‹ L'art chinoisChapitre 14 sur 91 · FIG. I<). FIGURE DE PIEDHE COLOSSALE · texte numérisé non relu

FIG. I<). FIGURE DE PIEDHE COLOSSALE

Tombeaux des Minq-. .w^ siècle.

fils du fondateur de la dynastie des Han et sectateur ardent du Taoïsme, dit que le corbeau rouge possède trois pattes, parce que le nombre trois est l'emblème du principe mâle dont le soleil est Tessence*. L'oiseau vole souvent jusqu'à la terre afin de s'y nourrir de la plante d'immortalité, comme on peut le voir dans le bas-relief.

Parmi les constellations reproduites, on reconnaîtra la Tissjerande sous les traits d'une jeune fille travaillant au métier", avec trois étoiles au-dessus de sa tête, qui sont a, y\ et Y de la Lyre. La constellation de sept étoiles qui se trouve à gauche de la lune est la Grande Ourse, qui occupe une situation de choix dans le ciel taoïste comme étant le siège de leur divinité suprême, Chang Ti, autour de qui tous les autres dieux-étoiles tournent pour lui rendre hommage; dans un autre bas-relief, elle figure comme trône aérien de Chang Ti : celui-ci répond aux prières d'une troupe de pèlerins, qui lui demandent aide et protection contre l'apparition d'une comète qu'un esprit porte devant lui ^.

I. Tchang-Heng, auteur d'un traité astronomique, dit à ce sujet :

« Le soleil est le principe de Vessence yang {principe mâle, exprimé par le nombre trois] ; en se resserrant, il produit un oiseau qui a la forme d'un corbeau et qui a trois pattes. La haie est le pri?icipe de l'essence yin [principe femelle, exprimé par le nombre deux); en se resserrant, elle produit des animaux qui ont la forme d'un crapaud et d'un lièvre. » (Cité par M. Chavannes.)

Une école philosophique prétendait expliquer tous les phénomènes de l'univers par l'action et la réaction de ces deux principes. C'est ainsi, assurait-elle, que lorsque le principe yang ne peut sortir et que le principe yin l'opprime, il se produit un tremblement de terre ; lorsque le yong a perdu son rang et se trouve sous le yin, les sources tarissent, etc.. (Cf. Mémoires historiques de Sseu-ma Ts'ien, trad. Cravannes, t. I, p. 279. — A", d. t.

1. Tong Yong, à la mort de son père n'avait pas d'argent pour l'ensevelir et se vendit comme esclave afin de pouvoir faire les frais des funérailles. Il rencontra une belle femme qui lui dit qu'elle voulait l'épouser ; mais son maître exigea trois cents pièces de soie brodée pour lui rendre la liberté. En un mois la femme fit cet immense ouvrage ; puis elle s'en alla après avoir dit à Tong Yong : — « /e suis la Tisserande du Ciel; parce que vous avez eu de la piété filiale, l'empereur du Ciel m'a ordonné d'aller vous aider et de payer votre rançon. » (Chavannes, op. cit. p. 25, d'après Mayeks.) — N. d. t.

3. L'auteur fait allusion ici àun desbas-rcliefs des chambrettes funéraires de la famille Wou (Chavan^jes, Sculpture sur pierre , pi. XXXII; Mission archéologique, pi. LXIX) . Mais l'explication qu'il en donne peut être contestée. — N. d. t.

Le second groupe de bas-reliefs provient de l'antique sépulture de la famille Wou, située à seize kilomètres environ au sud de Kia-Siang-Hien, qui se trouve aussi dans le Ghan-tong. Cette famille prétendait descendre de Wou, l'un des rois les plus fameux de la dynastie des Ghang, d'après une inscription gravée sur la stèle commémorative de Wou Pan qui mourut en Tan i45 de notre ère, stèle que Ton découvrit à la même place. Trois tombes distinctes ont été mises au jour, et les pierres sculptées qu'on y trouva sont conservées dans un monument consacré à cet usage en 1787. Devant le bâtiment se dressent deux piliers de pierre carrés ; ils n'ont pas été touchés ; l'un d'eux porte un panneau avec l'inscription suivante :

