FIG. 111. VASE DE PORCELAINE BLEU SOMDRE. DYNASTIE DES MING
Exemple typique de la période Kia-tsing (i522-66).
laut. 34 cent. 3 10, diam. 31 cent 3,4.
La glaçure de la porcelaine de Chine contient donc toujours de la chaux. C'est la chaux qui lui donne cette teinte caractéristique verte ou bleue, mais qui produit en même temps ce brillant de la surface et ces transparentes profondeurs que l'on ne trouve jamais dans les glaçures plus réfractaires qui ne contiennent point de chaux \
Origine. — L'opinion générale admet que la porcelaine apparut tout d'abord en Chine; mais les autorités différent de beaucoup quant à la date de son apparition.
Les Chinois l'attribuent à la dynastie des Han; un nouveau caractère, ts'eiiy fut alors forgé pour désigner vraisemblablement une substance nouvelle. Le mémoire officiel sur « l'Administration de la porcelaine », contenu dans la topographie de Fou-leang [Fou leang liien tche, liv. VIII, folio 44)5 dont la première édition parut en 1270, relate que, selon la tradition locale, les fabriques de céramique de Sin-p'ing (nom ancien de Fou-leang) furent fondées au temps de la dynastie des Han et ont toujours fonctionné depuis. Ce point est confirmé par T'ang Ying, le célèbre directeur des Poteries impériales, nommé en 1728, qui affirme dans son autobiographie que d'après ses propres recherches la porcelaine fut fabriquée en premier lieu sous la dynastie des Han, à Tch'ang-nan (King-tô-tchen) dans le district de Fou-leang. Ce que nous savons des industries de cette époque rend cette théorie plausible dans une certaine mesure ; étant donné que l'on importait alors de Syrie et d'Egypte des quantités de verreries, il semble naturel que des expériences aient été
d'une mesure de chaux liquide ; sept ou huit grosses cuillerées de petouenise et deux ou trois de chaux suffisaient pour les vernis de catégorie moyenne. Si le petouenise et la chaux se trouvaient en proportions égales, ou si la chaux dominait, le vernis, d'après lui, n'était bon que pour les porcelaines gros- ■sières.
I. La manufacture de Sèvres a fait la preuve de cette assertion ; il est intéressant de noter que, selon M. Vogt, la glaçure de la « nouvelle porcelaine » qui y fut récemment fabriquée contient 33 p. loo de craie.
igS L'ART CHINOIS
tentées dans les poteries chinoises pour produire des objets analogues.
L'éminent critique d'art japonais, Kakasu Okakura, dans son ouvrage Ideals ofthe East^ avance d'autre part l'idée que les alchimistes de la dynastie des Han, au cours de leurs longues recherches pour trouver le breuvage de vie et la pierre philosophale, ont pu de façon ou d'autre arriver à cette découverte ; il en vient à la conclusion suivante, « que nous pouvons attribuer l'origine de la merveilleuse glaçure de la porcelaine de Chine à leurs découvertes accidentelles . ».
Sous la dynastie des Wei (22 1-264) qui fut contemporaine de la petite dynastie des Han (époque des trois royaumes), il est question pour la première fois d'un céladon verni fabriqué à Lo-yang pour l'usage du palais. Sous la dynastie des Tsin (265-419), nous voyons mentionner la porcelaine bleue, fabriquée à Wen-tcheou, dans la province de Tcho-kiang, qui donna naissance aux vernis bleu ciel teintés de cobalt, si fameux par la suite. La courte dynastie des Souei (58 1-6 1 7) se distingue par une espèce de porcelaine verte [lu ts'eu) inventée par un Président du ministère des Manufactures, nommé Ho Tcheou, pour remplacer le verre vert dont la composition avait été perdue depuis son introduction par des artisans de l'Inde septentrionale en 4^4 après Jésus-Christ.
Pendant ce temps, la production céramique delà province du Kiang-si dut faire de grands progrès, car on rapporte dans la topographie de Fou-leang — citée plus haut — qu'au début du règne du fondateur de la dynastie des T'ang, T'ao Yu, originaire du district, apporta à la capitale du Ghàn-si une quantité de porcelaines qu'il offrit à l'empereur comme « une imitation de jade ». Dans la quatrième année (621 après Jésus-Christ) de ce règne, le nom du district fut changé en Sin-p'ing, et un décret ordonna à Ho Tchong-tch'ou et aux autres potiers de faire régulièrement des envois de porcelaine au palais impérial.
