DÉCOR EN TROIS COULEURS SUR RISCUIT
Les trois couleurs habituelles de la classe San ts'ai, brun-rouge, vert et jaune.
Haut. 13 ccul. 1.3, larLi. 14 ceul.
caractéristiques de la porcelaine blanc d'ivoire du Foukien : une Kouan-Yin « Ecouteuse de prières », assise sur des rochers, et accompagnée d'un enfant les mains jointes dans une attitude d'adoration ; un lion , portant sur le côté des sortes de tubes destinés à recevoir les bâtons-oracles; trois coupes à vin, l'une en forme de tasse, décorée de fleurs en relief, achetée en Perse, — la seconde, posée sur des, branches de prunier et de magnolia, — la troisième, en forme de tronc d'arbre avec des branches en relief, des têtes de dragon, un cerf tacheté et une grue ; un petit cachet carré dont l'anse est formée par un lion, du genre de ceux qui ont été découverts dans les marais d'Irlande ^ et qui ont donné lieu à un certain nombre de conjectures.
Les céladons anciens de Long-ts'iuan sont représentés dans la figure ii4 par deux exemplaires, que l'on reporte au début de la période Ming, mais qui sont tout à fait dans le style de la dynastie précédente des Song : un plat rond à la riche couverte vert-de-mer, motifs de fleurs de lotus, pivoines, feuillages, — et un vase à double enveloppe : l'enveloppe externe sculptée à jour de feuillages hardis, dont les détails, d'abord travaillés à la pointe dans la pâte, furent ensuite mis en valeur par les teintes variées de la couverte céladon. Ces pièces sont généralement cuites à deux reprises dans les fours de Long-ts'iuan : on leur fait, en eff*et, subir une première cuisson avant de poser la couverte.
Occupons-nous maintenant de la porcelaine Ming décorée en couleurs [wou ts'ai). Les premiers spécimens de cette importante catégorie semblent avoir subi une cuisson préliminaire, destinée à fixer les reliefs qu'on y avait façonnés ; on en remplissait les creux, après avoir passé la pièce au four pour la transformer en biscuit, avec ces couleurs
I. Voir Notices of Chinese seals found in Ireland , par Edmund Getty, Dublin, i85o.
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connues sous le nom de « demi-grand feu », parce qu'on les cuit à une température relativement basse. La porcelaine turquoise et aubergine de Tépoque K'ang-hi et la porcelaine japonaise Kishiu se rattachent probablement toutes deux aux anciens types Ming de la catégorie qui nous occupe.
Voici deux exemplaires caractéristiques de cette fabrication primitive. Figure ii5 : vase massif à large goulot, enveloppe extérieure sculptée à jour ; décor bleu turquoise et rouge manganèse avec quelques touches de jaune ; sur la panse, un paysage représente des militaires à cheval portant une bannière, une lance et une arbalète, et d'autres personnages en costume civil, dont Fun tient une lyre; au-dessus, bordure de pivoines ; au-dessous, bordure de grecques. — Figure ii6 : vase balustre à col étroit, décor en relief bleu turquoise et blanc sur fond pommelé bleu sombre ; sur la panse, un paysage avec indigènes vêtus de feuilles cousues et apportant des présents ; au-dessus, festons de bijoux auxquels sont suspendues des pendeloques d'emblèmes; bandes de grecques régulières ; support sculpté orné de symboles du bonheur en jade blanc.
Vient ensuite la catégorie ordinaire des pièces à décoration polychrome [wou-ts^ ai) des Ming ; la porcelaine, d'abord enduite de couverte blanche, est ensuite peinte d'émaux colorés, que l'on fixe par une seconde cuisson au feu de moufle.
