‹ L'art chinoisChapitre 15 sur 91 · FIG. '26. STUPA DE MARBRE SCULPTE · texte numérisé non relu

FIG. '26. STUPA DE MARBRE SCULPTE

Pai T'a sseu. Pékin, xviii"^ siècle.

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le plateau de l'encensoir richement monté qui est posé entre eux. Le reste du bas-relief est occupé par deux monstres fabuleux, semblables à des lions, avec des langues pendantes et des crinières flottantes. Les inscriptions donnent les noms des moines résidant alors au monastère, la date de la consécration de rimage et de l'achèvement du temple de Kie Kong Sseu dans lequel ce bas-relief fut installé (troisième année — 5^-7 apr. J.-G. — de l'époque Hiao tch'ang^ sous les Wei). La figure 22 reproduit les quatre côtés d'un piédestal carré, en pierre, récemment découvert dans la province du Tche-li, et qui portait autrefois une image de Maitreya, le Messie bouddhique. L'inscription rappelle sa consécration par le gouverneur de Wei Hien, le moderne T'ai-ming Fou, dans la sixième année de l'époque Tcheng kouang^ de la grande dynastie Wei (624 apr. J.-C). Dans le second panneau, on voit ce personnage, accompagné par deux adolescents, ses fils peut-être, et suivi par des serviteurs portant un parasol, des bannières et autres attributs de sa charge ; l'un d'eux conduit un cheval chargé de pièces de soie, un autre un bœuf attelé à un chariot. Deux lions fabuleux gardent une urne d'encensé L'artiste primitif, qui avait horreur du vide, a rempli les intervalles d'oiseaux et de fleurs stylisés où prédomine le lotus. L'eff'et général est celui d'un brocart de soie tissé, plutôt que d'un bas-relief de pierre.

Les Khans Mongols de la dynastie des Yuan favorisèrent le Lamaïsme, forme tibétaine du Bouddhisme. Bashpa, lama tibétain, devint Précepteur d'Etat en 1260 après

I. La seconde édition anglaise de cet ouvrage place ici une intéressante observation de M. Pelliot, qui, d'accord avec les habitudes de l'iconographie bouddhique, préfère voir dans ce brûle-parfums ainsi que dans celui de la figure 21, un personnage figuré seulement à mi-corps, vu de face, et supportant de la tête et des bras un plateau à fruits qu'il offre à la divinité. [Bulle^ tin de V École française d' Extrême-Orient, Y, p. 2i3.)

Ce personnage qui a l'aspect d'une femme émergeant d'un lit de lolus, représente peut-être Sthàvarâ, déesse de la terre, ajoute M. Bushell en

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Jésus-Christ, et fut reconnu par le Khan comme chef suprême de l'église bouddhiste. En 1269 il composa un alphabet sur le type de l'écriture tibétaine, afin de permettre la transcription de toutes les langues parlées par les peuples soumis à Koubilaï Khan. Un spécimen de l'écriture bashpa subsiste sur la fameuse voûte de Kiu-yong Kouan (fîg. 23), porte immense ouverte dans un tronçon de la Grande Muraille au point où celle-ci franchit le défilé de Nan-k'eou, à soixante-cinq kilomètres au nord de Pékin. La voûte, qui date de i345, est construite de blocs de marbre massif, avec des sculptures très fouillées représentant des figures et des symboles bouddhiques. Elle porte en outre des inscriptions en six langues, récemment publiées à Paris en un magnifique album, par les soins du prince Roland Bonaparte. La clef de voûte de Farche représente l'oiseau garuda entre deux rois Nâga, dont les coiffures surmontées de sept cobras se confondent avec les opulentes volutes de feuillage qui les entourent. Les quatre coins, à l'intérieur, sont gardés par les quatre maharajas, sculptés dans des blocs de marbre, dans le style de la figure 24 ; celle-ci représente Dhritarâshtra, le grand roi gardien de FEst, reconnaissable à l'instrument de musique dont il est en train de jouera

Les six inscriptions de la porte de Kiu-yong Kouan sont identiques à celles qui furent gravées trois ans plus tard, en 1348, sur une stèle de pierre, à Gha Tcheou, dans la prorenvoyant à l'excellent ouvrage de M. Foucher, Y Art gréco-bouddhique du Gandhâra (lig. 200).

