FIG. 109. VASE KOUAXG YAO
Couverte bleu tacheté tirant sur le brun vers l'oriûce.
Ilaul. 21 cent. 1 i-, diam. 12 cent. 7/10.
FK;. IIO. — VASE JOU YAO KOUAN-Y[N TSOUEN. DYNASTIE DES SONG Céladon craquelé d'un ton vert grisâtre. (Collection Bushell.)
il. iS cent. Il, diam. 13 cent. 8,10.
nous venons de parler ne sont pas de la porcelaine puisque leur matière manque de deux qualités essentielles : la blancheur et la transparence; pourtant dans les pièces de choix, la pâte est compacte et partiellement vitrifiée, de façon à rendre un son clair quand on la frappe de Fongle, selon la mode chinoise. Nous trouvons là un détail important et certain pour Tétude du développement postérieur de la céramique chinoise. D'une part, le progrès graduel dans le choix des matériaux et le perfectionnement des procédés de fabrication, dans les districts où l'on pouvait se procurer du kaolin, aboutit à la production de la porcelaine. D'autre part, là où ne se trouvaient que des carrières d'argile de couleur, l'évolution s'en tint à la finesse de la pâte, à l'amélioration de la technique, à l'introduction de méthodes nouvelles de décoration, telles que les émaux colorés de teintes variées.
L'on est trop porté à négliger ce fait que, tandis que l'on fabriquait de la porcelaine en quantités toujours croissantes, les autres manufactures chinoises continuaient à fonctionner suivant les vieilles méthodes et produisaient des faïences et des grès variés dont quelques exemplaires de choix sont arrivés jusque dans les pays les plus lointains. Quelques-unes de ces pièces offrent un caractère curieusement archaïque; aussi, les experts eux-mêmes les classent-ils parfois parmi les antiquités de la dynastie des Song, bien que la marque du potier, imprimée sous le pied de l'objet, trahisse une origine beaucoup plus récente.
Disons maintenant quelques mots des deux principales fabriques ; le terrain ainsi déblayé , nous pourrons nous occuper ensuite uniquement de la porcelaine proprement dite. Ces fabriques sont Yi-hing Yao, dans la province de Kiang-sou, et Kouang y«o,dans la province du Kouang-tong.
Quand, à Chang-hai, vous débarquez du paquebot, vous
igo L'ART CHINOIS
apercevez sur le quai une foule de camelots vendant d'élégantes théières, des tasses et toute une quantité de petits objets d'utilité ou d'ornement, en beau grès couleur brunrouge ou chamois. Informez-vous : on vous dira que ce sont là des poteries [yao) fabriquées sur la côte occidentale du T'ai hou (le fameux lac qui porte Sou-tcheou sur sa rive orientale), aux poteries de Yi-hing bien, dans la préfecture de Tch'ang-tcheou fou.
Les Chinois préfèrent cette matière d'un poli admirable à la porcelaine même, pour y infuser le thé et pour conserver l'arôme des fines sucreries. Les théières adoptent souvent des formes fantastiques : un dragon sortant des vagues, un phénix ou tout autre oiseau, un morceau de bambou, le tronc noueux d'un pin ou la branche d'un prunier en fleurs, un fruit — pèche, grenade ou cédrat, — une fleur comme le nelumbium ou lotus chinois. Les teintes vont du chamois pâle, du rouge et du brun au chocolat, — le rouge dominant toujours; des argiles de couleurs diverses peuvent être combinées sur le même objet : par exemple des motifs travaillés en bosse et de couleur rouge seront relevés par un fond chamois. Quelques pièces tirent leur unique charme de l'élégante simplicité de leurforme et de la douceur de leur coloris. D'autres portent en bosse des moulures délicatement décorées. D'autres encore sont teintes de couleurs émaillées, appliquées en relief au pinceau ou incrustées, semble-t-il, sur un fond préparé selon la méthode des émaux champlevés sur cuivre. Cette matière prêtera des fonds charmants, soit à une branche de fleurs traitée en bleu de cobalt clair avec une coulée vitreuse, soit à quelque paysage légèrement esquissé en ce blanc-gris très doux que donne l'arsenic. Les pièces décorées en couleurs variées deviennent presque trop soignées; le fond disparaît sous l'amas des motifs d'ornement; et c'est seulement en examinant le rebord du pied, par-dessous, qu'on arrive à en découvrir la nature.