Ce terme d' « imitation de jade » est significatif; il devait s'appliquer à de la porcelaine ; d'ailleurs, ces objets venaient de l'endroit où se fabrique actuellement la porcelaine la plus fine. Le jade blanc a toujours été l'idéal du céramiste chinois; les belles pièces de porcelaine arrivent à égaler réellement la néphrite en pureté de couleur, en transparence et en éclat; les «coquilles d'œuf » atteignent au même degré de dureté (6*^5 de la gamme de Mohs) ; si le cristal de roche peut les rayer, la pointe d'un couteau d'acier y échoue.
Les nombreux ouvrages de la dynastie desT'ang (618-906) mentionnent fréquemment la porcelaine. La biographie officielle de Tchou Souei, dans les annales, dit avec quel zèle il obéit, étant intendant de Sin-p'ing, à un décret promulgué en 707, lui commandant des ustensiles à sacrifice pour les tombes impériales. Le Tch'a king^ livre classique sur le thé, décrit les divers genres d'ustensiles que préfèrent les buveurs de thé; il les classe selon la couleur du vernis, qui fait valoir celle de l'infusion. Les poètes du temps comparent leurs coupes à vin à « des disques de la glace la plus mince », « à des feuilles de lotus qui flottent, balancées le long d'un ruisseau », à du jade blanc ou vert. On cite souvent un passage du poète Tou (8o3-852) qui fait allusion à la porcelaine blanche de la province de Sseu-tch'ouan :
« La porcelaine des fours de Ta-yi est légère et pourtant solide,
(( Elle résonne, avec une note basse semblable à celle du jade^ et elle est fameuse à travers toute la cité.
<( Les belles tasses blanches surpassent en éclat la gelée blanche et la neige, »
Le premier vers célèbre la fabrication, le second, la sonorité, le troisième, la pureté du vernis blanc.
Les tasses les plus estimées étaient les tasses blanches de Hing-tcheou, maintenant Ghouen-tô-fou, dans la province du Tche-li, et les tasses bleues de Yue-tcheou, le moderne Ghao-
hing fou dans le Tchô-kiang. Ces deux genres de porcelaines rendaient, lorsqu'on les heurtait, une note claire et musicale; on prétend que les musiciens se servaient, pour obtenir des carillons, d'une série de dix tasses dont ils frappaient les bords avec de menues baguettes d'ébène.
Le commerce entre l'Arabie et la Chine florissait au cours des viii^ et ix^ siècles, au temps où des colonies mahométanes s'établirent à Canton et dans d'autres ports de mer ; un voyageur arabe nommé Soleyman écrivit une relation de son voyage, dont il existe une traduction française, et qui contient la première mention étrangère de la porcelaine de Chine.
« Ils ont en Chine^ dit-il, une argile très fine dont ils fabriquent des vases aussi transparents que le verre ; on voit à travers ces vases V eau qu ils contiennent ; ils sont faits d'argile. »
A cette époque, les Arabes étaient très familiarisés avec le verre; ils n'auraient donc pu se tromper sur cette matière ; leur témoignage acquiert par conséquent une valeur toute spéciale.
Si nous passons à l'empereur Che Tsong (954-959) de la dynastie des Tcheou postérieurs, — courte dynastie fondée à K'ai-fong fou, et qui précéda immédiatement les Song, — nous entrevoyons une spécialité renommée, connue plus tard sous le nom de Tch'ai Yao, Tch'ai étant le nom de la maison régnante. Cette porcelaine fit l'objet d'un rescrit impérial exigeant qu'elle fût « aussi bleue que le ciel^ aussi claire qu'un miroir^ aussi mince que le papier^ et aussi sonore qiCune pierre musicale de jade. »
Elle éclipsa par sa finesse toutes les porcelaines qui l'avaient précédée, et devint bientôt si rare qu'on la décrivit comme un souvenir qui ne correspondait plus à la réalité.
Les délicates qualités auxquelles se rapportent les textes que nous venons de citer ont probablement toutes disparu depuis longtemps; nous devons nous contenter du témoignage littéraire de leur existence.