Rappelons le rapprochement qu'en a fait M. Pelliot avec un petit basrelief du vi*^ siècle provenant de Long-men, récemment donné au Louvre par M. Philippe Berthelot, et où l'on voit devant la divinité « une femme très grossièrement figurée qui supporte la coupe d'offrandes ; elle met un genou à terre assez gauchement, Vautre jambe est allongée de côté; c'est peut-être — dit M. Pelliot — la difficulté de rendre cette pose pour un personnage de face qui a amené à ne le représenter souvent qu'à mi-corps, et, semble-t-il, disparaissant dans une fleur de lotus. » — N. d. t.

I. Dans l'album de sa Mission archéologique dans la Chine septentidonale (pi. CCCCLXXVIII et CCCCLXXIX), M. Chavannes a reproduit les quatre lokapâlas de la porte de Kiu-yong kouan. — N. d. t.

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vince du Kan-sou, aux confins du Grand Désert et dont la figure 25 reproduit le fac-similé ^ Ce monument porte le nom de Mo-kao ICou, « la Grotte d'une Hauteur sans égale ^r. La niche centrale contient une figure de l'Avalokita à quatre mains, assis sur un piédestal de lotus, deux de ses mains jointes dans le « geste de méditation «, tandis que les autres personnages tiennent un chapelet et une fleur de lotus. Il est représenté en Bodhisattva, avec un nimbe autour de la tête, sur laquelle repose une figurine d'Amitâbha.

Dans l'inscription en six langues qui entoure la figure, il faut voir la formule magique, si souvent répétée, Om mani padme hûm^ consacrée à Avalokita et, par conséquent, à son incarnation vivante, le Grand Lama du Tibet. Les deux lignes horizontales supérieures sont en écriture devanagari et tibétaine. On a tracé les lignes verticales, à gauche, en turc ouigour, (dérivé du syriaque et d'où procèdent le mongol et le mandchou moderne) et en écriture bashpa (dont nous avons parlé plus haut et qui est d'origine tibétaine). Les lignes verticales, à droite, sont en écriture tangut, — écriture locale très rare par ce fait que Cha-tcheou (la Sachiu de Marco Polo) fut une des villes du royaume Tangut que détruisit Gengis Khan, en 1227, — et en écriture chinoise. Le reste de l'inscription chinoise donne les noms des personnages qui restaurèrent ce sanctuaire ; en tête, on voit ceux de Suleiman, roi de Si-ning, et de son épouse, K'iu-chou, ainsi que la date (huitième année de l'époque Tche tcheng (i348 ap. J.-C.) de la grande dynastie Yuan).

Gomme type de sculpture moderne sur pierre, on ne peut

I. L'estampage de cette stèle a été rapporté pour la première fois en Europe par M. Bonin. M. Chavannes, qui Ta publié, a traduit l'inscription qui est gravée au-dessous de Fimage d'Avalokiteçvara [Dix inscriptions chinoises de l'Asie centrale, 1902, p. 96 à 99). — N. d. t.

1. D'après M. Pelliot, le terme Mo-kao K'ou, « Grottes d'une hauteur sans égale », s'appliquerait à l'ensemble des grottes de Cha 'ï cheon [BuUetiJi École française d'Extrême-Orient, t. YIII, p. 52i). — N. d. t.

choisir de meille ur exemple que le stupa de marbre de Pai T'a Sseu, construit dans les faubourgs du nord de Pékin par l'empereur K'ien-long, en mémoire du Panchan Bogdo, Grand Lama de Tashilhunpo, qui y mourut de la petite vérole le 12 novembre 1780. Ses vêtements furent brûlés sous ce stupa, bien que ses restes incinérés eussent déjà été rapportés au Tibet, dans une cassette d'or. [La mission Bogie au Tibet donne un intéressant compterendu de sa visite à Pékin.) Le stûpa, tel qu'on peut le voir dans la figure 26, est construit selon le type tibétain, généralement conforme à l'ancien modèle hindou, sauf que le dôme est placé en sens contraire. Le clocher ou toran, composé de treize segments en marches d'escalier, symbolisant les treize cieux du Bodhisat, est surmonté d'une large coupole de bronze doré. 11 repose sur une série de plinthes angulaires, à base solide, de forme octogonale. Les huit côtés montrent, sculptées en haut relief, des scènes de la vie du Lama défunt, notamment les circonstances surnaturelles qui accompagnèrent sa naissance, son entrée dans le sacerdoce, ses combats contre les hérétiques, renseignement qu'il donnait à ses disciples et sa mort. La figure 27 rappelle sa naissance, on y voit le Bodhisattva, dont un halo entoure la tête et le corps, porté par un éléphant blanc qui repose sur des nuages, tandis que d'autres nuages en volutes remplissentle fond; ilestassissurunpiédestalde lotus, empruntantlestraits de la divinité céleste qu'il sera lors de son incarnation finale en Bouddha vivant; le pavillon sur la montagne, à gauche, représente la résidence de famille du futur saint. Tout l'encadrement témoigne d'un art extraordinairement riche et consommé : ce sont des bandes d'ornements où l'on voit, parmi bien d'autres motifs aussi délicats, des phénix voler à travers des branches fleuries, des monstres marins nager parmi les vagues agitées, et des chauves-souris apparaître entre les lourdes volutes des nuages.

