The cup-shaped head-piece of the drill
2. L'auteur a fort justement reconnu la difficulté d'être clair en cette matière sans Taide de planches explicatives. Nous renverrons doue aux aquarelles de la Biskop Collection les lecteurs curieux de suivre dans tous leurs détails ce curieux travail du jade. Mais nous croyons utile de citer un
Un autre instrument, dont se sert le sculpteur sur jade pour creuser l'intérieur des petits vases et autres objets analogues, est le foret tubulaire, instrument très ancien dans toutes les parties du monde. Le foret chinois consiste en un tube de fer, court, cannelé en deux ou trois endroits pour contenir la pâte d'émeri et monté sur le même pivot de fer léger que la roue de coutelier. Une fois en action, il dépose une sorte de noyau que l'on enlève avec des gougettes ; divers autres instruments, manœuvres par le même tour, vident entièrement l'intérieur du vase qui a tout d'abord été fouillé par le creuset tubulaire.
Le morceau de jade est maintenant façonné et sculpté de dessins en relief et de décorations à jour ; mais, pour donner à la matière toute sa valeur, un long polissage est encore nécessaire. Plus le jade sera dur, plus il récompensera le labeur patient de l'ouvrier^ Celui-ci doit soigneusement effacer par le frottement toutes les rayures et tous les angles laissés par la roue ou par la scie ; il suivra chaque courbe et chaque détail des motifs sculptés. Il recommencera sans se lasser pour obtenir de cette pierre dure les lignes fluides et la douceur de la pièce parfaite, que Ton doit croire modelée par des doigts délicats dans une substance tendre et plastique. Le connaisseur chinois compare un jade
résumé des opérations qui viennent d'être si soigneusement retracées ; ce résumé, beaucoup moins complet, offre le mérite d'être plus accessible.
« L'ouvrier, dit M. Paléologue [loc. cit., p. i56), ayant arrêté son parti après examen attentif de la pierre brute, de sa forme, des irrégularités visibles ou probables, la dégrossit en pratiquant avec une fraise à pointe de diamant une série de trous juxtaposés, de profondeur variable, et en faisant sauter à la bouterolle les parties restées pleines entre ces trous. Il renouvelle cette opération jusqu'à ce que V objet qu'il se propose de fabriquer apparaisse dans ses lignes principales. Le décor est travaillé soit par la ciselure à la pointe de diamant, soit par l'usure à la pierre de jade. Le polissage est obtenu, pour le premier état, par une série de frottements sur des pierres communes à polir ; il est achevé à la poudre d'émeri et parfois à Végrisée. » — N. d. t.
1. La confection d'une seule pièce exige quelquefois une ou deux années de travail. — N. d. t.
blanc dont le travail est terminé à du gras de mouton qui se liquéfie ou à du lard congelé, modelé, semble-t-il, par Faction du feu.
Les outils servant au polissage sont faits de bois au grain le plus fin, de peau de calebasse séchée et de cuir de bœuf; on les enduit de pâte de poussière de rubis, la plus dure de toutes. Il y a, pour polir la surface, une série graduée de roues de bois tournantes, dont la plus grande mesure 35 centimètres de diamètre; elles sont montées sur un pivot de bois et actionnées par le tour à pédales alternatives. Pour pénétrer dans les interstices les plus profonds des sculptures, l'ouvrier possède une série de chevilles et de cylindres en bois de dimensions et de formes variées ; tous peuvent tenir l'abrasif, même les pointes les plus fines, taillées dans de l'écorce de calebasse. Les roues tournantes, qui donnent le poli final, sont entourées de cuir de bœuf cousu avec du fil de chanvre.
L'amateur chinois range les jades anciens parmi les plus précieux de ses trésors. La plupart de ces jades sont restés longtemps dans la terre. Leur surface s'y est graduellement adoucie et s'est en même temps imprégnée d'une infinité de couleurs nouvelles. Le possesseur d'un de ces objets recherchés se plaît à faire ressortir ses qualités, soit en le frottant délicatement, soit en renfermant avec du son dans un sac de soie ; s'il est plus raffiné encore, il emportera son trésor partout avec lui dans sa manche, d'où il le tirera à ses moments perdus pour lui donner un nouveau poli.
