FIG. 49. — BASSIN A SACRIFICES. PAN. DYNASTIE DES TCHEOU
Bronze incrusté dor et d'argent.
Hauteur 26 cent. 1/4, largeur 84 cent. 1/5
Fie. 01. VASE A VIN POUR LES SACRIFICES. TSOUEN
Monstre T'ao-t'ie et autres motifs de convention.
Hauteur 49 cent. 14, diamètre 32 cent. l/S
dirigée par P'an Tsou-yin, Président du ministère de la Guerre, qui étudiait les vestiges de l'antiquité directement d'après les objets eux-mêmes, tandis que l'ancienne école s'attardait à d'interminables critiques verbales d'après les textes sacrés ^ C'est à l'influence de l'école nouvelle que l'on doit le dictionnaire de Wou Ta-tch'eng, directeur de la cour des Sacrifices Cultuels; cet ouvrage fut publié en 1884 ; nous l'avons cité au chapitre 11, comme le complément le plus utile du Chouo wen^ le vieux dictionnaire d'écriture antique, sous le titre de Chouo wen kou tcheou pou, « Supplément à l'ancienne écriture tcheou du Chouo wen ». Les caractères sont présentés sous les 54o radicaux du vieux dictionnaire ; ils sont reproduits en fascicules avec toutes leurs variantes, et avec des références précises aux pièces de bronze sur lesquelles ils ont été recueillis. Ils forment un total de 3.5oo caractères y compris les variantes, et sans compter quelque 700 caractères peu usuels et d'un déchiffrement douteux que Ton a relégués dans un appendice, en attendant de nouvelles recherches. Cet ouvrage est indispensable à l'étude des anciennes inscriptions sur bronze.
Les archéologues chinois divisent leurs bronzes antiques en deux grandes classes. La première comprend les pièces qui datent des trois dynasties anciennes des Hia, des Chang et des Tcheou ; la seconde, celles des dynasties des Ts'in, des Han, et des dynasties postérieures. L'an 221 avant Jésus- Christ, où Ts'in Che Houang se proclama lui-même « le premier empereur », sert de ligne de démarcation entre les deux classes.
I. M. Pelliot [loc. cit.), fait observer avec quelque apparence de raison que si Wou Che-fen a pris ses grades sous le règne de ïao-kouang, il est difficile de faire de lui, au sens étroit du mot, un disciple de P'an Tsou-yin, qui n'est docteur que de i852. « lise peut cependant, ajoute M. Pelliot, que le plus âgé ait subi l'influence du plus jeune. » P'an Tsou-yin a laisse un ouvrage du même genre que celui de Wou Che-fen, c'est le Fan kou leou yi kH k'ouan che. L'étude comparée des deux ouvrages permettrait peut-être de savoir qui a reçu l'influence de l'autre. — N. d. t.
Une longue série d'extraits des neuf livres sacrés, publiés par Yuan Yuan dans l'introduction à son ouvrage déjà cité, prouvent la haute valeur attribuée au bronze dans les temps anciens. L'un des volumes perdus du Chou king s'appelait Fen ki^ Ja « Distribution des Vases »; il y est fait allusion dans la préface, attribuée à Gonfucius, dans les termes suivants :
« Quand le roi Wou eut conquis Yin, il désigna les princes des différents États ^ et leur distribua les vases du Temple des Ancêtres. En souvenir de cet événement, fut composé ici le Fen ki. »
C'est à la dynastie des Tcheou (i 122-249 ^^^- J -G.), dont le fondateur fut ce même roi Wou, que les archéologues chinois de l'école moderne attribuent un grand nombre des bronzes antiques ornés d'inscriptions. Un plus petit nombre appartiendraient à la dynastie des Ghang; ils portent de courtes inscriptions d'écriture pictographique ancienne, où le nom du défunt à qui la pièce était dédiée est ordinairement l'un des caractères cycliques. La dynastie précédente des Hia n'est pas représentée; on ne peut y rapporter aucune des pièces qui figurent dans les collections modernes.
L'auteur du Chouo v^en fait allusion dans la préface de son dictionnaire, écrite en l'an 99 après Jésus-Ghrist, à des chaudrons de bronze (ting) et à des vases à sacrifices [yi) que l'on découvrait fréquemment à cette époque dans les collines et dans les vallées des diverses provinces et qui contenaient des inscriptions montrant le développement de l'écriture au cours des premières dynasties. Les annales de la dynastie des Han et des dynasties suivantes mentionnent maintes découvertes de ce genre, avec parfois quelques tentatives bien imparfaites des lettrés de l'époque pour déchiffrer les inscriptions.