Considérez une ville commerçante et ouvrière comme T'ien-tsin, ou la collection de palais et de temples qui caractérisent Péîdn, vous ne pourrez vous défendre d'une certaine impression de monotonie ; cette impression provient de l'usage uniforme d'un même type architectural ; la règle essentielle de la géomancie qui oriente tout édifice important vers le sud, ajoute encore à cette uniformité d'aspect.

Le type unique que la conception chinoise impose aux bâtiments publics ou privés, a persisté à travers toutes les périodes de l'histoire chinoise. Lors même que l'influence bouddhique ou mahométane introduisit des modèles nouveaux, leur originalité vint graduellement se fondre dans le canon primitif.

Celui-ci — le fing — comporte avant tout un toit recourbé posé sur de courtes colonnes. 11 dériverait, dit-on, de l'antique tente nomade, aux courbes et aux angles relevés. Mais cette opinion nous reporte à une antiquité bien douteuse, car nous ne possédons aucun document qui nous montre les Chinois autrement que comme un peuple agriculteur et sédentaire.

Le toit est donc la partie capitale de l'édifice et lui donne son caractère. L'architecte chinois le construit quelquefois à double ou à triple étage. Il le recouvre de tuiles vernissées aux couleurs éclatantes, jaunes, vertes et bleues, et le décore d'une profusion d'animaux fantastiques. Cette ornementa-

tion n'est d'ailleurs jamais laissée au hasard ; des lois somptuaires très strictes la déterminent afin d'indiquer le rang social du propriétaire de la maison ou la fondation impériale du temple.

Le poids considérable du toit nécessite l'emploi de colonnes très nombreuses. Elles sont en bois, le plus souvent cylindriques, jamais cannelées ; le ciiapiteau est généralement carré, ou quelquefois sculpté en tête de dragon ; le piédestal, bloc de pierre carré, ne doit pas dépasser en hauteur le diamètre de la colonne ; quant au fût, sa longueur ne peut être supérieure à son propre diamètre multiplié par dix. Les colonnes des temples et des palais de Pékin sont tirées d'énormes troncs de cèdres [perseanaïunouj^pr oyensini de la province du Sseu-tch'ouan et qui descendentle cours du Yang tseu par le procédé du flottage ; le cèdre est un bois dont le grain gagne à vieillir ; il acquiert peu à peu une belle nuance feuille morte, et son odeur aromatique est telle qu'on peut la retrouver encore dans des édifices datant de cinq siècles.

En réalité, toute la solidité d'un monument dépend de sa charpente. Les murailles, bâties en brique et même en pierre, n'ont d'autre utilité que de servir de cadre à des portes et à des fenêtres artistement sculptées. A ce point de vue, une construction chinoise présente des analogies singulières avec les bâtisses américaines du type le plus moderne, essentiellement formées d'un squelette d'acier qu'habillent de vaines murailles.

Les édifices chinois ont rarement plus d'un étage ; ils ne se développent guère en hauteur. Leur surface augmente avec leur importance. C'est le principe de la symétrie qui règle leur plan ; il s'applique avec rigueur aux ailes du bâtiment, aux cours, aux avenues, aux pavillons et jusqu'aux motifs de décoration. Les résidences d'été seules échappent à cette règle, qui fait place à la plus capricieuse fantaisie ; et l'on

peut voir alors des ailes détachées, des kiosques élevés à l'aventure, des pavillons jetés au hasard, parmi des rocailles, des lacs, des cascades et des eaux courantes enjambées par des ponts inattendus.