Les Chinois appellent le jade antique han yii. Le mot han signifie ici « tenu dans la bouche » ; il s'appliquait anciennement au jade que Ton plaçait dans la bouche des morts avant de les ensevelir; sa signification fut plus tard étendue à tous les objets de jade découverts dans les tombes
antiques, — vases à sacrifice, insignes hiérarchiques, amulettes, qui pouvaient avoir été enterrés par accidenté
Les jades sculptés tiennent une place importante dans l'art chinois. Un écrivain chinois, après avoir donné la description d'anciens jades, lettres patentes impériales, sceaux historiques, insignes de rang, boucles de ceinture et autres détails du costume de mandarin, en arrive à l'époque actuelle et fait une énumération d'objets modernes dont voici un aperçu.
Parmi les objets de grande taille sculptés sur jade, dit-il, nous avons toutes sortes de vases d'ornement et de pots pour les fleurs, de grands compotiers ronds pour les fruits, des vases à large orifice et des bassins; parmi les objets plus petits, des pendeloques de ceinture, des épingles à cheveux et des bagues. Pour les tables de banquet, il existe des bols, des coupes et des flacons à vin; comme cadeaux de courtoisie, une variété de médaillons ronds et de talismans oblongs ornés d'inscriptions. Pour les réunions à boire, ce sont des vases et des gobelets, qui doivent être fréquemment remplis, et pour les cérémonies nuptiales, un vase à vin avec son service obligatoire de trois coupes. Notons encore les statuettes du Bouddha de longévité que Ton invoque pour jouir de longs jours, et les écrans qui portent, sculptés, les huit immortels du culte taoïste. Les sceptres jou-2/i et les supports à miroirs sont très recherchés comme cadeaux de mariage ; les épingles à cheveux, les
I. On a découvert un peu partout, en Chine, des haches préhistoriques en jadéite et en néphrite, communément appelées yao tckan, « bêches médicinales ». Ce sont sans doute des objets ayant appartenu aux magiciens herboristes du Taoïsme primitif. Il est permis de penser que le jade dont on se servit pour les fabriquer était, en grande partie, d'origine indigène. La « question du jade », qui tourmenta le monde ethnologique européen il y a quelques années, a été résolue par des découvertes postérieures de cette matière sur place ; il ne semble guère nécessaire de la poser de nouveau pour la Chine, en admettant même que nous ayions assez de place pour ces discussions.
boucles d'oreilles, les boutons que Ton place sur le front et les bracelets, comme bijoux personnels. Pour le cabinet du savant, le service de trois objets [san ché)^ trépied, vase et boite servant à brûler l'encens, sont toujours à portée de la main; pour les pièces plus luxueuses, on dispose par couples, dans des vases de jade, des fleurs de saison sculptées dans la même matière et ornées de pierres précieuses.
On use aussi de peignes de jade pour orner les tresses noires des beautés à l'aurore de la vie, et des oreillers de iade pour le divan où, à midi, on rêve un instant des rêves d'élégance. L'appui-main du calligraphe voisine avec sa palette à encre; on fait aussi de petits poids de jade destinés à être placés sur la langue des morts lorsqu'on les expose pour les funérailles. Ces pots de rouge et ces boîtes de poudre donnent à la jeune fille l'éclat duveté de la pêche; ces pots à pinceaux et à encre contiennent les armes du lettré. Les huit précieux emblèmes de la bonne fortune — la roue de la loi, la conque, le parasol, le dais, la fleur de lotus, le vase, les poissons accouplés et le nœud qu'on ne peut défaire — sont rangés sur l'autel du sanctuaire bouddhiste ; la grenade éclatée et montrant ses grains, la pêche sacrée, et le citron « main du Bouddha » symbolisent les trois abondances désirables : Tabondance de fils, d'années et de bonheurs. Des chaînes de jade enlacées sont les gages d'une amitié durable, les sceaux de jade attestent l'authenticité de documents importants. Il y a les grains de chapelet pour dénombrer les invocations au Bouddha ; des pressepapiers pour la table du savant ; des glands pour l'éventail cachant le visage de la coquette, et des cadenas sans clef, toujours en jade, pour entourer le cou des enfants. Mentionnons enfin, parmi tant d'autres objets, les pilons et les mortiers pour la préparation des remèdes, les bagues de pouce, protégeant la main des archers contre la détente de
la corde de Tare, les bouts de jade destinés aux pipes des fumeurs de tabac, et les manches à côtelette pour les gourmands.