Yi-hing fabrique en cette faïence spéciale les diverses pièces qui d'ordinaire se font en porcelaine ; mais on la réserve pourtant de préférence pour les petits objets de luxe ; beaucoup sont d'un fini très délicat : théières en miniature, fruits ou fleurs destinés à contenir Teau pour délayer Fencre de l'écrivain, flacons à parfums, pots à rouge, boîtes à poudre, godets, soucoupes et autres menus accessoires de toilette, vases à fleurs, assiettes à bonbons, plateaux à bâtonnets, coupes à vin, miniatures pour la table à manger... Le mandarin possède une bague de pouce, un tube destiné à la plume de paon qu'il porte à son chapeau, des perles émaillées et autres ornements pour son chapelet, qui sont faits en cette matière. L'élégant chinois se sert d'une tabatière; le fumeur, d'une pipe à eau finement décorée; le fervent d'opium choisit un vase et un tuyau destinés à sa pipe de bambou. Tous ces objets sont artistement décorés de couleurs tendres vitrifiées et sortent des fabriques de Yihing.
Deux curieuses théières ayant cette origine sont reproduites ici (fig. 106). La première — il en existe un second exemplaire tout semblable — en boccaro brun , est moulée en forme de cheng ou orgue à bouche, le soufflet formant le bec. La seconde est en grès couleur chamois en forme de grenade renversée; au motif principal on a rattaché des fruits et des graines en argiles de couleurs diverses; Tanse est un fruit de la « corne de buffle » {trapa biconiis); les pieds, un nelumbium, un lichi et une noix; le couvercle, un champignon. La panse, près du bec, porte un cachet.
Les poteries de Yi-hing connurent leur pleine prospérité sous la dynastie des Ming ; elles avaient été fondées par Kong Tch'ouen, sous le règne de Tcheng-to (i5o6-i52i). Un potier plus fameux encore, nommé Ngeou, y travailla pendant le règne de Wan-li (1573-1619); il excellait dans l'imitation des antiques; on prétend qu'il réussit à retrouver le vernis
craquelé de l'antique Ko Yao, ainsi que les nuances pourpres des vieux produits impériaux et la poterie aux couleurs variées de Tcliouen-tcheou (dynastie des Song) , fabriquée avec le grès brun caractéristique qu'on trouve en cet endroit. Peu de temps après cette époque, Tcheou Kao-k'i écrivit sous le titre de Yang sien ming hou M un livre spécial qui s'occupe des théières [ming hou) de Yang sien (nom primitif de Yihing), et reproduit riiistoire des grandes familles de potiers'. Quand cette faïence fut importée en Europe, les Portugais l'appelèrent boccaro\ le nom lui resta. Bôttzer, qui devait inventer la porcelaine de Saxe, s'essaya d'abord dans l'imitation de ce produit ; il y obtint quelque succès vers 1708 ; ses essais méritent pourtant à grand'peine l'épithète de « porcelaine rouge » dont on les baptisa. Les Elers copièrent également ces variétés rouges en Staffordshire avec une si grande exactitude qu'il n'est pas toujours facile, selon sir Wollaston-Franks, de distinguer leurs produits des exemplaires originaux.
Les céramiques de la province du Kouang-tong sont connues sous le nom chinois de Kouang Yao (de Kouang^ contraction du nom delà province, et 3/^:0, poterie). Les fabriques de cette région emploient uniquement le grès: elles ne produisent pas de porcelaine, mais des quantités de porcelaines (( en blanc » arrivent, par voie de terre, de King-tô-tchen à Canton, pour y être décorées en émaux de couleur, puis cuites de nouveau au feu de moufle.
Il faut mentionner trois centres principaux pour la production des poteries du Kouang-tong.
Le premier se trouve au nord de la province, dans le voisinage du port ouvert d'Amoy, d'où les produits manufacturés sont exportés par mer dans toutes les parties du monde,
I. Le capitaine F. Brinkley a traduit une bonne partie de ce livre dans son ouvrage Japan and Chinai tome IX.
FIG. 112. FIGURE DE KOUAN TI, DIEU DE LA GUEniîE. DYNASITE DES :MIXG
Porcelaine du Fou-kien, blanc ivoire. (Colleclion Salling.i
Haut. 34 cent. 0 10.
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FIG. IIJ. — VASE DE PORCELAINE MASSIF, DECOUS AJOURES. DEBUTS DE LA DYNASTIE DES MING
Vernis colorés de demi grand feu.
Ilaul. 3i cent., diam. 34 cent.
FIG. I l6. VASE BALUSTRE. PORCELAINE. DEBUT DE LA DYNASTIE DES MING
Motifs en l'elief blanc et bleu turquoise sur fond bleu sombre.
lia. il. 3(3 ceiil. 1 2, diam. 20 ceut.
fig. 117. vase a poissons en porcelaine^ avec dragon imperial
(yu rang)
Période Wan-li. — Décotes en couleurs, — (Collection Bushell.)
Haut. 57 cent. 2 iO, diam. 54 cent. G 10.