FIG. 39. — PAGODE DE LI>.G-KOUA>,G SSEU
M.ontagnes de TOuest, près de Pékin, vue siècle.
taines répliques des antiques piliers à lions hindous du temps d'Asoka, adaptés au style chinois moderne.
La figure 35 reproduit une vue du K'ouen-ming-hou, le lac dont il vient d'être question. Ce nom date de la dynastie des Han ; il fut donné à cette époque à un lac des environs de Si-ngan-fou, alors capitale de l'empire, située dans la province du Ghàn-si ; l'empereur Wou Ti y entretenait une flotte de jonques de guerre destinée à exercer les marins en vue de la conquête de la Gochinchine. Le lac actuel a six kilomètres et demi de tour; il fut le premier en Chine à posséder des navires de guerre à vapeur modernes ; l'impératrice douairière T'seu-hi y passa la revue des bâtiments modèles qu'elle avait fait construire l'année qui précéda les troubles des Boxers. Le pavillon impérial, élevé par l'empereur K'ien-long à l'endroit d'où la vue est la plus étendue sur le lac, se détache nettement sur la photographie. L^empereur, qui se plaisait à écrire des vers, composa une de ses odes favorites sur la beauté du paysage environnant; elle est gravée dans ce pavillon sur une stèle de marbre.
Le bœuf de bronze qui est au premier plan fut aussi fondu sous ses auspices ; il porte une inscription d'après des stances dédicatoires dues au pinceau impérial, et qui méritèrent d'être reproduites dans la description officielle de Pékin ^
Ce poème, trop long pour être cité en entier^ expose comment l'empereur a pris comme modèle l'antique Yu des Hia, dont l'éloge fut transmis sur un bœuf de fer après qu'il eut mis un terme aux inondations ; comment il se rendit favorable le bœuf sacré-, dont il plaça Fimage en cet endroit
I. Le bœuf étant l'animal qui rend les plus grands services à l'agriculture, fut sacré en Chine dès les temps les plus anciens ; il tient encore une place prépondérante dans les cérémonies rustiques qui ont lieu au printemps ; il est pour la circonstance représenté en argile.
•2. Constellation du Zodiaque, dompteur des dragons et des monstres des rivières.
pour qu'elle présidât à jamais aux canaux d'irrigation creusés par lui pour le bien des paysans ; et il conclut ainsi :
Les hommes louent V empereur guerrier des Han^
Nous préférons prendre comme exemple l'antique Yao des T^ang.
Le pont de marbre de dix-sept arches que Ton aperçoit dans le fond de la figure 35 est un spécimen remarquable des beaux ponts de pierre qui ont rendu célèbres les environs de Pékin ^ Celui-ci fut construit dans la vingtième année du règne de K'ien-long (1765 ap. J.-G.) ; il conduit de la chaussée de ciment à une île du lac où se trouve un temple ancien dédié au dragon divin ; ce temple se nommait Long chen Sseu; K'ien-long changea son nom en Kouang Jouen Sseu, « Temple de la Grande Fertilité », car, en sa qualité de bouddhiste fervent, il s'opposait à la déification du Nâga Raja, l'ennemi traditionnel de sa foi.
Un pont de forme différente, mais aussi caractéristique, se trouve sur la rive occidentale du fleuve; nous le reproduisons dans la figure 36. A cause de sa forme particulière, on l'appelle Lo-ko Wlao, « Pont Bossu » ; il ne possède qu'une seule arche de 9 mètres de hauteur et d'une envergure de 7 mètres. Sa hauteur permet aux barques impériales de passer dessous sans baisser leurs mâts ; c'est, en outre, un des traits les plus pittoresques du paysage ^
1. Marco Polo décrivit le premier le pont aux arches multiples de Pulisanghin, jeté sur la rivière Houen-ho avec ses parapets de marbre couronnés de lions ; on l'aperçoit encore du haut des collines qui forment l'arrièreplan du Palais d'Eté.
2 . La construction de ponts remarquables par leurs dimensions remonte à une haute antiquité. Il s'agissait moins, alors, d'embellir une résidence impériale que de faciliter les communications à travers les provinces.