Les objets de jadéite sont à peu près du même genre, mais plus petits; ils mesurent rarement plus de 3o centimètres de hauteur ou de largeur. Un service à brûler l'encens, sculpté en jadéite d'un blanc éclatant, avec des taches brillantes de vert émeraude, est estimé à 10.000 onces d'argent; une paire de breloques, à i.ooo onces; une bague de pouce d'une belle eau vaut presque aussi cher. On taille artistement des tabatières, à la façon de camées, dans des morceaux de jade aux veines variées dont on s'inspire pour le choix du décor; le bouton, dont la couleur doit faire contraste, s'attache par-dessous avec la petite spatule d^ivoire qui sert à puiser le tabac. Les dix-huit petits grains et les autres accessoires du chapelet officiel sont de préférence en jadéite, de même que le tube contenant la plume de paon que porte à son chapeau le mandarin décoré ; des épingles à cheveux d'une infinie variété figurent dans la coiffure des dames chinoises et mandchoues, sans compter les fleurs et les papillons de fei-tsoiie cousues sur des bandes de velours.
Dans la cour du palais de Pékin, conclut notre auteur, des melons en jadéite sculptée sont suspendus à des treillages au milieu de feuillages artificiels, et des vases, d'une forme étrangement réaliste, façonnés dans les ateliers impériaux, imitent des choux ou des bouquets de feuilles de palmiers.
Le vase de jade blanc de la figure gS montre le goût des Chinois pour les formes naturelles : il représente une petite branche de citron « main du Bouddha » [citrus decumana) avec son feuillage et son fruit.
Une autre forme de vase fort en faveur est la fleur du magnolia Yulan ;\e jade en est poli avec le plus grand soin, pour rivaliser avec la blancheur pulpeuse qu'ont les pétales
de cette admirable fleur. Le sceptre jou-yi, dont nous avons déjà eu l'occasion de parler, tire sa forme particulière du champignon sacré liiig tche, le polyporus lucidus des botanistes, Fun des nombreux symboles taoïstes de la longévité. Celui de la figure 94 est en jade blanc, tacheté à une de ses extrémités et marqué de rouge. Il est sculpté d'un dragon impérial dans des nuages, enroulé autour du manche et poursuivant un disque enflammé, tandis qu'un phénix se découpe à la partie supérieure du sceptre.
Dans la figure 90, on voit un chapelet rapporté du Palais d'Eté, près de Pékin, en 1860. Il est composé de 108 grains d'ambre, séparés par trois gros grains de jadéite vert émeraude, et de trois fils de petits grains de corindon, dix par fil, avec une plaque centrale et des pendeloques de jadéite montées sur argent doré, incrustées de plumes bleues de martin-pècheur.
Le magnifique pot à pinceaux cylindrique [pi-t'ong] de jade blanc (fig. 96) et le vase de jade (fig. 97), sont très profondément et très délicatement sculptés en relief, avec certains détails à jour. On a représenté sur le pot à pinceaux, dans un décor de montagnes qu'animent des pins, des dryandras et des pruniers en fleurs, le retour de l'expédition du roi Mou, de la dynastie des Tcheou, dans TExtrême-Occident; au fond, les huit fameux coursiers [pa kiiin ma) qui tramaient son char reviennent à leurs pâturages ; au premier plan, les bœufs servant au transport des bagages regagnent leur étable. Le vase est entouré de plantes à baies, de champignons et de chrysanthèmes sauvages sortant de rocailles à jour, qui laissent paraître la forme archaïque d un dragon à trois griffes semblable à un lézard [tche long). Ce bel objet repose sur un support de jade vert olive, sculpté de décorations de fleurs dans le même style.
