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PERLES DE CORINDON, AVEC PLAQUES ET PENDENTIFS DE JADEITE

Long. 31 cenl. 1, Lj.

de nacre sont spéciaux à la province du Kiang-si ; on les fabrique à Lou-ling hien, dans la préfecture de Ki-ngan fou. Les articles spécialement confectionnés pour le palais impérial sous la dynastie des Song, et en général tous les produits anciens^ sont très fortement laqués. Quelques-uns des mieux réussis sont soutenus par une armature de réseaux de cuivre. Pendant toute la période de la dynastie des Yuan^ les familles riches avaient coutume de demander leurs laques à Lou-ling hien ; c* étaient des œuvres d'art en tout point remarquables,

« Les laques modernes de même provenance sont au contraire revêtus d'un vernis fait de chaux et de sang de porc mêlé à de Vhuile végétale ; ils n^ offrent ni résistance, ni solidité. Quelques fabricants emploient même une sorte d'amidon tiré des rhizomes de lotus^ qui forme un vernis plus faible encore et plus vite usé. Le seul bon travail de ce genre se fait à l'heure actuelle dans les maisons particulières.

« Dans les divers départements de Ki-ngan fou, les vieilles maisons possèdent souvent des lits, des chaises, des paravents, incrustés de figures de nacre d'une exécution et d'un fini merveilleux^ qui excitent Vadmiration générale. Parmi les objets fabriqués dans les maisons importantes^ on trouve des boites à couvercles, rondes, destinées à contenir des fruits, des plaques suspendues ornées d'inscriptions, des chaises à la mode tartare, qui ne sont guère inférieures aux ouvrages antiques, et ceci, sans doute, parce qu'elles sont les vroduits de l'industrie domestique. »

Cette citation suffit à prouver que tous les modes de laquage usités à l'heure actuelle en Chine remontent au moins à la dynastie des Song, et qu'à cette époque le principal centre de fabrication était Kia-hing fou *.

I. C'est une ville importante située à mi-chemin environ de Hang-tcheou, l'ancienne capitale delà dynastie des Song du Sud (1127-1278), le Kingsai de Marco Polo, et de Sou-tcheou, qui plus tard devint également célèbre pour ses laques.

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Mentionnons également un autre livre, le Ts' ing pi ts ang^ « Collection des Raretés Artistiques », qui donne quelques indications sur les destinées de cet art aux temps des Ming. C'est un petit ouvrage en deux fascicules sur les antiquités : peintures, soies brochées, bronzes, porcelaines, laques, cachets, bijoux, etc. L'auteur, Tchang Ying-wen, en écrivit la dernière page le jour même de sa mort; son fils Tchang K'ien-tô le publia avec une préface datée de i SgS. On y trouve, dans la seconde partie, une curieuse notice relative à une exposition appelée Ts'ing wan houei^ « Exposition de Trésors d'Art », qui eut lieu dans la province du Kiang-sou au printemps de l'année 1670^ et dont les éléments avaient été empruntés aux collections des quatre principales familles de la province. Après quelques remarques sur les laques des Yuan et des Song, qui confirment les citations que nous avons déjà faites, l'auteur continue ainsi :

« Sous notre dynastie des Ming^ les laques sculptés fabriqués sous le règne de Yong-lo [1^03-1^2^] , dans la manufacture de Kouo yuan tcKang^ et les laques du règne deHiuan-tô (1^26-1^35) ne valaient pas seulement par les qualités du travail et de la matière, mais encore par le style littéraire des inscriptions gravées sous chaque pièce. L'inscription Ta Ming Yong-lo nien tche, « Fait sous le règne de Yong-lo de la grande Ming », était gravée à V aiguille et remplie ensuite de laque noire. L'inscription Ta Ming Siuan-tô nien tche, « hait sous le règne de Siuan-tô de la grande Ming », était gravée au couteau et remplie d'or. Par leur adresse à graver au couteau, ces artisans rivalisèrent avec leurs prédécesseurs des Song et réussirent à fonder une nouvelle école de glyptique. Le laque mince tacheté de poudre d'or^ le laque incrusté de nacre et le laque orné de plaques d'or et d'argent battu, sont les trois qualités surtout admirées.^ même par les Japonais. Les imitations quon en a faites restent grossières et lourdes; on les reconnaît aisément, »