Les ruines sont rares en Chine ; on doit s'adresser aux livres et aux reproductions pour avoir quelque idée de l'architecture ancienne ^ Les premiers édifices importants dont on trouve la description dans les vieux livres canoniques sont des sortes de tours fort imposantes appelées t'ai ; elles étaient généralement carrées et bâties en pierre; leur hauteur atteignait parfois quatre-vingt-dix mètres, si bien qu'on a pu reprocher leur construction aux anciens rois comme des folies ruineuses ^ Il y avait trois sortes de t'ai; les uns servaient de dépôts pour les trésors ; d'autres, bâtis à l'intérieur d'un parc de chasse entouré de murs, permettaient de suivre des

1. Cette rareté des ruines provient en grande partie des révolutions qui ont bouleversé l'empire depuis quatre mille ans. Les monuments n'échappèrent pas à la fureur destructive de Che Houang ti, lorsqu'il décida l'anéantissement de tous les vestiges de la civilisation qui l'avait précédé. Pour être moins systématiques, les ravages exercés au cours de divers bouleversements historiques s'exercèrent d'une façon tout aussi redoutable. On peut s'en faire une idée d'après la révolte des T'ai ping qui vers le milieu du siècle dernier mit la Chine à feu et à sang.

Mais, contrairement à l'opinion de M. Paléologue [loc. cit.), il semble que les tremblements de terre aient contribué pour une grande part à la destruction des monuments. On en cite de terribles dans l'histoire chinoise : par exemple celui de 780 avant Jésus-Christ, qui « souleva les trois rivières de la province occidentale », celui qui, en l'an 114, provoqua des ruptures de digues et des inondations, celui qui ravagea Pékin en 1679, ensevelissant un grand nombre de palais et de temples, renversant les murailles de la ville et engloutissant, dit-on, quatre cent mille personnes, celui enfin qui en 1731 détruisit presque entièrement la même ville. — N. d. t.

2. M. Paléologue [loc. cit.) rappelle que les poètes ont souvent célébré la magnificence des t'ai. Tou-po décrit ainsi celui qui s'élevait dans la capitale des T'ang : « Vémail de ses briques rivalise d'éclat avec l'or et la pourpre, et ré fléchit en arc-en-ciel les rayons du soleil qui tombent sur chaque étage. » Et Te-li parlait en ces termes d'un t' ai haut de plus de i3o mètres : « Je n'oserais pas monter jusqu'à la dernière terrasse d'où les hommes n apparaissent que comme des fourmis. Monter tant d'escaliers est réservé à ces jeunes impératrices qui ont la force de porter à leur doigt ou sur leur tête tous les revenus de plusieurs provinces. » — N. d. t.

yeux les exercices militaires et les plaisirs de la chasse ; les troisièmes, — les Kouan siang fai, — étaient destinés aux observations astronomiques. La dynastie des Hia, du xx^ au x^ siècles avant Jésus-Christ, fut renommée pour ses monuments en même temps que pour ses travaux d'irrigation \

Parmi les derniers faiQ{\xï subsistent encore il faut citer les tours delà Grande Muraille, bâties en pierre avec des portes et des fenêtres voûtées — les Chinois semblent toujours avoir employé la voûte pour Tarchitecture de pierre — , les édifices à plusieurs étages dominant les portes et les angles des murs de la cité, dont on s'est souvent servi comme dépôts d'armes, et l'observatoire de Pékin qui est aussi une tour carrée, bâtie sur l'un des mêmes murs. Quand une tour est oblongue, plus large que haute, on l'appelle lou.

Les édifices chinois peuvent être classés en édifices civils, religieux et funéraires, mais il est plus facile d'en grouper les différents types dans les quelques illustrations que nous reproduisons ici.

La Salle des Classiques, appelée Pi Yong Kong (fig. 29) fut construite à Pékin sur d'anciens plans, par l'empereur K'ien-long, dans le voisinage de l'Université nationale, Kouo iseu Kieii^ où Ton peut voir le Temple de Confucius et les tambours de pierre dont nous avons parlé plus haut. L'empereur s'y rend en grande pompe à certaines occasions pour expliquer les classiques ; il s'assied sur le grand trône placé dans la salle devant un paravent qui a la forme des cinq montagnes sacrées.

C'est un imposant monument carré, avec un toit à quatre pans couvert de tuiles émaillées de jaune impérial et surmonté d'une grosse boule dorée ; il est entouré d'une

I. L'empereur Chouen, qui la précéda s'était rendu fameux par la protection accordée aux potiers ; les dynasties suivantes des Chang et des Tcheou devaient exceller, l'une dans l'exécution des vases à sacrifices et des coupes à vin, l'autre dans la construction des chariots de chasse et de guerre.

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galerie dont les piliers soutiennent un second toit en saillie, également couvert de tuiles jaunes. Les quatre façades consistent chacune en sept couples de portes à deux battants dont les panneaux sont à jour. Un fossé circulaire orné de balustrades de marbre et surmonté de quatre ponts conduisant aux portes centrales, enserre tout Tédifice.