Ghaque découverte était regardée comme un présage de bonheur et consignée par les historiographes dans le livre
affecté aux prodiges sacrés. Dans le cinquième mois de Tan 116 avant Jésus-Christ, un trépied fut mis à jour sur la rive méridionale du fleuve Fen, dans la province de Ghan-si, et le nom du règne de l'empereur Wou-ti fut changé en celui de Yuan-ting (116-111 av. J.-C), en Thonneur de cet événement. Sous la dynastie des T'ang, un vase de bronze ayant été exhumé dans la dixième année de la période Uai-yuaii (722)- le nom de la cité de Yong-ho, sur la rive gauche du fleuve Jaune, où on l'avait découvert, fut changé en celui de Pao-ting Hien, « Cité du Précieux Trépied », pour commémorer cette bonne fortune.
Après l'avènement de la dynastie des Song en 960, les vieux bronzes cessèrent d'être considérés comme sacrés ; on ouvrit les tombes des familles nobles pour enrichir les collections privées et les musées impériaux ; les études épigraphiques furent poussées avec une activité dont témoignent les nombreux catalogues illustrés de cette époque que nous avons déjà cités.
Les cloches [tchong] et les chaudrons [ting) viennent en tête de la liste des anciens bronzes chinois ; leur usage est indiqué dans le vieux dicton Tchong ming^ ting che^ « La cloche sonne, le dîner est dans le chaudron », qui remonte aux temps patriarcaux ^
Le chaudron, sous sa forme type, se compose d'un corps rond et renflé, posé sur trois pieds courbés et portant deux anses droites, ou « oreilles » ; il figure dans les bas-reliefs de la dynastie des Han, placé le plus souvent en évidence sur la natte autour de laquelle les convives sont rassemblés. Le mot ting est parfois traduit par « trépied », mais cette traduction est difficilement applicable à un second modèle
I. Il est fait mention de cloches dès les époques les plus reculées. C'est ainsi qu'un des ministres de Houang-ti passe pour avoir fait fondre douze cloches correspondant aux douze lunes, pour indiquer les saisons, les mois, les jours et les heures. — N. d. t.
assez fréquent, qui présente un corps oblong et rectangulaire supporté par quatre pieds (fig. 58). Traduire par « brûle-parfums » serait un anachronisme, puisque les Chinois n'ont jamais brûlé d'encens avant l'introduction du Bouddhisme; et d'ailleurs les premiers brûle-parfums bouddhiques reproduisirent la forme des sommets des monts sacrés Soumerou, avant que le ting chinois fût adopté par les Bouddhistes pour brûler l'encens. A l'époque actuelle, le ^ï/z^estle brûle-parfums orthodoxe pour les autels de toutes les religions en Chine ; il reçoit les cendres des bâtons de prières en bois odorant que l'on brûle devant chaque autel sacré, dans les maisons privées aussi bien que dans les temples.
Aux temps anciens, la cloche [tchong) était habituellement suspendue à l'entrée de la salle de festin ; on la sonnait pour assembler les convives, soit seule, soit avec accompagnement d'autres instruments de musique. Dans le Temple des Ancêtres, elle appelait les esprits auprès des mets funèbres qu'on leur offrait. Elle n'avait pas de battant ; on la frappait au dehors, vers le bord inférieur, à l'aide d'un maillet de bois. On aura une idée de sa forme ordinaire et des ornements qui la décoraient d'après la figure 4^, qui représente une grande cloche de bronze de la dynastie des Tcheou, appartenant à la collection de Yuan Yuan comme l'indiquent les deux cachets apposés dans un coin du dessin, à gauche et en bas ; notre photographie est prise sur un dessin qui reproduisait, à la mode chinoise, les proportions exactes de l'original ; puis on avait obtenu les inscriptions et les détails ornementaux en prenant les empreintes mêmes à l'aide d'un papier fin. La cloche mesure 68 centimètres de haut, 56 centimètres de diamètre au bord inférieur, et pèse quatrevingt-huit livres. La face antérieure et la face postérieure portent chacune dix-huit saillies en gros relief, rangées trois par trois et séparées par des bandes de festons en creux; .