<( Dans la pj^emière année kien-ho (1^1 de notre ère), Vannée cyclique ting-hai, et dans le troisième mois qui commença par Z^yoz^r keng-siu, le quatrième jour kouei-tch'eou, les fils pieux^ Wou Che-kong et ses plus jeunes frères Souei-tsong, King-hing et ICai-ming, érigèrent ces piliers, travaillés par le sculpteur Li Ti-mao, dit Mong-fou, au prix de 150.000 pièces de monnaie. Souen-tsong fit les lions qui coûtèrent ^0.000 « cash » etc. »

Les lions ont disparu, mais on a découvert au même endroit quelques autres stèles à peu près contemporaines, de sorte que l'on peut en toute confiance placer l'origine de ces bas-reliefs vers le milieu du second siècle de notre ère.

L'une des plus petites pierres exhumées (fig. i) est sculptée en trois panneaux, avec trois scènes différentes.

Le panneau supérieur représente a l'homme fort » de l'histoire de Ghine, le conducteur de char qui arracha le dais de sa voiture, le saisit par le bâton et en abrita son seigneur blessé à terre ; cependant l'ennemi, son arc à la main, accompagné par deux serviteurs tenant des tablettes, vient le féliciter de sa fidélité.

Sur le panneau du milieu on a figuré l'une des tentatives de meurtre historiques, si vigoureusement contées dans les annales de la dynastie des Han par le « Père de l'Histoire », Sseu-ma Ts'ien. King* K'o fut envoyé par Tan, prince héréditaire de l'État de Yen, en 227 avant Jésus-Christ, pour assassiner le célèbre Ts'in Ghe-Houang ; il apportait avec lui, pour gagner sa confiance, la tête d'un général rebelle enfermée dans un cofFret et une carte du territoire qu'on prétendait offrir de lui céder, enroulée autour d'un poignard empoisonné. On lui donne audience dans le palais de Hien Yang, à lui et à un de ses compagnons ; il assaille aussitôt le futur empereur qui n'est accompagné que de son médecin. Le premier coup déchire la manche du souverain, celui-ci s'élance derrière un pilier, évite ainsi le second coup et se voit sauver par son médecin qui s'empare du meurtrier et appelle la garde à grands cris. Dans le panneau, on aperçoit le poignard lancé contre le pilier ; d'un côté se trouve le futur empereur tenant, en l'air, un médaillon de jade symbolique perforé, et de l'autre l'assassin que l'on vient d'arrêter, les cheveux en désordre ; son camarade terrifié est tombé de son long par terre ; un garde arrive armé d'une épée et d'un bouclier ^

I. Nous croyons intéressant de reproduire ici le texte nîême de Sseu-ma Ts'ien, ti-aduit par M. Chavannes [Op. cit. pp. 12-14) ', il est extrêmement vivant.

« King K'o est célèbre par la tentative qu'il lit en ■22'] avant Jésus-Christ pour assassiner le roi de Ts'in qui, quelque temps après cet événement, prit le nom de Ts'in Che-houang-ti. King K'o était un émissaire de Tan, prince héritier du royaume de Yen; il devait être aidé dans son entreprise par un certain Ts'in Wou-yang. King K'o afin d'obtenir une audience personnelle du souverain, lui apportait la tête d'un de ses généraux rebelles. Fan Yu-k'i, et la carte géographique d'une partie de l'État de Yen, deux présents qui devaient être d'une très grande valeur à ses yeux. Dans la carte était caché un poignard empoisonné.

a Le roi de Ts'in, dit Sseu-ma Ts'ien, donna audience à V envoyé du pays de Yen dans le palais de Hien-yang ; King K'o portait la boite où était la tête de Fan Yu-k'i et Ts'in Wou-yang était chargé de l'étui contenant la carte. Ils avançaient l'un derrière l'autre. Lorsqu ils arrivèrent à l'escalier, Ts'in Wou-yang changea de couleur et se mit à trembler de peur. Tous les officiers s'en étonnèrent. King K'o regarda Wou-yang en riant, puis il

