‹ L'art chinoisChapitre 20 sur 91 · PÈ · texte numérisé non relu

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officielle de la fin de cette période. On peut la comparer, en tant que document, avec celles du Chou King, le « Livre d'Histoire » canonique. En voici le texte :

« Dans le premier mois du roi^ le jour sin yeou {58^ du cycle de soixante jours), le prince marquis de Tsin annonça quil avait soumis les Jong, et fut reçu en audience par le roi. Le roi^ V ayant récompensé trois fois pour ses services à la frontière du domaine royal et dans le Temple des Ancêtres du palais royal, Vadmit en audience dans la salle sacrée du palais et de nouveau prit part avec le prince de Tsin au sacrifice dans le Temple des Ancêtres de la dynastie des Tcheou.

« Le roi investit spécialement le prince de Tsin des neuf insignes de haut rang. Dans son allocution de circonstance., le roi s'exprima ainsi : — « Oncle, vous avez fait de grandes choses ! Dans les temps anciens, parmi nos ancêtres royaux, régnèrent Wen, Wou, TcKeng et Kang, qui tous cultivèrent la vertu avec une ardeur et une prudence remarquables. Leur renommée fut illustre sur les frontières de V Ouest, et ils affermirent leur autorité sur la Chine centrale (Hia) , ainsi que sur les lointains déserts conquis et stériles. La justice de leur code des châtiments frappa tout le monde de respect et de terreur, en sorte que dans les régions proches comme dans les régions éloignées, au foyer comme au dehors, une seule vertu prévalut. En ces temps-là vivaient aussi vos distingués ancêtres, qui loyalement appliquèrent leur cœur au service de notre maison royale : leur grande gloire et leurs hauts faits sont constamment rappelés dans les archives officielles, et publiés dans les réunions des chefs de clans, et leurs louanges résonneront jusqu'aux générations lointaines . A notre propre époque, plus tard, quand l'harmonie avec le ciel demande un plus grand respect, les cibles, pour ainsi dire, n'ont pas été frappées par les flèches, les cocons de soie n ont pas été déroulés , il y a eu véritablement un manque de

vertu^ d'où est résulté un désaccord entre les puissances du ciel et de la terre. Les quatre cjuarts des étrangers cessant d'être loyaux [fidèles) ont aussi failli^ et les Jong ont fait une grande insurrection, chassé nos parents bien-aimés, dispersé nos officiers et nos gens ^ détruit et dévasté les faubourgs de notre capitale et nos villes fortifiées, y>

« Le roi dit : — « Oh I oh ! Précédemment^ sous les règnes de Li, Siuan et Yu jusqu'à P'ing et Houan, ayant à traverser des flots débordés, pour ainsi dire, sans révérence et sans respect, on fut aussi en danger de tomber dans le profond abîme, et notre maison royale fut dans le tourment. Alors parut à son tour votre ancêtre Wen Kong, qui fut capable de maintenir la réputation établie par ses distingués prédécesseurs et réussit à mettre un terme à nos calamités. Nous, de même, ne pûmes faire moins que de remplir nos engagements solennels, et nos décrets sont rappelés dans les annales de VÉtat. Les chariots de guerre et les attelages d'étalons lui furent abandonnés uniquement comme récompense de sa bravoure, les arcs rouges et les arcs noirs lui furent donnés pour ses prouesses sur le champ de bataille; on lui offrit les tablettes et les lettres de créance en jade ^, comme à un parent du roi, en même temps que les chambellans, au nombre de trente, les trois cents gardes du corps et les territoires de six cités de Wen, Yuan, Yin, Fan, Ying et Wanétaient ajoutés comme perpétuel apa^ nage à VEtat de Tsin. Ainsi encore votre ancêtre Wen Kong fut-il récompensé libéralement par des fiefs de V intérieur, et par la fortifié pour assumer notre gracieuse défense, il devint renommé parmi ses pairs. »

« Le roi dit : — « Oh ! oh! Ce n'est pas moi, l'homme solitaire, qui ai poursuivi ma satisfaction personnelle, ce sont les Jong qui, jamais satisfaits, abusèrent les cœurs simples du peuple, et par le feu, dans de rudes assauts, attaquèrent

I. Les anciens ouvrages rituels mentionnent en effet des certificats de mission, passe-ports et lettres de créance en cette matière. — N. d. t.

traîtreusement nos officiers^ jusquà vous apporter ce tourment^ mon Oncle. »