le reste de la surface est décoré de festons analogues, stylisés en forme de dragons environnés de nuages. L'inscription, dont une partie est en vers, occupe deux panneaux et doit se lire ainsi :
« Moi^ Kouo-Chou Lu, je dis : Très émiiient était mon illustre père Houei Chou. Avec une profonde vénération^ ilconserva une vertu incomparablement brillante. Il excella aussi bien dans le gouvernement de son propre domaine que dans le traitement libéral qu il accordait aux étrangers des pays lointains. Quand moi^ Lu^ jai osé assumer la direction du peuple et prendre comme modèle la noble conduite de mon illustre père, un mémoire sur cet événement fut présenté à la Cour du Fils du Ciel, et le Fils du Ciel m'honora gracieusement de cadeaux abondants. Moi, Lu, je reconnais humblement les présents du Fils du Ciel ^ et je décide d'en faire usage pour fabriquer cette mélodieuse cloche à sacrifices en F honneur de mon illustre père Houei Chou. 0 illustre père, qui sièges dans la majesté d'en haut, abrite de tes ailes protectrices ceux qui sont restés icibas. 0 toi qui connais la paix et la gloire, dispense à Lu un bonheur copieux. Moi, Lu, et mes enfants et petits -enfants pendant dix mille ans à venir, estimerons éternellement cette cloche et nous servirons d'elle dans nos cérémonies
I. Pour une discussion approfondie de l'inscription et pour l'évaluation de sa date, on consultera le catalogue du Tsi kou tchai plus haut mentionné. L'auteur de l'inscription, dont le nom n'a laissé de traces dans aucune des annales qui nous sont parvenues, peut avoir été un prince féodal du petit Etat de Kouo, situé sur la rive droite du fleuve Jaune, dans la province moderne du Ho-nan. Le « Fils du Ciel » serait le prince régnant contemporain de la dynastie des Tcheou, dont les présents en de telles circonstances comprenaient généralement du bronze pour fondre des ustensiles à sacrifice. Il y avait à l'origine deux États de Kouo, constitués en fiefs héréditaires à deux fils du roi Wen, le fondateur réel de la dynastie des Tcheou ; l'État de l'Ouest fut absorbé par l'Etat de Tseng en l'an 770 avant Jésus-Christ, quand la capitale des Tcheou fut transportée vers l'Est; celui de l'Est dura presque un siècle encore, jusqu'à ce qu'il fût envahi et conquis parle puissant État de Tsin) au cours de l'hiver de lan 677 avant Jésus-Christ ; le dernier duc de Kouo se réfugia dans la capitale des Tcheou, laissant
La figure 47 reproduit le type ordinaire du ting^ d'après un bois chinois du Kin che so. Il s'agit du célèbre exemplaire conservé au temple bouddhique de File d'Argent [Tsiao chan), sur le Yang-tseu, près de Tsin-kiang. On a écrit plusieurs volumes sur ce trépied; Wylie en cite trois dans ses Notes on Chinese Llternture. Ainsi que l'établit le texte imprimé en haut de la figure, on l'appelle le « Ting de Wou-tch'ouan de la dynastie des Tcheou », et c'est le Temple de Tsiao chan qui le possède. Il mesure environ 4o centimètres de hauteur, sur 45 centimètres de diamètre moyen. La partie supérieure est décorée d'une bande de festons contenant des dragons stylisés, la partie inférieure, d'un triple rang d'écaillés imbriquées. Nous donnons en facsimilé (fig. 48) l'inscription gravée qui s'étend à l'intérieur depuis le rebord jusqu'à la base, avec une transcription en écriture moderne , et une courte notice historique ainsi conçue :
« V inscription du trépied de Tsiao chan comprend 94 caractères. Le çramana bouddhiste Rang Tsai, dans son histoire de Tsiao chan^ dit que ce trépied se trouvait à V origine dans la collection de son concitoyen Wei; le ministre d'État Yen Song de Fen Yi exerça un pouvoir tyrannique^ persécuta son possesseur qui refusait de s'en défaire. Après la chute et la mort de Yen Song [1565), Wei^ craignant que ses descendants ne fussent pas capables de protéger le trépied^ V offrit au Temple. y>
L'auteur du Kin che so nous dit qu'au cours de l'hiver de l'année kouei-yeou (181 3), il visita l'Ile d'Argent, alla voir cette pièce et fut frappé de son archaïque beauté. Il obtint l'inscription qui figure dans son livre par un estampage qu'il prit lui-même sur le trépied. Cette inscription, dont on
annexer son territoire à la principauté de Tsin. La cloche doit donc être antérieure à l'an 677 ; de combien, il est difficile de le dire, ainsi que de l'attribuer à l'un ou à l'autre des deux États de Kouo.