Par exemple, au début de la dynastie des Han, cent mille hommes furent employés dans la province montagneuse du Chàn-si à rendre praticable l'accès de la capitale Si-ngan-fou. Ils construisirent des ponts à piliers et des ponts suspendus restés légendaires. Quatre cavaliers, assure-t-on, pouvaient y passer de front ; il y avait des balustrades de chaque côté pour la sûreté des voyageurs, et l'on avait bâti de distance en distance des hôtelleries pour leur commodité. — N. d. t.
Signalons un temple de bronze sur la pente méridionale de la colline deWan Cheou Ghan (fig. 37). Il mesure 6 mètres de hauteur et possède un double toit; il est construit selon le plan habituel, mais tous les détails en sont exécutés en bronze: les piliers, les poutres, les tuiles, les portes, les fenêtres, et tous les ornements accessoires ont été d'abord fondus en métal. C'est l'un des rares édifices qui aient défié l'incendie de 1860. Il se dresse sur une base de marbre, entourée de balustrades sculptées ; les escaliers qui y donnent accès ont été obstrués à l'aide de briques et de buissons, pour écarter les voleurs que pourrait tenter le métal précieux. Le stupa en miniature, ou dagoba^ qui couronne la crête du toit, constitue un attribut des édifices bouddhistes ; celui-ci, en effet, est bien destiné à un sanctuaire du Bouddha historique, puisqu'il contient une image dorée de Gâkyamouni, avec la série ordinaire des brûle-parfums.
La pagode de la planche 38, qui se trouve dans le parc du Palais d'Été impérial de Yuan-Ming Yuan, est un bel exemplaire de l'architecture en faïence vernissée, dans le style de la fameuse tour de porcelaine de Nankin ^
L'habitude de recouvrir l'extérieur comme l'intérieur des bâtiments, à l'aide de plaques ou de tuiles de faïences vernissées de couleurs variées, remonte très haut en A.sie. Les processions d'archers et de lions qui décorent les murs des escaliers des palais de Darius, à Suse, en sont des preuves très anciennes et très caractéristiques. Cet art se développa avec plus d'ampleur dans la décoration des mos-
I. La tour de Nankin, qui s'élevait dans le « Temple de la Gratitude et de la Reconnaissance extrêmes », avait été édifiée sous les Tsin au iv^ siècle de notre ère. L'empereur Yong-lo, des Ming, l'avait presque entièrement reconstruite au xv^ siècle, et l'empereur K'ang-hi l'avait restaurée encore en 1664. — N. d. t.
Elle fut détruite pendant la révolte des T'ai-p'ing en i854 ; mais on a conservé des spécimens de ses tuiles et de ses revêtements.
quées et des tombes de Perse et de Transoxiane au cours du moyen âge.
Il date, en Chine, de la seconde dynastie des Han, sous laquelle la poterie verte vernissée commença à devenir à la mode ; il renaquit dans la première moitié du xv^ siècle, au moment où, dit-on, des artisans vinrent de chez les Yuetche, royaume indo-scythe de la frontière nord-ouest de l'Inde, et enseignèrent aux Chinois l'art de préparer différentes sortes de Heou-li ou vernis de couleur ^ Le centre de la fabrication est aujourd'hui Po-chan Hien, dans la province du Chan-tong ; on y produit des plaques et des baguettes de fritte de couleur^ qui sont exportées dans toutes les parties du pays, chaque fois qu'on en a besoin pour la décoration de cloisonnés ou pour poser des émaux sur métal, porcelaine ou faïence. Les manufactures impériales pour les travaux de ce genre sont situées dans une vallée des montagnes de l'ouest, près de Pékin, ainsi que dans les montagnes voisines de Moukden, capitale de la Mandchourie. On y fabrique des images du Bouddha et d'autres divinités, en même temps que toutes sortes d'ornements décoratifs, revêtements et tuiles de couleur nécessaires aux édifices impériaux^
Les vernis qui décorent la pagode qui nous occupe, sont au nombre de cinq : un bleu sombre à reflets pourpres (mélange de silicates de cobalt et de manganèse), un vert profond (silicate de cuivre), un jaune se rapprochant de la
I. Ces Yue-tche sont le même peuple qui, au premier siècle de notre ère, avait été visité par le général Pan Tch'ao. Ils se maintinrent longtemps dans la Bactriane. Quoique très puissants, ils envoyaient chaque année des présents à l'empereur de Chine. — N. d. t.
