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FIG. 43. PORTE YOUÏÉE DE MOSQLÉE EN RUINES

Cité impériale, Pékin, xviii'^ siècle.

figure colossale, pleine de dignité grave, aux vêtements de prince, avec la couronne ornée de joyaux d'un Bodhisat, s'élevant comme une tour au-dessus des crêtes du toit de la lamasserie, ou parfois sculptée sur la face d'un rocher. Il existe une image gigantesque de Maitreya dans le Yong Ho Kong, à Pékin ; elle est en bois et se dresse à plus de 20 mètres de hauteur, à travers plusieurs étages successifs du majestueux édifice dans lequel elle est installée. Le fidèle pieux doit gravir les nombreuses marches de l'escalier en spirale qui monte en tournant, selon le mode orthodoxe, à l'intérieur de l'image sacrée pour aboutir enfin à l'énorme tête. Le Yong Ho Kong était la résidence de l'empereur Yong-tcheng, avant qu'il accédât au trône ; cette demeure fut, suivant la coutume, consacrée au culte lamaïque à son avènement, en 1722. Quand l'empereur visite le temple, on allume une lampe au-dessus de la tête de Maitreya et une immense roue à prières, placée sur la gauche et qui atteint la hauteur de la statue, est mise en mouvement à cette occasion. Les lamas résidents, Mongols pour la plupart, sont au nombre d'environ i.5oo, sous la direction d'un Gegen ou Bouddha vivant, Tibétain de naissance, qui jouit du titre de Ghangcha-Hutuktu Lalitavajra^

On peut dire que le Lamaïsme est considéré comme religion d'État par la dynastie mandchoue régnante. Le temple lamaïque, reproduit dans la figure 41, fut construit par l'empereur K'ang-hi, dans le voisinage de la résidence d'été de Jehol, en dehors de la Grande Muraille ; le comte Macartney y fut reçu en 1793 par le petit-fils du fondateur.

Le temple est bâti dans le style du fameux temple-palais de Potala à Lhassa, résidence du Dalai Lama. Mais la ressemblance n'est que superficielle, bien qu'on puisse s'y tromper quand on aperçoit le monument à distance, de l'un

I. On trouvera un excellent portrait de ce dignitaire, d'après une miniature sur soie, dans le Buddhist Art in India, du professeur A, Grûnwedel.

des pavillons du parc impérial ; si l'on y regarde de plus près, les murs, qui semblaient divisés en étages, apparaissent comme une simple façade extérieure, avec de fausses portes et de fausses fenêtres. Les véritables bâtiments du temple qui se dressent par derrière, sur la colline, et dont les doubles toits apparaissent dans l'illustration au-dessus des murs, sont en réalité conçus selon le type conventionnel du t'ingei construits d'après le canon ordinaire de Tarchilecture chinoise.

Le pittoresque monument de pierre reproduit dans la figure 42, et qu'on appelle communément Wou T'a sseu, (( Temple aux cinq tours », est situé à trois kilomètres à l'ouest de Pékin. On prétend que c'est une réplique de l'ancien temple bouddhiste de Bod-gaya. Nous allons retracer rapidement son histoire. Dans la première partie du règne de Yong-lo, (i4o3-i424), un sramana hindou de haut rang, nommé Pandita, vint à Pékin et fut reçu en audience par l'empereur, auquel il offrit les images dorées des cinq Bouddhas et un modèle en pierre du trône de diamant, le vajrasana des Hindous, le Kin kang pao tso des Chinois, qui est le nom du temple commémoratif élevé à l'endroit où Gakyamouni atteignit à l'état de Bouddha^

L'empereur appela ce Pandita à de hautes fonctions, lui conféra un sceau d'or et lui installa une résidence au «Vrai Bodhi», temple construit à Fouest de Pékin sous la précédente dynastie mongole ; il promettait en même temps d'y élever une reproduction en pierre du modèle de temple que Pandita avait apporté avec lui, pour servir de sanctuaire aux images sacrées.