peut voir un fac-similé réduit dans la figure 4^? s'exprime ainsi :
(( Dans le neuvième mois, le jour qui a suivi la pleine lune^ kia siu du cycle de soixante jours ^ le roi se rendit au Temple des Ancêtres de la [dynastie^ des Tcheou et offrit les holocaustes dans la salle de la Peinture, Nan Tchong, ministre de V Instruction, s^avança sur le seuil avec moi^ Wou Tchouan, qui Uaccompagnais à sa droite^ et s'arrêta au milieu de la salle d'audience. V empereur ordonna à l'historiographe You de consigner les paroles quil allait adresser à Wou Tchouan, et dit : — « Surintendant des Travaux publics nommé pour chasser les rebelles de l'Ouest, Nous f offrons des robes officielles avec ceinture et agrafe^ une hallebarde et une lance incrustée^ une plaque avec des rubans de soie ornés de glands, un faisceau de flèches rouges, une bride et un mors montés sur bronze, et des bannières à clochettes. » Moi^ Wou TchouanJ'ai osé exprimer ma profonde reconnaissance pour les grandes faveurs et les gracieux présents du Fils du Ciel, et fai fait des vases a vin et ce chaudron pour les offrandes des mets du sacrifice en Vhonneur de mon défunt père rempli de mérites. Puissé-je être récompensé par de longs jours, et puissent mes enfants et petits-enfants pendant dix mille ans avoir éternellement soin de ce trépied et se servir de lui^.-»
I. Pour ce qui est de la date de cette inscription, les critiques, en raison du type de l'écriture, la fixent généralement au règne de Siuan Wang (827- 782 av. J.-C). On ne trouve pas trace dans les annales du nom de Wou Tchouan, le personnage officiel auteur de l'inscription, mais l'une des odes de l'époque conservée dans le Che king célèbre les exploits de Nan Tchoung, chef d'une expédition contre les pillards Hien-yun de la frontière nord-ouest; on peut vraisemblablement supposer qu'il s'agit là du même Nan Tchoung cité dans l'inscription comme étant le ministre en service auprès du roi.
Li Chen-lan, le défunt professeur de mathématique du collège impérial de Pékin, à qui l'inscription a été soumise, a calculé que la 16® année (812 av. J.-C.) du règne en question pourrait être l'une de celles où Je jour qui suivit la pleine lune dans le neuvième mois coïncida avec la date cyclique kia-siu. — A'^. d. Va.
M. HiRTH a publié une excellente reproduction du trépied de Wou Tchouan dans le T'oung pao {1^" série, vol. VII, 1896, p. 488). — N. d. t.
La coupe à sacrifice [p'an] de la dynastie des Tcheou, que nous reproduisons dans la figure 49, se trouve maintenant à Londres et l'intérêt historique des cinq cents et quelques caractères (v. fîg. 5o) qui composent son inscription, en fait la pièce la plus importante de la série chinoise où elle a pris place en 1870.
Elle provient de la collection des princes de Yi, de Pékin, qui descendent en ligne directe d'un fils de l'empereur K'anghi ; elle était alors enfermée dans une boîte de bois doublée d'une soie jaune sur laquelle étaient peints des dragons à cinq griffes; un morceau de la même soie recouvre encore le sommet du support de bois sur lequel elle est montée. C'est une coupe large, peu profonde, de 85 centimètres environ de diamètre, aux flancs renflés, avec deux anses en forme de boucle et un pied rond; les anses se terminent par deux têtes de monstres dont les mâchoires viennent mordre le bord de la coupe ; les flancs s'ornent d'une large bande portant en relief refîîgie du t'ao fie sur un fond de grecques [lei wen) figurant des nuages enroulés ; au-dessus, se trouve une rangée de saillies rondes, alternativement ponctuées d'or et d'argent ; quelques détails de la décoration en relief sont également incrustés des mêmes métaux.
L'inscription, qui est à l'intérieur, semble avoir été autrefois recouverte d'or battu ; les rayures faites avec un couteau, à travers la patine, pour retrouver les caractères, ont en effet mis à jour des traces d'un jaune brillant qui dénoncent la présence d'une épaisse couche d'or. L'inscription ne figure dans aucun des recueils chinois ; la traduction que nous allons en proposer ne doit, en conséquence, être acceptée que sous réserves. Son type la rapproche beaucoup des inscriptions sur tambours de pierre, dont nous avons donné un spécimen dans la figure 7 du chapitre 11, bien qu'elle leur soit antérieure de deux siècles ou même plus. Les caractères sont gravés avec fermeté, dans le style de l'écriture