1. La fritte est un mélange de sable et de soude. — TV. d. t.
3. Quand les Jésuites Attiret et Castiglione dessinèrent une série de palais européens pour la ville de Yuan-Ming Yuan, ces faïenceries exécutèrent dans le style italien classique des fontaines émaillées, des paravents .irtistement travaillés et décorés de trophées, de casques et de boucliers, des balustrades ornées de pots de fleurs décoratifs, etc.
teinte jaune d'œuf (antimoine), un rouge sang de bœuf (mélange de cuivre et d'un fondant désoxydant) et un délicat bleu turquoise (cuivre et nitre), ces deux derniers employés en moins grande quantité.
La combinaison de ces cinq couleurs est destinée à rappeler les cinq joyaux du paradis bouddhique. La cosmologie bouddhique suppose qu'une pagode ornée de joyaux, pao t'a^ de dimensions colossales, se dresse en haut du pic central du mont sacré Merou, jusqu'au ciel le plus élevé qu'elle perce, pour illuminer l'éther infini de ses rayons resplendissants nés des trois joyaux de la loi et de la roue tournante qui la couronnent. Un symbolisme du même genre se manifeste ici dans la forme de la pagode. La base à quatre faces figure la demeure des quatre maharajas, grands rois gardiens des quatre régions, dont on voit ici les statues assises sur des trônes à Fintérieur des arches ouvertes. Le centre, de forme octogonale, représente le ciel Tushita, avec ses huit dieux célestes, Indra, Agni, et les autres, qui se tiennent à l'extérieur comme protecteurs des huit points de l'espace ; c'est le paradis des Bodhisats avant leur descente finale sur la terre sous forme de Bouddhas ; Maitreya, le Bouddha futur, y demeure. L'étage supérieur, de forme cir- <;ulaire, tient la place du ciel le plus élevé, dans lequel résident les Bouddhas après avoir atteint à la lumière complète ; les figures placées dans les niches sont les cinq Bouddhas célestes, ou Jinas, assis sur des lits de lotus.
La figure 89 nous montre la pagode ordinaire à treize étages, octogonale, solidement bâtie en briques sur des fondations de pierre massive. Celle-ci, qui date de la fin du vii'^ siècle, fait partie du temple de Ling-Kouang Sseu, dans les montagnes de l'Ouest, près de Pékin ; on l'aperçoit distinctement du haut du mur de la cité, à 20 kilomètres de distance ^
I. Il n'est pas certain que ce monument existe encore, car, par malheur, il
Les moines bouddhistes ont toujours choisi pour leurs monastères les sites les plus pittoresques ; il n'y a pas moins de huit temples sur les pentes de cette même montagne, qui a environ 25o mètres de hauteur, et il en existe d'autres encore dans le voisinage. Quelques-uns de ces monastères possèdent des palais, élevés dans des cours adjacentes en vue des déplacements de l'empereur ; tous ont des chambres d'hôtes, Wo t'ang^ qui font partie du plan originel et servent à abriter les étrangers et les pèlerins de passage.
Le plan général d'un temple bouddhique ressemble à celui d'une demeure privée ; il comprend une série de cours rectangulaires, allant du sud au nord, avec, au centre, l'édifice principal, et, sur les côtés, des édifices de moindre importance. Un couple de lions de pierre sculptée gardent l'entrée, flanqués de hautes colonnes jumelles, en bois, qui, les jours de fête, sont ornées de bannières et de lanternes. La porte, large et couverte, forme vestibule; de chaque côté, sont rangées les figures colossales des quatre grands rois des Dévas, Sseu ta fien wang^ qui veillent sur les quatre régions, tandis qu'au milieu sont généralement enchâssées de petites effigies deMaitreyasous forme d'un Chinois obèse qui sourit, et de Kouan Ti, le dieu officiel de la guerre, général déifié, revêtu d'une cotte de mailles à la mode des Han, et assis sur un siège.