Cependant, ce nouveau temple ne fut terminé et consacré qu'au onzième mois de l'année cyclique kouei sseu (i473), du

ï. Ce temple a été récemment restauré sous les auspices de l'Angleterre.

règne de Tch'eng-houa, si l'on s'en rapporte à la stèle de marbre élevée près du temple et sur laquelle l'empereur traça lui-même une inscription proclamant que, par ses dimensions ainsi que par tous ses détails, ce temple était la reproduction exacte du célèbre trône de diamant de l'Asie centrale. Il est entouré d'une balustrade de pierre sculptée de motifs hindous, qui, dans l'illustration, se trouve cachée par le mur. Le corps du temple, qui a environ i5 mètres de hauteur, est carré et de construction massive, composé de cinq rangs de pierres sculptées, avec des Bouddhas assis dans des niches. A l'intérieur de la porte en forme d'ogive et voûtée, s'élèvent, à droite et à gauche, deux escaliers qui traversent la maçonnerie et conduisent à la plate-forme supérieure où l'on trouve, en un relief accusé, deux empreintes de pas du Bouddha et une infinie variété de symboles et de lettres sanscrites, étrangers à l'architecture chinoise. Les cinq pagodes de style hindou, dontl'une, celle du milieu, est plus grande que les autres, sont posées sur la plateforme ; on assure qu'à l'intérieur se trouvent enchâssés les cinq Bouddhas dorés apportés de l'Inde ; leurs figures sont répétées en pierre et abritées dans des niches, sur les quatre côtés des murs, à l'extérieur de chaque pagode \

Les temples taoïstes sont bâtis sur le même plan général que les temples du Bouddha. Les sectateurs de Lao tseu ont emprunté aux bonzes bouddhistes la décoration intérieure de leurs salles, ainsi que leur manière de représenter les divinités par des statues, leur culte etun grand nombre de leurs cérémonies. La trinité bouddhiste est remplacée par une imposante trinité de divinités suprêmes, Ghang Ti, qui président au paradis de jade des cieux taoïstes ; des statues de Lao tseu et des

I. On trouvera une description du temple originel, dans l'ouvrage du général Sir A. CuNNiNGHAM, Mahahodhi or the Great Buddhist Temple under the Bodhi Tree at Buddha-gaya, (Londres, 1892).

huit immortels, Pa Sien, sont placées dans les endroits principaux; les trois dieux-étoiles du bonheur, des dignités et de la longévité possèdent des sanctuaires séparés, ainsi qu'une multitude de moindres lumières de la foi. Les vases à sacrifices, les chandeliers et les brûle-parfums ainsi que les autres accessoires rituels portent les emblèmes spéciaux du Taoïsme.

Nous terminerons cette rapide esquisse de Tarchitecture chinoise en disant quelques mots des édifices mahométans. L'Islam compte en Chine quelque vingt-cinq millions d'adhérents; l'empereur tient sous sa foi autant de sujets musulmans que les raj anglais, presque autant que le sultan de Turquie et le shah de Perse réunis. Il y a environ 20.000 familles musulmanes à Pékin, et onze mosquées ; beaucoup de magasins et de restaurants sont ornés du Croissant ; les Mahométans ont presque le monopole de certains métiers : charretiers, muletiers, maquignons, bouchers et tenanciers de bains publics. Chaque grande ville a sa mosquée dont le nom chinois, LiPai Sseu, « Temple du culte rituel », a été généralement adopté par les missionnaires protestants pour leurs églises. La plus ancienne mosquée chinoise est celle du « Souvenir sacré », à Canton, qu'on dit avoir été fondée par Saad-ibn-abu-Waccas, oncle maternel de Mahomet, venu, suppose-t-on, pour prêcher l'Islamisme. Cette mosquée existait certainement au ix^ siècle, quand il y avait une colonie arabe à Canton; elle fut brûlée en i34i et rebâtie bientôt après, puis de nouveau restaurée en 1699.