Le panneau inférieur reproduit une nouvelle image de Fou Hi et Niu Wa, fondateurs légendaires de la constitution politique de la Chine, tenant une équerre de maçon et un compas ; des esprits ailés les accompagnent ; les nuages en volutes se terminent par des têtes d'oiseaux; il faut noter également les coiffures féminines, très particulières, surmontées d'une couronne, et les têtes cornues, signe dis tinctif des êtres surnaturels.

Le bas-relief plus important de la figure i5, qui, dans

s'avança et l'excusa en disant : « C'est un homme d'une contrée reculée chez les barbares du Nord; il na pas encore vu le Fils du Ciel ; c'est pourquoi il tremble et a peur ; je désire que le grand roi soit indulgent pour lui et qu'il le considère comme ayant bien accompli sa mission. »

« Le roi de Ts'in dit à King Ko : « Prenez la carte que tient Wou-yang. » « King K'o prit aussitôt la carte et l'offrit ; le roi de Ts'in la déroula ; au bout de la carte le poignard apparut. Aussitôt King K'o saisit de la main gauche la manche du roi de Ts'in ; de la droite il prit le poignard et l'en frappa ; mais le coup ne pénétra pas jusqu'au corps. Le roi de Ts'in, effrayé, se leva en se rejetant en arrière et sa manche se déchira. Il voulut tirer son épée, mais elle était longue et elle resta engagée dans le fourreau; en ce moment il était troublé et pressé ; Vépée tenait bon et c'est pourquoi il ne put la tirer aussitôt. King K'o poursuivit le roi de T'sin qui s'enfuit en tournant derrière une colonne. Tous les officiers étaient frappés de stupeur parce que, la chose ayant été soudaine et inattendue , ils avaient complètement perdu toute présence d'esprit. En outre, c'était une loi de pays de Ts'in que, lorsque les officiers étaient présents au palais, ils ne devaient avoir aucune arme de guerre, ni grande, ni petite. Les capitaines et les gardes étaient tous rangés au-dessous du palais et n'auraient osé monter sans être mandés par un ordre royal. Comme le temps pressait, on ne songeait pas à aller chercher les soldats qui étaient en bas et c'est pourquoi King K'o continuait à poursuivre le roi de Ts in. Or, dans le trouble et la précipitation où on était, on ne savait avec quoi le frapper, mais on lui donnait une grêle de coups de poings. Alors le médecin de service, Ilia Wou-ldu leva sur King ICo la poche de médicaments qu'il tenait à la main. Le roi de Ts'in tournait toujours autour de la colonne en fuyant ; dans Vanxiété et la presse où il était, il ne savait que faire. Ceux qui étaient là lui dirent : « Roi, repoussez l'épéesur votre dos ! « // repoussa son épée en arrière et put aussitôt la tirer Il en frappa King Ko à qui il entama la cuisse gauche. King Ko tomba ; alors il brandit son poignard pour le lancer contre le roi de Ts'in; il ne l'atteignit pas, mais il atteignit la colonne de cuivre. Le roi de Ts'in frappa de nouveau King K'o ; celui-ci reçut huit blessures ; voyant que l'affaire était manquée, il s'appuya contre la colonne, se mita rire, s'accroupit et dit en criant à tous : k Si la chose n'a pas réussi, c'est que je voulais le menacer vivant pour obtenir de lui un traité écrit qui vengeât l'héritier présomptif! » Alors les assistants s'élancèrent en avant et tuèrent King K'o. »

L'ouvrage de M. Chavannes contient quatre reproductions de la même scène. — N. d. t.

Fie. 'lO. BAS-REHEF REPRESENTANT AMlTARliA BOUDDHA

Dynastie des ^Vei du nord. 53.5 ap. Jésus-Christ.

91 cent. 1 1 de liauleur.