« Le roi dit : — « Oh ! oh ! Oncle ! Grands sont vos illustres services qui continuent et perpétuent ceux de vos prédécesseurs y et obligent à ne rien changer aux durables fonctions royales. Moi, r homme solitaire, Je vous suis redevable de ma tranquillité, et je vous offre mes félicitations. Vous avez déjà été inve&ti des neuf symboles de votre rang et je vous nomme maintenant Prince surveillant (Po) des Régions extérieures, avec privilège de faire la guerre, de châtier les rebelles, de punir les réfractaires, de commander des troupes, cT avoir libre accès à la Cour, et d'user des ressources de UEtat. Aussitôt que la nouvelle de votre nomination aura été apportée à tous les princes, si Vun d'eux osait y faire obstacle, moi, V homme solitaire, je le punirais d'une manière éclatante. » Le prince de Tsin frappa deux fois le sol avec sa tête en signe de soumission et de reconnaissance pour les gracieuses fonctions que lui donnait le Fils du Ciel.

« Le roi dit: — « Oncle! Restez un instant. Votre nomination sera publiée sur-le-champ. Réfléchissez avant de V accepter sur les moyens d'égaler vos éminents ancêtres, et ensuite dévouez-vous à votre tâche. » Le prince de Tsin frappa deux fois le sol avec sa tête.

« Dans le second mois de Vannée, le jour keng-wou {T du cycle), le prince de Tsin étant retourné chez lui après avoir soumis les long, offrit un sacrifice solennel devant Vautel de son ancêtre le distingué prince Tang Chou. Le jour suivant ping-chen (8^ du cycle), il annonça ses succès devant l'autel de son grand-père, et proclama ses mérites devant l'autel de son père. Le jour ting-yeou (54^ du cycle), on fondit la coupe à sacrifice qu'il avait ordonné de faire, et on y inscrivit les gracieuses fonctions données par le roi. Le prince de Tsin frappa deux fois le sol avec sa tête en signe de reconnaissance respectueuse pour les fonctions qu'il tenait du roi. Puisse

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cette coupe se transmettre pendant dix mille ans et puissent mes fils et mes petits-fds la conservei' précieusement et s'en sei'çir éternellement ! »

Cette longue inscription nous donne une esquisse très vivante des relations d'un souverain avec un de ses principaux feudataires au vu® siècle avant Jésus-Christ ; on peut la compléter à l'aide des annales de Tépoque qui nous sont parvenues. La principauté de Tsin, qui correspond à peu près à la province actuelle du Chan-si, fut d'abord confiée par le roi Wou, le fondateur de la dynastie des Tcheou, à son fils T'ang Chou Yu, dont on mentionne l'autel au cours de l'inscription. Le plus connu de ses descendants fut Wen Kong, qui gouverna la principauté de 780 à 744 avant Jésus- Christ, et vint en 770 au secours de la maison royale que les hordes barbares des Jong repoussaient alors vers Test. Il reçut en récompense six cités, représentant la partie du domaine royal située sur la rive septentrionale du fleuve Jaune, et divers autres privilèges détaillés dans le texte. L'allocution que lui adressa le roi à cette occasion forme l'avant-dernier livre du Chou king, le recueil canonique d'annales dont l'auteur est Confucius.

Le texte ne fait pas mention du nom exact de ce prince de Tsin, toujours désigné sous le nom d'Oncle (il était, en effet, comme nous Tavons vu, de sang royal en ligne directe.) L'année n'est pas indiquée non plus ; mais on peut l'établir suffisamment par la nomination du prince au grade de wai fang po^ ou chef président des princes feudataires, pour la défense de la frontière. Ce détail s'applique à Tch'ong Eul (696-628 av. J.-C), qui devint prince de Tsin en 635 après un long exil et beaucoup d'aventures, et reçut le grade en question du roi Siang en 632. Il mourut quatre ans plus tard, et fut canonisé sous le nom de duc Wen « l'Accompli ». Les neuf dons d'investiture qu'on lui concéda en même

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temps comme marques de son rang furent sans doute les suivants :

I. Chariot et attelage de chevaux. i. Robes de cérémonie. 3. Instruments de musique. 4- Portiques vermillonnés. 5. Droit d'approcher le souverain par l'allée centrale. 6. Gardes du corps armés. 7. Arcs et flèches. 8. Haches de guerre incrustées d'or. 9. Vins de sacrifice ^

I. M. Pelliot s'est trouvé d'accord avec M. Chavannes pour émettre des doutes très sérieux sur lauthenticité de l'inscription qui vient d'être traduite et analysée,