Sur les côtés de la cour au milieu de laquelle celui-ci s'élève, se trouvent deux longs bâtiments en forme do cloîtres; ils abritent environ deux cents stèles de pierres verticales couvertes d'inscriptions placées sur la face antérieure ou sur le revers. Ces inscriptions contiennent le texte complet des (.( neuf classiques » ; elles furent gravées par l'empereur K'ien-long, à l'imitation des dynasties des Han et des T'ang qui firent toutes deux graver sur pierre les livres canoniques à Si-ngan Fou, alors capitale de la Chinée Sur la surface de la pierre, le texte est divisé en pages de dimensions commodes, on peut en prendre des estampages sur papier et les relier ensuite en forme de livres. Dès Tépoque de la dynastie des Han, c'était la coutume d'user de ce procédé qui peut avoir donné la première idée de la xylographie.

On voit un cadran solaire de forme antique, monté sur un piédestal de pierre, au- premier plan de l'illustration. De l'autre côté, au sud, se trouve un magnifique p^ai leou de porcelaine, semblable à celui (fig. 3o) qui enjambe l'avenue conduisant au Wo Fo Sseu^ « Temple du Bouddha endormi », qui se trouve dans les montagnes de l'ouest, près de Pékin. Les piédestaux et les trois portiques sont en marbre sculpté ; des murs de stuc vermillonné les séparent du revêtement de

I. On sait que les livres classiques gravés sur pierre à l'époque des T'ang (plus exactement en 837 ^P- J--C.) existent encore dans le Pei lin de Si-ngan fou. Dans l'album de sa Mission archéologique dans la Chine septentrionale (pi. CCCCXLIY,n*^ 1012), M, C h avalises a publié une photographie qui donne une idée de ce que sont ces stèles précieuses entre toutes aux yeux des lettrés chinois ; en outre, il a reproduit, d'après les estampages, le texte complet du Yi king. du Che king, du Chou king, du Louen yu et du Eul ya (pi. CCCLVI - CCCLXIX). — N. d. t.

faïence en forme de panneaux qui couvre le reste de l'édifice ; celui-ci est émaillé en trois couleurs, jaune, vert et bleu ; il forme un cadre merveilleux à la tablette de marbre blanc avec inscription enchâssée au centre. Cette tablette, pour qui fut érigé le monument, contient une courte formule dédicatoire composée par l'empereur, ciselée et rehaussée de rouge sur les caractères originaux tracés par le pinceau impérial.

Les portiques de ce genre, caractéristiques de l'architecture chinoise, ne sont élevés que par autorisation spéciale. La plupart rappellent la mémoire d'hommes et de femmes distingués ; on les construit généralement en bois avec un toit de tuiles. Quelques-uns pourtant sont entièrement bâtis en pierre, comme Fimmense portique à cinq arcades de l'avenue des tombeaux des Ming. G^est sans doute du toî^an de pierre des stupa hindous que sont dérivés le p'ai leou chinois, ainsi que le tori japonais.

L'une des plus intéressantes curiosités de Pékin est assurément le Temple du Ciel, situé dans la cité chinoise, dans un cadre de cyprès majestueux, au milieu d'un parc dont les murs s'étendent sur une longueur de près de cinq kilomètres.

Les bœufs qui servent aux sacrifices sont gardés dans ce parc ; il existe des enclos séparés pour les autres victimes, moutons, cerfs, porcs et lièvres. On prépare les viandes consacrées selon les rites antiques dans des cuisines spéciales, auxquelles sont adjoints des abattoirs, des puits et des entrepôts pour les légumes, les fruits, le blé et le vin *.

I. Le s Chinois n'ont aucune idée des sacrifices symboliques ; ils font à leur divinité suprême, comme à leurs ancêtres, des offrandes d'objets précieux, de vête meuts et de nourritures. Le Ciel n'est pas le seul objet du culte : les tablettes ancestrales de quatre des aïeux impériaux sont toujours associées à la tablette de Chang Ti, la « divinité suprême > ; puis viennent celles du soleil, de la lune, des planètes et des constellations, tandis que les esprits dj l'atmosphère, des vents, des nuages, de la pluie et du tonnerre sont

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La figure 3i représente le grand Autel du Ciel, Tien Tan, le plus vénéré de tous les édifices religieux de la Chine. Il se compose de trois terrasses circulaires ornées de balustrades de marbre ; de triples escaliers aux quatre points cardinaux, conduisent à la terrasse supérieure, qui a 3o mètres de largeur, tandis que la base en a 80 environ. La plate-forme est recouverte de dalles de marbre, formant neuf cercles concentriques ; tout y est disposé en multiples du nombre neuf. L'empereur prosterné devant le Ciel sur Tautel, environné par les cercles des terrasses avec leurs parapets, et par l'immensité de l'horizon, semble ainsi placé au centre de l'univers : il ne reconnaît que la seule supériorité du Ciel. Autour de lui sur le pavé sont figurés les neuf cercles des neuf ciels, s'élargissant en multiples successif jusqu'au carré de neuf, chiffre favori de la philosophie des nombres.