'«il

FIG. '1-1. — PIEDESTAL SCULPTE DLXE STATUE BOUDDHIQUE Dynastie dos Wei du nord. :ri\ ap. Jésus-Christ.

i sur (il cent.

l'original, a 90 centimètres environ sur 60, représente la découverte, au cours de la vingt-huitième année du règne de Ts'in Ghe-Houang (219 av. J.-C), de Fun des fameux trépieds de bronze, antique sauvegarde du royaume.

« Les neuf trépieds sacrés, selon le Ghouei-king-tchou, vieil o uvrage de géographie^ furent perdus dans le fleuve Sseu, sous le règne de Hien Wang en 333 avant Jésus- Christ^. Le bruit se répandit qu'on les y avait aperçus et V empereur envoya pour les retrouver une mission qui chercha longtemps sans succès ; au moment oit Von était entrain de repêcher enfin V un de ces trépieds , un dragon apparut soudain^ et rompit la corde d'un coup de dent, si hien que le trépied retomba dans la rivière ; on ne le revit jamais plus, »

Nous distinguons ici les envoyés et leurs serviteurs, assemblés sur la rive supérieure et considérant le trépied que des hommes armés de bâtons et montés sur des barques sont en train de tirer de la rivière ; le dragon dont la tête émerge du vase vient de rompre la corde en deux, ce qui fait tomber en arrière les hâleurs, rangés sur deux lignes le long du parapet. Il y a un autre dragon dans le fonda droite ; un ours qui saute et des oiseaux qui volent remplissent les intervalles; on voit enfin des pêcheurs attraper des poissons dans des nasses ; ce sont là des accessoires naturels de la scène, sans aucun lien avec l'histoire.

La figure 16 reproduit une autre grosse pierre trouvée au même endroit; cette pierre mesure environ i"',2o sur 60 centimètres ; deux scènes y sont représentées qui n'ont aucun rapport entre elles. La partie supérieure — la plus importante — retrace la réception de l'antique empereur Mou Wang par la divinité taoïste Si Wang-mou, la « Mère royale de l'Ouest ». La partie inférieure est consacrée à une procession officielle ; il s'agit de célébrer un épisode de la

I. M. Chavannes, d'après le même texte, date la perte des li'épicds de Tan 327 avant Jésus-Christ, ^1^ année du règne de Hien. [Op. cit. p. 58.)

carrière du mandarin défunt, dont le temple auquel ce basrelief est emprunté commémorait le souvenir.

La réception a pour théâtre un pavillon à deux étages avec deux toits droits et recouverts de tuiles, flanqué de deux colonnes jumelles que recouvre également un double toit. Le toit inférieur est supporté par des piliers ronds et unis, le toit supérieur, par des cariatides. Un couple de phénix gigantesques s'ébattent sur le toit supérieur, ils sont appaturés par un esprit ailé; la tête d'un dragon se profile à droite, au grand étonnement d'un des visiteurs ; un ours et un singe aux lignes réalistes apparaissent à gauche et des oiseaux remplissent tous les espaces libres, tandis qu'un esprit ailé, enroulé autour de l'un des piliers de droite du pavillon, vient encore ajouter au caractère légendaire de la composition. On reconnaît Mou Wang à sa grande taille ; c'est un signe de sa dignité ; il est assis sous un dais ; un serviteur l'assiste, portant un éventail et un essuie-mains, tandis qu'un autre s'avance avec un plateau chargé de mets ; quatre courtisans restent debout par derrière, tenant les tablettes de leur charge. La Si Wang-mou, dont la coiffure s'orne d'une couronne, est installée avec sa cour à l'étage supérieur ; des dames de cour tiennent une coupe, un miroir et un éventail ; une quatrième encore, à gauche, est chargée de son attribut spécial, fruit de longue vie au triple joyau, dont elle gratifie ses fidèles. Dans la cour se trouve un arbre ho houan dont le tronc majestueux se divise en fourche et dont les branches s'entrelacent, Farbre cosmique sacré de la doctrine taoïste. Au-dessous, un conducteur est en train de dételer le char de Mou Wang; on aperçoit encore un couple de chiens de chasse, semblables à des lévriers, et un archer qui s'apprête à tirer sur l'arbre sacré malgré les objurgations du gardien ^

I. Peu de personnages de l'ancienne légende chinoise ont donné lieu à des interprétations aussi diverses que la Si Wang-mou.