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On trouvera (fig. 83) le couvercle d'une boîte de laque sculptée rouge et noire qui, d'après son style, semble dater des Ming. La décoration est exécutée en un hardi relief de couleur noire, sur fond vermillon délicatement travaillé. Le grand panneau du milieu représente une procession impériale se dirigeant, au clair de lune, à travers une vallée montagneuse, vers un pavillon à deux étages dans un jardin à terrasses où se trouvent des cerfs. L'empereur est assis sur un char traîné par deux chevaux; deux piétons conduisent le char; d'autres l'accompagnent, avec des bannières et des écrans; le cortège est précédé de la troupe ordinaire des porteurs de bâtons, de parasols, de canards dans des plats, de masses d'armes et de hallebardes. Dans le panneau voisin, l'artiste a figuré un vieillard assis sur les degrés de sa porte et attendant un savant visiteur, qui approche avec deux serviteurs dont l'un tient une lampe et l'autre des dessins enroulés. Pour former pendant, il a symbolisé la guerre, opposée aux arts de la paix, sous les traits d'un archer qui vient de transpercer de sa flèche l'œil d'un phénix, sur un paravent sculpté. Les deux côtés de la boîte sont décorés de festons de pivoines et de phénix. Selon la mode du temps, des plaques de métal blanc protègent les bords.

Pendant les troubles qui marquèrent la fin de la dynastie des Ming, l'art du laquage fut négligé, mais il ressuscita sous le patronage des empereurs K'ang-hi, Yongtcheng et K'ien-long. C'est sous K'ien-long qu'un savant jésuite, le Père d'Incarville, correspondant de TAcadémie française, écrivit son intéressant Mémoire sur le Vernis de la Chine ^ publié avec onze illustrations originales dans les Mémoires de Mathématique et de Physique présentés à V Académie royale des Sciences (vol. ÏII, pp. 117- 142, Paris, 1760). Cette importante étude a trait à l'industrie de Canton, dont les productions, confesse l'auteur, sont

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inférieures comme valeur artistique à celles du Japon ; et il ajoute :

c( Si en Chine les Princes et les grands ont de belles pièces de vernis, ce sont des pièces faites pour V Empereur^ qui en donne, ou ne reçoit pas toutes celles qu'on lui présente. »

Les laques chinois se divisent en deux classes : les laques peints, houa tsH, et les laques sculptés, tiao ts'i.

Les principaux centres de fabrication des laques peints sont, à l'heure actuelle, Canton et Fou-tcheou. On fabriquait surtout les laques sculptés à Pékin et à Sou-tcheou ; mais aucun objet de réelle valeur n'en est sorti depuis le règne de K'ienlong. Peints ou sculptés, les laques sont parfois décorés de nacre, d'ivoire, de jade, de lapis-lazuli, etc.

Canton est depuis longtemps célèbre pour ses laques. Le voyageur arabe, Ibn Batoutah, remarque, dès i345, leur légèreté, leur brillant et leur solidité ; il nous dit qu'on les exportait déjà en grandes quantités dans l'Inde et en Perse. On en fait encore beaucoup dans cette ville pour l'exportation; mais les couches de vernis sont posées trop rapidement, ce qui nuit à leur consistance ; de plus, le but principal de l'artiste semble être de couvrir la surface entière de figures et de fleurs, d'or et d'argent ; la décoration acquiert ainsi un caractère de profusion et de richesse excessive plutôt qu'un réel cachet d'art. Les fonds sont presque noirs ; on donne parfois aux ors qui les décorent une teinte plus douce en les alliant avec l'argent.

La figure 84, reproduit le couvercle d'un cofPret de laque de Canton décoré en deux tons d'or sur fond noir. On y voit une curieuse scène de jardin, où figurent des dames et des mandarins ; ce couvercle est, comme le coffret, orné d'une série de festons foliés et d'encadrements de dragons.