« Le bronze, disait M. Pelliot (loc. cit.), a été acquis en 1870 à Pékin et provient de la collection des princes de Yi, jadis assez connue et aujourd'hui entièrement dispersée. Or, on sait avec quel soin les inscriptions des vases anciens oiit été recueillies, déchiffrées, commentées par les archéologues chinois. Celle-ci est d'une longueur tout à fait inusitée et n'en eût dû susciter qu'une curiosité plus ardente. D'autre part, une pièce figurant dans les collections des princes de Yi n'a pu être ignorée des antiquaires de Pékin. Aucun d'eux cependant ne semble avoir fait place dans un recueil archéologique au bronze étudié par M. Bushell. Il paraît bien en résulter qu'ils ont tenu soit la pièce entière, soit au moins l'inscription, pour apocryphe, et les sinologues européens, dont aucun ne peut lutter sur ce domaine avec les savants chinois, ne devront pas se prononcer en faveur de V authenticité avant qu il ait été procédé à un sérieux examen. »

M. Pelliot reconnaissait d'ailleurs que ses raisons « n'étaient pas décisives )),bien qu'elles eussent quelque poids. Le raèvae Bulletin où avait paru la critique de M. Pelliot concluait cependant, quelques pages plus loin, après avoir rendu compte des doutes exprimés par M. Chavannes dans le T'oung pao de mars igoS, par l'affirmation suivante : « Il n'y a plus à douter, après cette discussion approfondie, que ce ne soit bien un faux. » M, Chavannes avait en eiFet établi que l'identification suggérée par M. Bushell reposait sur une confusion entre un « duc » Wen et un <( marquis » Wen.

Dans la seconde édition de son ouvrage, M. Bushell répond en ces termes aux observations qu'on lui a opposées :

« Deux des critiques de la première édition de notre manuel ont suspecté l'authenticité de ce document, dont il n'est pas fait mention, disent-ils, chez les archéologues chinois avec l'érudition desquels, je le reconnais, aucun sinologue européen ne saurait lutter. Je peux annoncer, pour les rassurer, que la coupe en question a été soumise, à Pékin, à P'an Tsou-yin (V. p. 88-89) et que le savant auteur du Fan kou leou yi k'i k'ouan che na fait aucune réserve à son sujet. Le lendemain, il a envoyé un spécialiste pour prendre des estampages de l'inscription, qu'il destinait à sa propre collection et à celles de quelques-uns de ses amis. »

Au moment de mettre cet ouvrage sous presse, j'apprends que M. E.-H. Parker doit publier dans le prochain fascicule du T'oung pao (n^ 4, 1909» p. 44^ et suiv.), une étude sur The Ancient Chinese Bowl in the South Kensington Muséum; il y prendra, m'assure-t-on, la défense de la pièce attaquée par les sinologues français. — N. d. t.

Il existe une célèbre coupe de bronze, analogue à la précédente comme poids et comme dimensions, dans la collection de la famille Hiu à Yang-tcheou; elle est connue sous le nom de San Che P'an, ou « Coupe à sacrifice du Clan San ». Elle contient à l'intérieur une inscription de 34^ caractères sur dix-neuf colonnes ; il s'agit d'un document établissant sous la foi du serment les limites de certains territoires ajoutés au fief, avec le nombre des agriculteurs vassaux qui y résidaient. Une autre inscription de Fépoque donne des détails sur des prêts de céréales avec promesse de remboursement à date flxe^

Les pièces de bronze en usage dans l'ancien culte rituel des ancêtres étaient très variées comme forme et comme décoration. On peut néanmoins les diviser en deux grandes classes d'après la nature de leur contenu.

La première classe comprendrait les tsouen ou vases à vin, contenant le tch'ang odorant « qui fait descendre les esprits », liqueur alcoolique obtenue par la fermentation du millet et de diverses herbes odoriférantes.

La seconde classe grouperait sous l'ancien nom de yi, ou vases à mets pour le sacrifice, les récipients ronds ou oblongs avec couvercles, les coupes façonnées, les soucoupes, et tous les autres modèles destinés aux offrandes rituelles de viandes et de légumes cuits, de gâteaux et de fruits, préparés pour les ombres des défunts.

Les formes principales remontent à une très haute antiquité ; elles se sont graduellement fixées en types immuables sous rinfluence de cet esprit de convention et de routine qui prévalurent dans l'art chinois. L'introduction du Bouddhisme

I. On s'est servi, semble-t-il, des pièces de bronze pour conserver dans les temples d'ancêtres des conventions de ce genre, passées sous serment; on les considérait comme moins susceptibles d'être détruites par le feu que les tablettes de bambou, réunies en paquets et conservées dans des dépôts, sur lesquelles on écrivait habituellement alors.

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SOUS la dynastie des Han, premier apport d'une civilisation étrangère, donna quelque impulsion à un art que la répétition continuelle des mêmes modèles menaçait d'atrophier.