Les Taoïstes voient en elle un homme, et en font un des premiers fonda-

Dans la procession du panneau inférieur, le char de droite porte le nom de Kiun-tch'ô, « le Chariot du Sage » ; le mot

teurs de leur doctrine. Pauthier propose, à titre purement hypothétique, son assimilation avec Çâkyamouni. M. de Milloué rapporte que la Si Wang-mou se confond parfois avec Avalokitêçvara.

Pauthier cite le récit suivant de la visite de Mou Wang, d'api'ès les mémoires nommés Che-yi (Assemblage ou collection de ce qui était négligé.)

« Le roi se rendit à l'Orient dans la xallée du grand cavalier (ta ki)./^ remarquale palais obscur du printemps ; il recueillit ce quily avait de plus important dans les arts magiques de toutes les parties du monde, et des espèces des insectes nommés tche, des grandes oies aquatiques nommées kou, des dragons et des serpents, des semences ou graines merveilleuses qui croissent dans le vide.

La mère du roi occidental monta sur un char orné d'oiseaux à plumes vertes, et le suivit. D'abord elle le dirigea avec des tigres bigarrés et des léopards ; ensuite elle traversa les airs avec des faucons, de grands cerfs d'espèce fabuleuse, nomjnésVm, et d'autres de couleur fauve.

« Puis elle s'avança lentement et avec grâce avec des brodequins de jade, de topaze et d'autres pierres précieuses les plus rares. Elle étendit partout des nattes faites de jonc et de pierreries couleur d'azur sur le gazon de la vallée jaune nommée kouan. Elle réunit ensemble toutes ses pierres précieuses et ses nattes^ et elle fit retentirle cieldes accords les plus harmonieux. Elle se fit de tous ces objets précieux une grande couronne lumineuse . Elle se consola de la contrainte de ses sentiment par des chants et des mélodies variés. Les dix mille intelligences étant toutes rassemblées, la mère du roi occidental et Mou Wang s' abandonnèrent jusqu'à la fin à toutes les délices de la joie et des chants. Ensuite, ils ordonnèrent que Ion attelât les chevaux, montèrent sur un nuage et disparurent. »

En 1904, M. FoRKE, professeur de chinois au séminaire des Langues orientales de Berlin, prétendit prouver que la Si Wang-mou n'était autre que la reine de Saba, à qui le roi Mou aurait rendu visite, non dans l'Asie centrale, mais sur le plateau abyssin. (A. Forke : Mu Wang und die Kônigin von Saba. Mitteilungen des Seminars fur orientalische Sprachen. Jahrgang VII.)

M. HuBER, tout en réfutant sans peine cette théorie [Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, t. IV, p. 1127), rappelle que Ch. de Paravey Tavait déjà soutenue dans un article des Annales de philosophie chrétienne (i853).

On en trouve même des traces plus anciennes. Elle a eu pour premiers auteurs des missionnaires jésuites en Chine ; Pauthier l'avait déjà attaquée contre eux.

M. Chavannes a donné le coup de grâce à cette théorie fantaisiste, dans le tome V (2® appendice) de sa traduction française des Mémoires historiques deSseu-ma T'sien (Leroux, 1903). Une faudrait voir, selon lui, dans la Si Wangmou, que le nom d'une tribu barbare de l'Ouest. Quant à son visiteur, après avoir précédemment admis [Sculpture sur pierre, etc.. p. 64) qu'il était bien le roi Mou, de la dynastie des Tcheou (x° siècle av. J,-C.), M. Chavannes soutient cette fois, à la lumière de documents nouveaux, qu'il était le duc Mou, de race turque, qui régnait vers 628 avant notre ère dans le Chàn-si actuel. — N. d. t.