Figure 117: grand vase à poissons, pour l'ornement des jardins; décor émaux colorés rouges, verts, jaunes, touchés de noir, combinés avec du bleu de cobalt- sous couverte ; quatre dragons impériaux à cinq griffes sortent des flots écumeux de la mer. Marque de la manufacture impériale : Ta Ming Wan-li nien tche^ « Fait sous le règne de Wan-li (1578-1619), de la grande (dynastie) des Ming», peinte en bleu sous la couverte, à l'intérieur du rebord. — Figure 118:
grand gobelet de la même période, scène historique, bordures de fleurs et de fruits. — Figure 119: flacon chinois, émaux colorés, symboles d'art et d'agriculture; transformé en aiguière au moyen d'une monture en cuivre doré (travail florentin du début du xvii^ siècle). — Figure 120 : vase Ming, style vieille famille verte, décoré de fleurs peintes et de symboles, au milieu de vagues houleuses ; acheté en Perse, possède un couvercle et un rebord de cuivre persan, ciselés à jour.
Pendant toute la dynastie des Ming, on employa le bleu de cobalt sous couverte, soit seul, soit combiné avec d'autres couleurs. Dans la série complète des « bleu et blanc », il nous faut distinguer trois époques bien définies :
i^ Le règne de Siuan-tô (i 426-1 435) ; il se distingue par un gris bleu pâle, d'une teinte pure, qu'on appelait à cette époque « bleu mahométan » et qui ressemble quelque peu au « bleu et blanc » japonais d'Hirado; ce bleu se posait sous la couverte ordinaire, ou bien sous une couverte spéciale, finement craquelée, dans des pièces qui annoncent les futures « pâtes tendres », sur lesquelles cette marque est parfois apposée.
2° Le règne de Kia-tsing (i 522-1 566), remarquable par un bleu sombre d'un ton riche, d'une profondeur et d'un lustre merveilleux.
3° Les deux règnes de Long-k'ing et de Wan-li (1567- 1619) achevèrent de perfectionner les procédés techniques ; on excella particulièrement alors dans l'usage du cobalt pour laver les fonds, qui laisse pressentir les résultats plus beaux encore de l'époque K'ang-hi.
Nos illustrations (fig. 121 et 122) représentent deux vases d'aspect particulièrement massif; le second surtout donne une idée du style et des coloris profonds de la période Kia-tsing.
Voici ensuite une série de pièces bleues et blanches dont
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l'ancienneté est confirmée par leurs montures européennes. Le vase à vin octogonal, en forme de melon (fig. i23), décoré de petits garçons en train de jouer, est monté en argent doré du temps d'Elisabeth, avec marques de maison de Fan 1 585. Les quatre autres pièces, dont les montures datent aussi du temps d'Elisabeth, appartiennent à la collection Pierpont Morgan \ La buire (fig. 124) au délicat décor bleu tendre, oiseaux et fleurs, est montée sur un support d'argent doré d'où s'élancent six bandes en forme de guirlandes avec têtes de chérubins en relief; une bande entoure le col surmonté d'un couvercle à trois dauphins ; l'anse est formée d'une sirène à double queue entrelacée ; le tout en argent doré. La dernière de ces quatre pièces, une coupe (fîg. 127), décorée de branches de fleurs et de phénix impériaux dessinés dans le style caractéristique des Ming, porte sous son pied, en bleu sous couverte, la marque Wan-li (i 573-1619). Les autres ne sont pas marquées, mais appartiennent indiscutablement à la même époque.
La décoration de la porcelaine chinoise en bleu de cobalt et rouge de cuivre (couleurs de grand feu) sous couverte, était déjà en pleine vogue dans la première moitié du xv^ siècle, sous le règne de Siuan-tô. On adopta les émaux de feu de moufle, identiques à ceux de l'émaillure cloisonnée sur métal, quelque temps plus tard. On se servit tout d'abord des couleurs émaillées pour laver les fonds, afin de relever et de rehausser la couleur bleue; puis on les combina jusqu'au moment où elles arrivèrent à dominer les décors en couleurs qui caractérisent l'époque de Wan-li et sont à cause de cela connus des Chinois sous le nom des « Cinq couleurs de Wan-li ».
I, Elles ont été exposées au Burlington Fine Art Club en 189 5, et figurent dans le Catalogue of Blue and White Oriental Porcelain publié à cette époque, comme provenant de Burghley House, où elles se trouvaient en possession de la famille Cecil depuis le temps d'Elisabeth.