux. Mi-feï, surnommé Miyuan-tchang , nous offre également l’exemple d’un talent demeuré indépendant de l’influence qui régnait dans les ateliers officiels de son temps. Il affectionnait l’originalité et prétendait constituer à lui seul une école. La reproduction, assez grossière — il est vrai, — que le Kiaï-tse-yuan donne de l’une de ses œuvres, dénote en effet un style très puissant. Mi-feï s’est attribué une quantité de surnoms qu’on retrouve dans ses signatures, tels que : Loumen-kiu-che, Tsien-fe'i , Hai-yo-wai-che , Y ang-man, Pi et Wou-ngaï-kiu-che. Son fils, Mi yeou-jen, a peint le paysage d’après les procédés qu’il tenait de lui, mais

i. La Siuan ho-ho3-poii nous apprend qu’il y avait, au palais de l’empereur Hoeî-t-mng, 6,396 tchou (kakémonos), ou rouleaux Je soie peints. Cette collection était divisée en 10 catégories : i° sujets bouddhiques et taoïstes; 20 hommes et choses (sujets de genre); 3° palais et fabriques; 4" hommes des pays étrangers ou habitant les frontières; 5° dragons, serpents et poissons; 6° paysages; 7“ oiseaux et quadrupèdes ; 8° Heurs et arbres ; 90 bambous à l’encre de Chine; io° fruits et graines.

avec un talent moins énergique, avec une touche plus molle, comme serait celle d'une copie.

Les peintres de la dynastie des Soung ont traité, avec une rare distinction, un genre oü ceux des dynasties précédentes s’étaient à peine essayés : la peinture des animaux, et en particulier celle des oiseaux. Hoeï-tsong ii5o?) était célèbre pour ses vols d’oies sauvages, qui étaient dessinées librement, en quelques coups de pinceau hardiment jetés. Dans un style très différent, Mao -y 1170) peignait des canards, des pigeons, d’une manière très minutieuse, avec une précision, une délicatesse étonnantes. Nous reproduisons ci-dessus, comme spécimen de ce genre, une peinture qui offre tous les caractères des œuvres du xir siècle. Cette peinture, qui appartient à M. L. Gonse, représente des pigeons au repos. L’exécution est d’un fini merveilleux jusque dans les moindres détails, et cependant l’impression d’ensemble reste grande.

5e ÉPOQUE

DYNASTIE MONGOLE DES YOUEN (laGo'-lSGS)

Ainsi que nous l'avons indiqué au chapitre des bronzes (p. 70), l’établissement d'une dynastie mongole à Pékin, à la fin du xnr siècle, eut pour effet de mettre la Chine en rapports avec le monde occi-

1. Cette date (1 260) est donnée comme la premièie année du régne de Hou-pi-lie, mais lesSourg ont continue de régner jusqu’en 1278 sur les provinces méridionales de l'Empire.

LA PEINTURE

dental, de lui faire connaître des styles d’art et des proce'de's industriels nouveaux, de la soumettre enfin à des influences multiples venues de l’Inde, de la Perse, des pays de civilisation arabe et même de l’Europe.

L’action étrangère, qui fut si importante au point de vue des formes générales du décor chinois, ne laissa pas de traces très profondes dans les œuvres de la peinture. Des miniatures persanes furent certainement apportées à Pékin par la foule de lettrés, de poètes, de savants, d’astronomes, qui vinrent de tous les points de l’Iran à la cour de Koubilaï ; mais il ne paraît pas que les peintres chinois en aient reçu une impression .assez forte pour modifier leur style et renouveler leur manière. Toutefois, on reconnaît dans certaines peintures du xive siècle l’influence incontestable des œuvres persanes.

Nous avons vu également que la dynastie des Youen présida à une sorte de renaissance bouddhique, provoquée par l’importation de la réforme thibétaine connue sous le nom de « lamaïsme1 ». Les ministres de ce culte réformé et ceux de la religion ancienne acquirent à la cour de Pékin une faveur toute-puissante, et le goût se porta de nouveau vers les idées, les formes littéraires et artistiques qui avaient déjà si profondément charmé l’esprit chinois, quelques siècles auparavant.

Yen-hoei (1280) donna dans ses œuvres l’expression la plus haute de ce regain de ferveur religieuse : il y a

Page 1