L'éventail et son étui laqué {ûg. 85) sont également surchargés d'édifices à terrasses et de jardins, se détachant

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sur un fond ouvré, débordant de fleurs, de papillons et de divers emblèmes.

Nous avons, avec Faigaière de la planche 86, un spécimen plus ancien de travail chinois sur métal : l'aiguière et son couvercle sont en plomb et en laque noire, incrustée d'ornements chatoyants et de groupes d'oiseaux et de fleurs en nacre et ivoire coloré, posés sur des panneaux sans ornements. L'écran de la figure 87 est également en laque noire incrustée de nacre, mais les détails de sa décoration lui assignent le Tonkin comme lieu d'origine ; il procède d'ailleurs d'une technique très voisine de celle de Canton. Les bords sont encadrés de panneaux stylisés, remplis d'une profusion de symboles littéraires, bouddhistes et taoïstes, délicatement incrustés à la manière cochinchinoise ; le centre est décoré de massifs de fleurs très réalistes : d'un côté un bulbe de narcisse en fleurs et de branches de prunier avec une tige de pivoine, et de l'autre, des chrysanthèmes, des herbes paniculées et des sauterelles de deux espèces. Ces fleurs symboliseraient l'automne et l'hiver; il existait sans doute un autre écran décoré des fleurs du printemps et de l'été.

Les laques de Fou-tcheou sont plus agréables, pour un œil artiste, que ceux de Canton ; leur technique les rapproche davantage des laques d'or du Japon.

« Les laques de Fou-tcheou^ dit avec raison M. Paléologue, séduisent les yeux par la pureté de la substance qui les recouvre^ par Végalité parfaite de la nappe vernissée, par Vintensité brillante ou sourde des nuances et la puissance des reliefs^ par la largeur de la composition, par Vaspect harmonieux des ors et des reliants. Parfois, des panneaux entiers, hauts de deux mètres et larges de plus dhui mètre ^ sont ainsi recouverts d'une décoration savante et délicate, où les tons sont fondus^ où les personnages, aux chairs de corail ou de nacre, se détachent

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doucement sur le fond^ où les paysages ont des fuites de plan lointaines^ des profondeurs lumineuses . »

Nous n'avons, malheureusement, rien de si important à reproduire ici; on trouvera toujours (fig. 88) un petit plateau habilement travaillé en forme de lotus ; il repose sur des feuilles et sur des fleurs qui s'enroulent autour d'un roseau, tandis qu'une tige terminée par une fleur perce le plateau. Il est laqué en vert, brun et jaune, et rehaussé de poudre d'or, selon la manière caractéristique de Fou-tcheou.

Occupons-nous enfin des laques sculptés, tiao ts'i. Les plus beaux spécimens de ce genre provenant des manufactures impériales du palais de Pékin*, les collectionneurs les connaissent généralement sous le nom de laques de Pékin.

Leur couleur dominante est un rouge vermillon obtenu par une très fine mouture de cinabre ; d'où le nom de « laques de cinabre » qui leur est encore fréquemment donné; mais ce nom n'est pas aussi approprié, car il arrive que dans quelques pièces de laque sculptée, — dans celle de la figure 84, par exemple, — le rouge soit associé à diverses couleurs : il peut même (mais le cas est rare), n'être pas du tout employé. Il est bon de rappeler aussi que sous les dynasties des Song et des Yuan, comme nous l'avons déjà vu, on fabriquait, ailleurs qu'à Pékin, les laques rouges sculptés ainsi qu'une quantité de basses imitations dont les reliefs étaient formés d'un composé de chaux simplement recouvert au pinceau avec une couche de laque rouge.

Londres possède une série de « laques de Pékin » de toute beauté, dont certains proviennent du Palais d'Eté de Yuan Ming Yuan qui fut mis à sac pendant l'expédition anglo-française de 1860; parmi ceux-ci, se trouvent deux vases importants (fig. 89), de près d'un mètre de hauteur, décorés de dragons impériaux à cinq griffes et attribués à

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