Les mosquées chinoises ressemblent aux temples bouddhistes, en ce fait que rien dans leur extérieur n'indique l'origine étrangère de la religion qu'on y pratique.

Elles sont tout entières de style chinois; c'est tout juste si l'on aperçoit des versets du Coran inscrits en caractères arabes sur les murs intérieurs dont ils constituent la seule décoration. Le bâtiment principal est partagé en cinq nefs

par trois rangs de piliers de bois; le Mihrab, ou Wang-yeou-lo, se trouve Àvrextrémité de la nef centrale. L'impression générale, en entrant, est d'une sévère simplicité, contrastant fortement avec l'intérieur d'un temple bouddhiste ou taoïste, plein d'images dorées et de draperies brodées. Point d'autre mobilier qu'une large table de bois, sculptée selon le style chinois ordinaire et placée près de l'entrée ; on y voit, sur .un piédestal, l'inévitable tablette impériale avec l'inscription Wan souei waii wan souei. « Dix mille années, dix mille, dix mille années ! » qui est officiellement obligatoire pour chaque temple, quel que soit le culte, comme gage du loyalisme de ses fidèles. Un appareil à brûler l'encens, composé de trois pièces en bronze, l'habituel « Service de Trois », San Che^ qui comprend un vase à trois pieds, une boîte ronde à couvercle et un vase à tenir les accessoires, tous ornés de caractères arabes ciselés, figure d'ordinaire sur la même table.

La planche 44 reproduit un de ces brûle-parfums mahométans. C'est un bassin de bronze, peu profond, avec des anses à tète de monstre ; les trois pieds sont également ornés de masques fantastiques. Les flancs, entre deux rangées de boules qui rappellent des rivets, portent deux panneaux gravés d'inscriptions musulmanes en langue arabe corrompue, exécutées en relief sur fond poinçonné. Il est marqué à l'intérieur de deux dragons qui entourent le cachet Ta Ming Siuan-tô nien tche, « Fait sous le règne de Siuan-tô (i 426-1 435 ap. J.-G.) de la grande dynastie des Ming ». Par-dessous, on voit un autre cachet avec ces mots Nei fan kiao chô, « Pour le culte tutélaire de l'autel intérieur ».

Dans la même cour que la mosquée se trouvent des ailes de bâtiments qui servent de cloîtres aux mullahs et autres dignitaires résidents ; on y annexe généralement une école où les jeunes musulmans viennent apprendreles éléments de leur religion d'après des livres imprimés dans le Turkestan chi-

nois, où les indigènes sont tous mahométans. En règle générale, il n'y a pas de minarets dans les mosquées chinoises ; le muezzin appelle les fidèles depuisla porte d'entrée. On peut voir dans la figure 4^ une de ces portes à demi ruinée et d'une hauteur inaccoutumée. Elle appartient à une mosquée qui fut bâtie en dehors, tout près du mur du palais, dans la cité de Pékin, par l'empereur K'ien-long, pour une de ses concubinesfavorites, princesse de la vieille lignée royale de Kachgarie ; celle-ci pouvait de la sorte entendre l'appel pour la prière, d'un pavillon bâti pour elle juste en face, sur un monticule, à l'intérieur du mur du palais interdit. L'empereur lui-même rapporte ce fait sur une stèle de marbre élevée dans l'enceinte de la mosquée ; l'inscription, en trois langues, gravée en caractères mandchous, chinois et turcs, a été traduite dans le Journal Asiatique par M. Devéria.

Les annales et la tradition s'accordent pour faire remonter à la plus haute antiquité Fart de fondre et de ciseler le bronze chez les Chinois ; c'est ainsi que les spécimens qui sont parvenus jusqu'à nous nous révèlent un peu de leur histoire ancienne et de leurs premières croyances.