Quelques vases primitifs, il est vrai, sont assez gracieux de forme et assez purs de contours; mais en majorité ils restent lourds, barbares, et de proportions mal équilibrées ; les modèles les plus heureux n'échappent pas eux-mêmes à une vague gaucherie, à une certaine raideur hiératique. La préoccupation de l'artiste, ou plutôt de Tartisan, a été évidemment de respecter les règles rituelles qui le liaient, de mesurer exactement le renflement de la panse, le profil du col, la largeur de l'orifice et celle du pied, de façon à reproduire fidèlement chaque détail de la forme et de la décoration. Les vases étroits en forme de cornet et quelques coupes à vin plates révèlent cependant un sens plastique très élevé, et sont bien près d'atteindre la perfection ; mais le sentiment fait défaut, et l'on doit constater l'absence de cette libre inspiration et de cet amour des lignes pures qui guidaient la main des bronziers de l'ancienne Grèce.

Les motifs de décoration des bronzes chinois primitifs étaient de deux sortes : géométriques ou naturels.

Les motifs géométriques, simples ou compliqués, symétriques ou non, consistent en festons dont le plus fréquent, de forme rectangulaire, se retrouve sur les poteries grecques et étrusques; on l'appelle en Chine lei wen, « feston en forme de tonnerre » ; il se présente souvent comme un fond de nuages enveloppant des dragons et d'autres génies des airs; des motifs analogues se rencontrent dans Tart primitif de tous les pays ; on ne saurait conclure de leur présence qu'il ait existé des communications entre la Grèce et la Chine dans l'antiquité ^

I. S'il est vrai que le méandre usité dans l'antiquité grecque ait tiré son nom du fleuve Méandre, dont le cours était particulièrement sinueux (Cf.

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Les motifs naturels de la seconde catégorie sont plus intéressants au point de vue artistique, car ils nous donnent une idée de l'interprétation de la nature par les premiers Chinois. La figure humaine ne se retrouve pas sur les bronzes primitifs ; le règne végétal y est très rarement représenté ; on découvre seulement quelques contours peu accusés de collines et de nuages, et parfois des esquisses d'animaux tels que le tigre et le daim. En fait, l'artiste laisse de côté le monde animal réel, pour une zoologie mythologique de son invention, peuplée de dragons, de licornes, de phénix et de tortues blanches. Le génie chinois est sans rival dans l'imagination des « monstres », de ces êtres fantastiques et gigantesques plus puissants que l'homme, pareils aux plus terrifiantes visions de cauchemar.

Le plus redoutable de ces êtres semble avoir été le fao fie^ ou « glouton », toujours cité comme le monstre type des vieux bronzes. On le trouvera sous sa forme la plus stylisée sur le vase massif de la figure 5i ; la panse porte en plein relief ses deux énormes yeux et ses puissantes mandibules armées de crocs recourbés. Le tigre peut avoir inspiré cette conception, en sa qualité de roi des animaux féroces et d'adversaire du dragon dans l'éternel conflit cosmique qui met aux prises les puissances de la terre et celles du ciel. Les anses du vase sont formées de dragons issus d'un fond de nuages ouvragés. ^

MiLLiîs', Documents antiques inédits, t. I, p. i32, d'après Strabon),^ signification même du mot chinois lei wen lui donnerait évidemment une autre source originelle dans ce pays. Les Grecs se seraient inspirés d'un fleuve et les Chinois, du dessin de la foudre. Cf. Hirth, China and Roman Orient.

I. Il peut être intéressant de rappeler ici ce ï'ao-t'ie, fils de Tsin-Yun^ que la tradition met sur le même pied, dans la famille des empereurs légendaires, que Houeng-touenle Chaos, K'iong-k'ile Vaurien-trompeur, etT'ao-wou le Soliveau. « // avait, dit Sseu-ma Ts'ien {loc. cit., l, 78), la passion de la boisson et de la bonne chère ; il était avide de richesse ; le monde l'appelait glouton et l'avait en horreur. »

Ce personnage n'aurait-il pas inspiré le masque horrible qui décore les

FIG. ab. — BRULE-PARFUMS. HIAXG LOU

En forme de Ting- à quatre pieds avec couvercle à jour.

Haut. 29 cent. 14, long. 2o cent. 2/5, larg. 19 cent.

FIG. JC), — lîRULE-PARFUMS. HIANCi LOU. DRAGONS EN RELIEF

Marque du règne de Hiuan-tô (i4'.i(i-35).

Haut. S cent, i/2, larg. 19 cent.

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