Le grand sacrifice annuel se fait sur cet autel à l'aube du solstice d'hiver; Tempereur se met en route la veille, en grande pompe, dans un char traîné par un éléphant, et passe la nuit dans la salle du jeûne, tchai kong, après avoir tout d'abord vérifié les offrandes^ Les tablettes sacrées sont

rangés au-dessous. Au Ciel sont réservés l'offrande du jade bleu, pi, de trente centimètres de diamètre, rond, avec un trou au milieu, semblable aux anciens symboles de la souveraineté, etle sacrifice du taureau, que l'on brûle tout entier. Le jade et la soie sont aussi jetés dans les flammes. On sacrifie pour le Ciel douze rouleaux de soie blanche unie et de toile de chanvre, un seul pour chacun des autres esprits ; les mets présentés sur l'autel dans des plats de porcelaine bleue sont offerts avec la même prodigalité.

1. Le P. Amiot a analysé, d'après Confucius, le cérémonial antique du solstice d'hiver.

Ce jour aurait été choisi parce qu'alors le soleil, après avoir parcouru ses douze palais, recommence sa carrière.

L'empereur se revêtait de la robe ta-kieou, faite de peau de mouton dont la laine était noire et doublée de peau de renard blanc, l'une et l'autre peau ayant le poil en dehors ; par-dessus, il mettait le surtout appelé kouen, sur lequel étaient représentés le dragon, le soleil, la lune et les étoiles. Puis il montait sur un char sans couleur, uni, et précédé de douze étendards où l'on voyait les images du soleil et de la lune.

Avant de procéder au sacrifice, il consultait solennellement ses ancêtres, les instruisait de son intention et demandait leurs ordres.

La victime devait être un jeune taureau aux cornes naissantes, sans aucun

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conservées dans l'édifice surmonté d\m toit rond couvert de tuiles émaillées de bleu, qui est placé derrière l'autel et que Ton aperçoit à droite de notre illustration. Les offrandes sont entièrement brûlées. Le four qui sert à cet usage se trouve au sud-est de l'autel, à la distance d'une portée de flèche ; il est recouvert de tuiles vertes et mesure 2°" ^5 de hauteur ; on y accède par trois escaliers de marches vertes ; le taureau est introduit à Tintérieur, sur une grille de fer au-dessous de laquelle on allume le feu. Quant aux rouleaux de soie, on les brûle dans huit urnes de fer ajouré qui, à partir du four, s'étendent en cercle dans la direction de l'est; on ajoute une urne à la mort de chaque empereur. Les prières écrites sur soie sont aussi brûlées dans ces urnes après avoir été cérémonieusement présentées devant les tablettes.

Au nord du grand autel, qui est à ciel ouvert, se trouve un second autel de marbre à trois rangs, conçu sur un plan analogue, mais un peu plus petit, appelé le K'i Kou Tan « Autel de la Prière pour le Grain ». Il est dominé par le temple imposant et à triple toiture représenté dans la figure 32, que recouvrent de tuiles d'un bleu de cobalt profond si éclatant au soleil qu'il attire aussitôt les yeux de quiconque regarde la cité. Le nom de l'édifice, inscrit en caractères mandchous et chinois, dans la plaque encadrée fixée sous les poutres du toit supérieur, est iCi Nien Tien^ a Temple de la Prière pour l'Année ».

L'empereur s'y rend au printemps pour faire des offrandes, afin que l'année soit favorable. Ce temple mesure 35 mètres de haut, le toit supérieur repose sur quatre piliers majestueux, les toits inférieurs sur deux cercles de douze piliers, tous en troncs de nanmou poussés d'un seul jet et récemment appor-

défaut extérieur et d'une couleur tirant sur le rouge ; il devait avoir été nourri pendant trois mois dans l'enceinte du kiao. Un bœuf, quel qu'il fût, suffisait pour le sacrifice moins solennel que, depuis les Tcheou seulement, le Fils du Ciel offrait au printemps. — N. d. t.

FIG. 61. k'i MEX tien, temple DU CIEL

Cité du sud. Pékin.

FIG. 33. — SAXCTUAIllE ET AUTEL DE COXFUCILS

Temple de Confucius. Pékin.