Au cours de la période à demi fabuleuse qui s'étend du XXX® au XX® siècle avant Jésus-Christ, les procédés techniques furent peu à peu perfectionnés, jusqu'au règne du grand Yu, fondateur de la dynastie des Hia, qui, dit-on, employa le métal levé, comme tribut sur les neuf provinces de son empire, à fondre neuf trépieds de bronze. Sur ces trépieds on aurait gravé des cartes de chaque province, ainsi que diverses figures indiquant quels en étaient les produits naturels ^

Une autre tradition veut que l'empereur y ait tracé les

I. L'étude comparée des anciens textes donnerait plutôt à croire qu'on grava sur ces trépieds les figures des objets produits spécialement par chaque province, et non les cartes géographiques de ces provinces.

La légende attribue, d'autre part, à la fabrication des trépieds une origine plus lointaine encore. Si l'on se reporte au Traité sur les sacrifices fong et chan, de Sseu-ma ïs'ien, on peut lire dans les discours que Kong-souen K'ing tenait à l'empereur Wou: a Houang-ti prit du cuivre du montCheou, et fondit untrépied au bas du mont King. Lorsque le trépied fut achevé, un dragon, à la barbe et aux poils pendants, descendit pour emmener Houang'ti . Houang-ti monta dessus ; ses ministres et ses femmes montèrent à sa suite au nombre de 70 personnes ; le dragon alors s'éleva; certains officiers subalternes qui n avaient pu monter sur lui se cramponnèrent à ses poils ; quelques-uns de ces poils se cassèrent et tombèrent », etc.

Ce texte ferait donc remonter le premier trépied à a, 600 ans avant Jésus-

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images des mauvais génies de la tempête, des bois et des solitudes, afin qu'on pût les reconnaître et les éviter. Les neuf trépieds furent longtemps conservés comme sauvegarde de l'empire, jusqu'à ce qu'ils disparussent dans les troubles qui marquèrent la chute de la dynastie des Tcheou. Le destructeur de cette dynastie, Ts'in Ghe Houang, s'efforça vainement de les retrouver ; le bas-relief de la figure i5, qui rappelle les recherches de Fempereur, nous fait en même temps connaître la forme traditionnelle d'un de ces trépieds. Ce modèle s'est conservé jusqu'à ce jour, et dix-huit grands vases semblables, représentant les dix-huit provinces de la Chine actuelle, ornent les côtés de la cour ouverte du principal palais de Pékin.

Le cuivre était hautement apprécié sous les trois dynasties primitives ; on le désigne souvent dans les vieux livres sous le nom de kin, « métal », comme s'il était le métal par excellence. Le nom spécifique de tch^e-kin, « métal rouge », est cependant employé quelquefois à cette époque. On se servait surtout de l'or, houang-kin^ ou « métal jaune », et de l'argent, />o-^î/z, ou « métal blanc », pour décorer en inscrustations la surface des objets.

Mais le cuivre n'était pas souvent employé seul ; on Falliait à l'étain [si) dans des proportions variables, pour former le bronze. Le bronze a été connu en Chine dès les temps préhistoriques sous le nom. de t'ong^ caractère composé qui semble, à l'origine, avoir signifié « métal mélangé^ ».

Christ, environ. Confucius va plus loin encore, lorsque, dans son commentaire du Yi King, il rapporte que l'empereur Fou-hi (3.45o ans av. J.-C, environ), « ordonîia les céréînonies pour les sacrifices aux esprits du ciel et de la terre, et pour cet usage fit un vase qu'il appela t'ing. » — N. d. t.

I. M. Pelliot s'est montré sceptique sur cette interprétation. « Lorsque dans un caractère chinois, disait-il [Bulletin de l'École fi^ancaise d'Extrême- Orient, V, 214), la partie jointe au radical répond exactement à son rôle de phonétique^ et c'est le cas ici, je ne crois pas qu'on puisse lui' faire jouer simultanément un rôle sémantique. » M. Bushell s'est contenté de modifier ainsi son texte, dans la deuxième édition : « Le bronze a été connu en

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FIG. 45. — VASE A SACRIFICES. YEN. DYNASTIE DES CHANG Servait à faire cuire à la vapeur du grain et des herbes.

Hauteur 39 cent. 1,4, largeur 2b cent. 1/S

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