En traversant le vestibule, on aperçoit, de chaque côté de la première cour, des pavillons carrés contenant une cloche de bronze et un énorme tambour de bois. Mais, au milieu, se dresse la salle principale du temple, Ta hiong pao tieti, le « Palais orné de Joyaux du grand Héros », c'est-àdire de Gâkyamouni, le Bouddha historique. C'est toujours lui qui forme la figure centrale de l'imposante trinité assise à
fut en 1900 condamné à sauter à la dynamite, les Boxers ayant fait du temple leur quartier général.
l'intérieur sur des lits de lotus ; les deux autres personnages sont d'ordinaire Ananda et Kaçyapa, ses deux disciples favoris. Le long des murs de côté sont rangées, en grandeur naturelle, les figures des dix-huit Arhats (Lo-han) avec leurs divers attributs ; ce sont les disciples qui, par une seconde vie, ont atteint le stade d'émancipation.
Derrière la cour principale, on trouve souvent une autre enceinte écartée, consacrée à Kouan Yin, la « Déesse de la Miséricorde » ; les femmes chinoises y viennent en foule pour supplier la déesse et lui faire des offrandes votives. Avalokiteçvara (Kouan Yin) y est installée dans la salle centrale; deux autres Bodhisatvas l'accompagnent souvent: Manjouçrî (Wen-chou), «Dieu de la Sagesse», et Samantabhadra (P'ou-hien), le « Très-bon ». Les murs environnants s'ornent d'innombrables petites figures de Bodliisats célestes en bronze doré ou en argile, rangées dans des niches. Les bâtiments d'aile sont, dans cette cour, consacrés aux hôtes défunts du monastère et contiennent les portraits et les reliques de chefs de la communauté et de moines depuis longtemps disparus. Ces cloîtres ont deux étages dans les temples importants ; les trésors du monastère sont conservés à l'étage supérieur, en même temps que les bibliothèques, les blocs d'imprimerie, etc.
Un mur extérieur entoure le tout, enfermant en outre une certaine étendue du terrain de la colline, où l'on installe séparément les hauts dignitaires du monastère, les cuisines et les étables, les fruitiers et les granges, les pavillons où l'on prend le thé en admirant le paysage, et aussi des villas à terrasse placées à l'écart, qui servent de résidence aux visiteurs occasionnels.
La trinité bouddhiste, que l'on voit dans la figure 4^, appartient au temple Houang Sseu, bâti par le fondateur de la dynastie mandchoue régnante pour servir de rési-
dence au cinquième Grand Lama du Tibet, au moment où ce haut dignitaire vint en visite à Pékin, en 1647 • ^^ stupa représenté dans les figures 26 et 27 est adjoint à cet édifice. C'est un temple lamaïque ; les grandes figures de bronze doré représentent Avalokita, Manjouçrî et Vajrapâni, assis sur des lits de lotus ; quant aux personnages debout, de moindre stature, ce sont deux Bodhisats qui portent la sébille et le chowry brush. Les cinq petites images rangées devant le piédestal d'Avalokita représentent les Bouddhas célestes, Amitabha, etc. ; une image de Çakyamouni, reflet terrestre d'Amitabha, se dresse en avant. Les tables d'autel massives^ les ustensiles à sacrifices et les symboles rituels posés sur les autels sont tous en marbre sculpté. Les dais contre lesquels se détachent les figures principales sont en bois sculpté et doré ; Fauréole en est entourée d'une frise d'éléphants, de lions et d'animaux fantastiques, se terminant en dragons enroulés qui tiennent en respect des garuda^ semblables à des chérubins veillant sur les trois joyaux de la foi ; le tout enveloppé d'une large bande formée de flammes enroulées.
La différence entre le Lamaïsme et la forme ordinaire du Bouddhisme chinois se manifeste surtout dans la conception de Maitreya, le Bouddha futur.
Nous avons déjà décrit cette divinité sous sa forme chinoise de Milo Fo, telle qu'elle est placée dans le vestibule d'un temple. Le bienveillant Maitreya est en outre adoré dans un grand nombre de maisons particulières et de boutiques; sa popularité auprès des hommes égale presque celle de Kouan Yin, auprès des femmes^
La conception lamaïque, au contraire, fait de Maitreya une
I. Au Japon, Hotei, le joyeux moine au sac de chanvre, est considéré par certains comme une incarnation du Bodhisat Maitreya; il est doué des traits nationaux, qui procèdent de cet esprit de respect badin, dont l'artiste japonais est animé.
'- Oh
FIG. 42. WOU-t'a SSEU. temple A CINQ TOURS PRES DE PEKIN
Reproduction du Mahùbodhi à Bodh-Gayù. xv= siècle.