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L'ARCHITECTURE 6i

tés du sud-ouest quand il fallut rebâtir le temple après sa destruction par un incendie. Bâti tout d'abord par l'empereur K'ien-long, il fut reconstruit de nos jours en se conformant à Tancien plan jusque dans les moindres détails. Pendant les cérémonies, tout est bleu à l'intérieur du temple : les ustensiles à sacrifice sont en porcelaine bleue, les fidèles vêtus de brocard bleu ; l'atmosphère elle-même est bleue : le jour n'y pénètre, en effet, qu'à travers des portières faites de minces baguettes de verre bleu enfilées sur des cordelettes, et suspendues devant les portes et les fenêtres ^

L'Autel de la Terre, Ti fan, se trouve au nord de la cité, en dehors du mur, et il est de forme carrée ; les offrandes y sont enterrées au lieu d'être brûlées. Les Temples du Soleil et de la Lune sont à l'est et à l'ouest, également en dehors du mur de la cité. Les princes du sang sont d'ordinaire délégués par l'empereur pour officier dans ces temples \

La planche 28 nous a donné un parfait exemplaire du t'ing^ si caractéristique de l'architecture chinoise; c'est la photographie du grand édifice à sacrifices de l'empereur Yong lo.

Les tombeaux de la dynastie des Ming, appelés familièrement Che-san-Ling\ « Tombes des Treize (Empereurs) », sont, comme leur nom l'indique, les sépultures de treize des empereurs des Ming. Le premier fut enterré à Nankin, sa

1, Le symbolisme de la couleur est d'ailleurs un trait important des rites chinois; au Temple de la Terre, tout est jaune; au Temple du Soleil, rouge; au Temple de la Lune, blanc, ou plutôt du pâle gris-bieu connu sous le nom de yue po, ou blanc clair de lune, le blanc pur étant réservé au deuil. Le fameux vernis sang-de-bœuf, dérivé du cuivre, fut inventé sous le règne de Siuan-tô (i426-i435) pour décorer les objets rituels du Temple du Soleil.

2. Si l'empereur est trop jeune pour sacrifier sa personne au Ciel et à la Terre, il est d'usage de déléguer le régent. Le nouvel empereur P'ou-yi n'étant âgé que de trois ans, le ministère des Rites a élaboré récemment un règlement dont l'article 4 s'exprime ainsi : « Tant que Vempeveiir ne sera pas en âge d' accomplir lui-même les rites, pour toutes les offrandes aux autels [du Ciel, de la lierre, etc.) et les sacrifices au Temple anccstral, le régent ira à saplace accomplir les rites. Il pourra désigner un fonctionnaire pour le faire à sa place ; notre ministère, avant la date, demandera un décret. » — N. d. t.

capitale ; le dernier, près d'un temple bouddhiste sur une colline à l'ouest de Pékin, sur l'ordre des souverains mandchous, quand ils occupèrent l'empire. L'empereur Yong-lo (i4o3-i424), qui fit de Pékin sa capitale, choisit, pour y établir le mausolée de sa maison, la magnifique vallée d'environ lo kilomètres, située à près de 5o kilomètres de Pékin dans la direction du nord, et où l'on peut voir, dans leurs enclos séparés et entourés de murs, les tombes impériales semées sur les pentes des collines boisées qui la limitent. L'avenue, avec ses rangées de statues de pierre colossales, a été décrite au chapitre précédent. Elle conduit à un triple portique s'ouvrant sur une cour; on traverse une petite salle pour aboutir à la cour principale où se trouve la grande salle des sacrifices. C'est là que, par ordre des empereurs mandchous, des offrandes sont encore présentées au chef d'une dynastie depuis si longtemps déchue, par un de ses descendants directs choisi dans ce but \ La salle est placée sur le haut d'une terrasse, entourée de trois balustrades de marbre sculpté ; on y accède par trois escaliers de dix-huit marches chacun, conduisant à trois portails à deux battants ajourés. Elle mesure 70 mètres environ de long sur 3o de large, avec un toit massif incliné, supporté par huit rangées de quatre piliers chacune. Les colonnes, en bois de persea nanmoUy ont 3"* 5o de circonférence à la base et environ 20 mètres de hauteur jusqu'au véritable toit, au-dessous duquel se trouve un plafond plus bas, élevé d'environ 10 mètres et qui est construit en bois avec des panneaux carrés en retrait, peints de couleurs éclatantes. On conserve la tablette ancestrale dans un autel au toit jaune, monté sur une estrade, avec

I, Les empereurs mandchous ne font d'ailleurs que suivre un exemple donné par le fondateur de la dynastie des Ming. Celui-ci, Hong-wou, à la troisième lune de la quatrième année de son règne (i37i) ordonna en effet qu'on restaurât les tombeaux des souverains des dynasties précédentes, et délégua trente-cinq mandarins pour aller faire en son nom des cérémonies respectueuses aux sépultures de ses prédécesseurs les plus illustres. — N. d. t.

un grand écran sculpté dans le fond et, en avant, une table à sacrifices sur laquelle sont rangés une urne pour l'encens, une paire de chandeliers garnis d'une pointe et une paire de vases à fleurs.