Kiun est un terme de louange, ordinairement appliqué aux défunts dans les épitaphes. Par devant marchent deux hommes à pied, avec des bâtons et des éventails, deux cavaliers portant des lances à double pointe, et deux chars sous l'un desquels sont écrits ces mots : « Secrétaire de la Préfecture » et sous Fautre : <c Chef de la police de la Préfecture ».

La figure 17 est empruntée à une pierre de i™2o sur 90 centimètres environ, également trouvée dans la tombe d'un membre de la famille Wou. Les sculptures de cette tombe présentent un caractère mythologique plus marqué encore . Voici au panneau supérieur, un personnage, debout à gauche dans une attitude respectueuse, regardant un cortège de cauchemar : des dragons ailés et des esprits qu'on aperçoit, à travers des nuées en volutes, précédant une divinité ailée assise sur un char que traîne un attelage de trois dragons. Le panneau inférieur, qui est le plus important, nous ouvre la demeure céleste du dieu taoïste Tong Wang Kong, le « Roi suprême de l'Est ». Le dieu est assis sur des nuages, au centre, personnage ailé tout semblable à celui qui, sous le même nom, a si souvent été modelé au dos des miroirs de bronze de la même époque. Son épouse, la Si Wang-mou, se tient sur un trône à droite ; elle est reconnaissable à son sceptre à trois joyaux que tient une suivante ailée. Leur chevaux et jusqu'à leurs chars sont munis d'ailes et les nuages enroulés se terminent en têtes d'oiseaux. Tong-Fang So, fidèle sectateur du Taoïsme, écrit au 11^ siècle avant Jésus-Christ :

« Au sommet des montagnes de K'ouen louen^ il y a un oiseau gigantesque appelé hi-yeou qui regarde vers le Sud ; il étend son aile gauche pour soutenir le vénérable roi de VEst et son aile droite pour soutenir la reine maternelle de VOuest ; sur son dos se trouve une plaque dépourvue de plumes, de 19.000 li de largeur. La Si Wang-mou, une fois

par an^ voyage le long de Vaile pour rendre visite au Tong Wang Kong ^ »

Ici, les nuages s'écartent du sommet d'une montagne, dont ils semblent interdire l'accès à un mortel en vêtements officiels ; celui-ci vient de descendre d'un char à trois chevaux ; deux guerriers l'accompagnent, armés de lances ; ils ont laissé en arrière leurs chevaux sellés. Il est impossible de deviner qui est ce personnage; les inscriptions sont, en efFet, effacées et illisibles, si même elles ont jamais existé.

L'empreinte reproduite de la figure 18 a été prise sur une stèle gra- vée du vii^ siècle, de i™5o sur 90 centimètres environ^ ; elle montre la manière dont les artistes chinois de cette époque dessinaient les chevaux. Cette stèle fut élevée par le célèbre T'ai tsong, véritable fondateur de la dynastie des T'ang, en mémoire de six chevaux de bataille qu'il avait montés de6i8 à 626, avant d'accéder au trône. L'inscription qui accompagne chaque animal donne son nom, sa couleur, la victoire à laquelle il contribua et le nombre des traits dont il fut blessé; elle se termine par une strophe laudative en quatre vers. On remarquera un guerrier arrachant une flèche de la poitrine de l'un de ces chevaux ; celui-ci était un bai brun, de la couleur de l'oie sauvage rouge ; on l'appelait « Rosée

I. Cf. cette citation du Chen-yi-king (Chavannes, loc. cit., p. 64).

« Bans les contrées sauvages de l'est, au milieu des mojitagnes, il y a une grande habitation en pierre ; le vénérable roi de V Orient y demeure; il est grand de dix pieds; sa chevelure est toute blanche ; il a un corps d'homme, une face d'oiseau et une queue de tigre ; il est monté sur un ours noir, à gauche et à droite, il surveille tout et regarde au loin ; sans cesse avec une femme de jade, il lance des flèches et prend pour cible V ouverture d'un vase; chaque partie est de douze cents points ; lorsqu'une flèche entre et ne ressort pas, le ciel en soupire ; lorsque la flèche rebondit au dehors mais quelle retombe sans se fixer, le ciel en rit. » — N. d. t.