Le vase aux cylindres jumeaux de la figure 98 fait partie de
la collection de M. G. Salting. Il est en jade blanc et reproduit la forme de l'un de ces anciens vaisseaux de bronze, destinés à recevoir des flèches et que l'on donnait jadis pour récompenser les prouesses militaires, sous le nom de c( vases-champions ». Les monstres fabuleux qui supportent les cylindres sont supposés représenter un aigle [ying] perché sur la tête d'un ours [hiong), ce qui, par un jeu de mots, suggère ying-hiong^ « champion ».
Le vase avec couvercle, reproduit dans la figure 99, est un bel échantillon de néphrite vert somhve, piyu. De forme oblongue avec des angles arrondis, posé sur des pieds circulaires, ce vase est orné de dragons stylisés en guise d'anses, avec des anneaux mobiles. Sur la panse, on a sculpté légèrement des bandes de grecque, et six fois le caractère longévité [eheou], flanqué de dragons. Le couvercle est formé de cinq dragons archaïques sculptés à jour.
Bien qu'elle ne soit pas en jade, la plaque de pierre sculptée de la figure 100 donne une idée de ce que devient cette matière lorsque le sculpteur la présente sous forme d'écran décoré. Une fois de plus, nous trouvons ici le paradis taoïste ; la sculpture est exécutée en une stéatite à trois couches; l'océan cosmique entoure de tous côtés les îles bienheureuses, d'où la colonne de l'immortalité s'élance avec ses pavillons jusqu'aux nuages; un couple de cigognes vole par-dessus, l'une d'elles porte la baguette enchantée dans son bec.
Albert Jacquemart, admirateur enthousiaste de la jadéite, la décrit dans son étude sur l'art lapidaire, sous le nom de jade impérial, comme une pierre précieuse incomparable presque capable, lorsqu'elle est verte, d'égaler Témeraude non taillée et produisant plus d'effet que la plus riche des agates quand elle est délicatement jaspée de vert et de blanc.
Les séductions subtiles de la néphrite sont, en revanche, moins sensibles à l'œil de l'Européen qu'à celui du Chinois. Le jade le plus pur, comme le remarque M. Paléologue, ne possède ni l'éclat du cristal de roche, ni les teintes diaprées de la cornaline, ni les riches colorations de la sardoine, ni les transparences irisées de l'onyx et de l'agate orientale ; l'aspect graisseux qui lui est particulier ne permet au contraire de lui donner, par le travail le plus délicat, qu'une vague translucidité et le laisse terne à côté des tons riches et chatoyants des pierres quarlzeuses*.
Rien de plus juste. Mais ces diverses pierres ne sont pas sans être appréciées des Chinois qui les travaillent par les mêmes procédés et dans le même style que le jade. Cette similitude nous évitera d'entrer à leur sujet dans de longs développements; nous nous bornerons à signaler deux ou trois exemplaires types.
Voici d'abord un beau vase double en cristal de roche, joliment travaillé en relief et à jour (fig. loi). Le plus petit, de forme rustique, est sculpté en forme de tronc de pin; il allonge des branches qui viennent décorer les flancs du plus grand vase; celui-ci est ovoïde, avec des anses en forme de tête d'éléphant; une chauve-souris vole en transparence contre le col; un phénix, tenant dans son bec un champignon sacré, fait pendant au plus petit des vases. Le pied s'orne de champignons et de morceaux de bambous. Le support, en bois de rose, est décoré de fleurs symboliques dans le même style.
C'est un groupe de trois figures taoïstes que l'on a sculpté en cristal de roche teinté de vert au moyen de chlorite (fig. 102). Cheou lao, dieu de la longévité, se reconnaît à son front protubérant et à sa barbe flottante ; il tient à la main un sceptre jou-yi ; deux jeunes assistants l'accompa-