En quittant cette magnifique salle pour traverser une autre cour, plantée comme les précédentes de pins, « d'arbres de vie » et de chênes, on arrive au tombeau lui-même. Un passage souterrain de 4o mètres de long conduit au tumulus, dont la porte est fermée par de la maçonnerie ; mais des escaliers, à l'est et à l'ouest, donne accès sur la terrasse qui surmonte la tombe. Là, devant le monticule, et immédiatement au-dessus du passage qui mène au cercueil, se trouve la pierre tombale, immense dalle verticale posée sur une tortue, et sur laquelle est gravé le titre posthume, « Tombe de l'empereur Tch'eng Tseu Wen ». Le tumulus a plus de 800 mètres de tour et semble, bien qu'artificiel, une colline naturelle, car des arbres sont plantés au sommet : on y remarque le chêne à grandes feuilles {quercus hungeana)^ sur lequel on nourrit des vers à soie de l'espèce non domestique.

La reproduction (fig. 33) de l'intérieur du Temple de Confucius au Kouo tseu kien, la vieille université nationale de Pékin, nous fera connaître les accessoires ordinaires d'un autel des ancêtres. La tablette ancestrale occupe le centre ; elle est enchâssée dans une niche entre deux piliers, et mesure 75 centimètres de hauteur sur i5 de largeur; son piédestal, haut de 60 centimètres, porte, en manchon et en chinois, l'inscription suivante tracée en lettres d'or sur un fond de laque vermillon : « Tablette de l'Esprit du très saint ancêtre et maître Gonfucius^ »

I. Les piliers sont couverts de strophes laudatives et les poutres d'inscriptions dédicatoires, successivement écrites par chaque empereur en témoignage de sa vénération pour le sage. Ainsi, la ligne formée de quatre caractères de grande taille, placée au-dessus de la tablette, Wan che che piao, « Le

Les objets qui composent le Wou Kong, « Service à sacrifices de cinq pièces » : l'urne à encens, les chandeliers garnis de pointes et les vases à fleurs en bronze, sont posés ici sur plusieurs supports en marbre blanc; en avant, se trouve la table toute prête pour les offrandes du printemps et de l'automne. Les murs de la grande salle sont revêtus de tablettes à la mémoire de Tseng Tseu, Mencius et autres sages, disciples de Gonfucius, dont les esprits reçoivent à leur tour un culte officiel au cours des mêmes cérémonies ^

On aura une idée suffisante des pavillons de jardin (qui rentrent aussi dans la catégorie générale des t'ing) en consultant celui de la figure 34, en dépit du délabrement de cette pittoresque construction, photographiée après la destruction du Palais d'Eté pendant Fexpédition anglo-française de 1860. Ce pavillon se trouve sur les bords du lac de Wan cheou chan ; il a été récemment réparé pour l'impératrice douairière T'seu-hi, qui y faisait servir le thé à ses hôtes européens amenés de Pékin sur des barques d'apparat remorquées par des chaloupes à vapeur. On y a suspendu des cloches de bronze qui tintent doucement au souffle de la brise. L'édifice central, ainsi que les àQxxxpai leoii^ qui enjambent les avenues d'accès, ont toutes leurs boiseries agréablement décorées de festons peints relevés par de gracieuses bandes de grecques à jour ; les toits sont couverts de tuiles jaunes émaillées. Notons au passage les monstres de pierre qui garnissent les quatre coins ; ils sont posés sur des piliers bas, de forme octogonale, aux chapiteaux ornés et qui pourraient être de loin-

maître très parfait de dix mille siècles », fut composée et écrite par 1 empereur K'ang-hi dans la vingt-quatrième année de son règne (i685 ap. J.-C.) ; son authenticité est garantie par le cachet apposé sur l'inscription.

I. Tout Chinois particulièrement illustre par sa science et par sa vertu peut prétendre à l'honneur posthume d'être admis à figurer dans le Temple de Confucius ; mais c'est une faveur insigne, dont la rareté double le prix. — N. d. t.

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