1. La stèle publiée par M. Bushell, est en réalité une gravure sur pierre exécutée à la fin du xi*^ siècle : les monuments originaux du vi*^ siècle sont six dalles mesurant chacune 1 mètres de long sur i "" 60 de haut; ils ont été visités pour la première fois en 1907, par M. Chavannes, qui les a reproduits dans l'album de sa Mission archéologique dans la Chine septentrionale (pi. CCLXXXYIII, CCLXXXIX, CCXC). — .V. d. t.

d'Automne » ; le prince héritier le montait en 621 pour conquérir Tong Tou, capitale orientale du Ho-nan^ Ces animaux, trapus comme ceux de la race mongole actuelle, ont la crinière tressée et la queue nouée ; leur harnachement est celui qu'on emploie encore aujourd'hui en Chine.

Quelques tableaux peints de Fépoque traitent les chevaux exactement dans le même style ^.

La figure 19 nous renseigne sur la conception chinoise de la représentation humaine en sculpture, à une période postérieure ; c'est la photographie de l'un des personnages colossaux, revêtus d'armures, qui gardent Tentrée du mausolée de l'empereur Yong-lo (1403-14^4) à trente-cinq kilomètres environ au nord de Pékin. Une autre silhouette apparaît en perspective et Ton aperçoit au loin deux sur trois des portes qui conduisent au tombeau. L'avenue qui y mène est bordée de monolithes d'hommes et d'animaux en pierre calcaire bleue. Les mandarins militaires, au nombre de six, parmi lesquels celui qui nous occupe, portent des cottes démailles tombant au-dessous des genoux, des coiffures ajustées au crâne et descendant jusqu'aux épaules, une épée dans la main gauche et un bâton de héraut dans la main droite. Les fonctionnaires civils ont des vêtements aux longues manches pendantes, des ceintures ornées de glands attachées par des boucles enrichies de jade^ des cuirasses brodées et des bonnets carrés. Les animaux qui suivent, face à l'avenue,

I. L'empereur T'ai tsong, fils de l'empereur Kao tsou, portait le nom de Li Che-min avant d'accéder au trône. C'est à sa valeur et à ses talents militaires que Kao tsou dut la plus grande partie de son empire : il en fut récompensé par le titre de prince héritier en 626 ; il n'avait donc pas encore reçu cette qualité au cours de la campagne dont il est question ici. — N. d.t.

1. Cette stèle, ajoute M. Bushell dans la seconde édition de son ouvrage, n'avait pas encore été reproduite en Europe; M. Salomon Reinach a pourtant fait figurer l'un des chevaux, d'après une gravure chinoise, dans son article sur « La représentation du galop dans l'art ancien et moderne. » [Revue archéologique, 1900, p. 92.)

comprennent deux couples de lions, deux couples de monstres unicornes, deux de chameaux, deux d'éléphants, deux de kH-lin et deux de chevaux ; ces couples sont alternativement représentés debout, assis ou accroupis.

Les autres illustrations de ce chapitre sont d'origine bouddhique ^ La première (fig. 20) est une des plus anciennes représentations d'Amitâbha, le Bouddha idéal de Fâge et de la lumière infinis, dont le paradis se trouve dans les Gieux occidentaux^. Il se tient debout sur un piédestal de lotus, la tête auréolée d'un triple cercle, sous un dais orné de joyaux, surmonté d'un diadème, et entouré de cordelettes et de glands de soie. L'inscription suivante est gravée au-dessous :

« La vérité spirituelle est vaste et abstruse^ d'une excellence infinie, mais d'une compréhension difficile. Sans paroles, il serait impossible d exposer sa doctrine, sans images sa forme ne pourrait être révélée. Les paroles expliquent la loi de deux et de six, les images tracent les rapports de quatre et de huit. N'est-ce pas profond et co-extensif de V espace infini, sublime au delà de toute comparaison ?

« TchangFa-cheou, fondateur libéralde ce temple Cheng-v^ou Sseu, fut assez fort, sous le filet multiple dont il était cinq fois couvert, pour rompre tous les liens des affections de famille et des soucis du monde. Dans la seconde année {517 ap. J.-C.) de Vépoque Hi-p'ing, il a quitté sa maison et

1. Le nom du Bouddha tut pour la première fois prononcé en Chine après que l'ambassadeur chinois Tchang K'ien fut rentré de son audacieux voyage en Asie centrale, en 126 avant Jésus-Christ; la reconnaissance officielle de la religion bouddhiste date de l'an 67 après Jésus-Christ; nous y avons fait allusion au cours de notre introduction. Les dynasties tarlares ont toujours été les plus ardentes à patroner cette religion, en particulier les Wei du Nord (386-549 ap.J.-C.) et la dynastie mongole des Yuan (1280-1367 ap. J.-C).

2. Cette gravure se trouve sur la tranche d'une stèle conservée dans le temple de Chao-lin sseu (sous-préfecture Teng-fong, province du Ho-nan). On peut voir les diverses faces de ce monument dans Chwannës, Mission archéologique dans la Chine septentrionale, pi. CCLXXIX, pi, CCLXXX et pi. CCLXXXI, no 423. — N, d. t.

construit ce temple, et pour accomplir des vœux anciens^ il a fait sculpter ces images afin que son bonheur fût infini. lia joyeusement accepté le salut par la loi et après avoir étudié à fond sa doctrine compliquée, il a pénétré ses frontières sacrées. Cela doit, en vérité, avoir été le fruit d'une graine semée au cours d'existences antérieures, chérie et soignée pendant de nombreuses générations ; comment^ en effets aurait-il pu sans cela accomplir un vœu si grandiose et si méritoire ?

(( Ses descendants, Yong-ts^ien et Souen-ho, pleins de bonne volonté dans leurs actions et dans leur piété filiale., ont continué cette belle œuvre pendant leur génération; ils ont prouvé leur immense amour en achevant V accomplissement du grand vœu. Ils ont fait sculpter dans la pierre et dresser les statues de Che-kia-wen Fo [Bouddha Çakyamouni), de Kouan Yin [Avalokiteçvara) et de W en Tchou [Manjuçri) ^ accomplissant ainsi avec respect les désirs de leur défunt grand-père dans sa prospérité.

ce A ces images, ils ont ajouté celle que voici, de Wou-leangcheou Fo [Amitâbha Bouddha), dans Vespoir que la félicité serait accordée a leur père et mère défunts. Ils ont donné ce qu'ils pouvaient pour la foi et ils ont tout consacré à faire une retraite monastique; puissent-ils tous deux percer les nuages deV état de Bodhisattva et atteindre définitivement aux lumières de l'état de Bouddha.

(.(. Écrit sous la grande [dynastie) Wei, la seconde année [535 ap. J.-C.) de la période T'ien-p'ing qui est Vannée cyclique Yi-Mao, le 11^ jour du 4® mois, par le Pi-Wieou [Bhikshu) Hong-pao. »

La figure 21 nous offre un spécimen de bas-relief sculpté de la même période, emprunté à un piédestal de pierre de Maitreya Bouddha (Mi-lo Fo). Deux moines bouddhistes, la tète rasée, sont en oraison ; Fun d'eux récite des prières, les mains jointes levées, l'autre met l'encens, extrait du coffret rond et couvert qu'il tient de sa main gauche, dans

ÂYALOKITA, AVEC ÎNSCIVIPTIOXS EN SIX LANGUES

Dynastie des Yuan. 1348 ap. Jésus-Christ,

(lij cent, sur l'i ceiil. -^ i.

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