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I. Il atteignit jusque l'Irlande

cuisson arabe^ nous est inconnu. Le corps de ces objets est en cuivre^ décoré de motifs en couleur faits de matières variées fondues ensemble. Ils ressemblent aux émaux cloisonnés de Fo-lang. Nous avons vu des urnes à brûler Vencens, des vases à fleurs^ des boîtes rondes à couvercle^ des coupes à vin et autres objets semblables :, mais ils ne conviennent qiCaux appartements de darnes^ car leur éclat est trop voyant pour la bibliothèque du savant aux goûts simples. On les appelle aussi « produits du pays des diables » (kouei kouo yao). A V époque actuelle^ un certain nombre d'indigènes de la province du Yun-nan ont organisé dans la capitale [Pékin) des manufactures où se fabriquent les coupes à vin généralement connues sous le nom de « travaux d'' incrustation du pays des diables ». Les émaux analogues fabriqués maintenant à Yun-nan fo^ capitale de la province^ sont de belle qualité^ éclatants^ et d'un fini admirable. »

Le savant auteur de Fouvragesurla céramique Taochouo^ publié en 1774? dit (liv. I, fol. 16) :

« Les produits arabes (ta che yao) ressemblent aux émaux de Fo-lang. Selon le T'ong ya, on en fait de très réussis à Fo-lin. Or, dans le dialecte de Canton, le caractère lin devient lang ; d'où le nom de Fo-lang, écrit d'autre façon Fou-lang, et qui est le Fa-lan moderne, »

Ce dernier m.oX, fa-lan, est le terme chinois qui désigne couramment les émaux ; on pourrait dès lors faire remonter son origine à Fo-lin, ancien nom de l'Empire romain d'Orient. Le nom de Fo-lin (Fou-lin) apparaît toutd'abord dans l'histoire de Chine, pendant la première décade du vii^ siècle, pour désigner le royaume gouverné par les Empereurs de Byzance, remplaçant Ta Ts'in qui, nous le savons déjà, servit en premier lieu aux Chinois pour indiquer l'Empire romain. On présume que Fo-lin est une ti^anscription du grec 7:6).lv, contraction d'et.? TvîvTtoXtv, nom donné au moyen âge à Cons-

LES ÉMAUX : CLOISONNÉS, CHAMPLEVÉS ET PEINTS sSg

tantinople et qui a survécu dans le turc moderne, Istamboul ou Stamboul. M. Chavannes confirme cette hypothèse dans le Toung pao de mars 1904; il s'appuie sur le témoignage de Maçoudi, lequel parle de Gonstantinople, dans les termes suivants :

« Les Grecs la nomment au temps oit nous écrivons cette his toi j^e (vers 344 de r hégir e),Po\m, ou s'ils veulent exprimer qu'elle est la capitale de V Empire, à cause de sa grandeur^ ils disent : Istan-polin ; mais ils ne V appellent pas Constantinïeh ; les Arabes seuls la désignent par ce nom^, »

Mais nous foulons ici un terrain de controverse ; fa-lan^ en effet, d'après certaines autorités, dériverait de « Frank », terme sous lequel on englobait en Chine toute la chrétienté, et selon d'autres, du mot « France «, spécialement appliqué à cette nation ; Fou-lin, au contraire, s'identifierait avec « Bethlehem », d'après le professeur Hirth, dans son étude sur l'Orient romain. Quelle que soit d'ailleurs la véritable dérivation du terme, le point important c est que tout le monde tombe d'accord pour attribuer à l'Occident l'origine des émaux chinois [fa-lan).

Nous diviserons les émaux chinois en trois classes : émaux cloisonnés, champlevés et peints.

Les émaux cloisonnés ou émaux à cellules, s'obtiennent en appliquant de champ sur le métal qui sert de fond, un mince ruban de cuivre, d'argent ou d'or, qui suit tous les méandres de la décoration et divise la surface en autant de compartiments ou « cloisons » qu'il y a de parties à colorer. Ces cloisons forment sur la surface un réseau de métal dont Tartisan remplit les cellules avec des couleurs émaillées, d'abord réduites en poudre fine. On cuit ensuite

I. Maçoudi, le Livre de V avertissement et de la revision (trad. Carra de Vaux, p. 192).

On trouvera la savante discussion de M. Chavannes dans le Toung pao, série II, vol. v, p. 87, en note.

26o L'ART CHINOIS

la pièce dans une cour ouverte, uniquement protégée par un abri primitif en fil de fer, tandis que quelques hommes entourent le feu de charbon de bois et le règlent en agitant de grands éventails. Plusieurs cuissons sont nécessaires pour remplir entièrement les cellules et éviter les trous et les inégalités. Puis on polit la surface à la pierre ponce avant d'achever de la nettoyer au charbon de bois. Enfin, on dore le cuivre qui orne le pied et le col du vase, ainsi que le bord libre des rubans de métal qui viennent affleurer à la surface.

Les émaux champlevés, ou émaux à trous, sont également connus sous le nom « d'émaux enfouis » (imbedded) par opposition avec les émaux cloisonnés que Ton nomme aussi « émaux incrustés » (incrusted).

Dans les émaux champlevés, les concavités qui doivent enfermer les émaux se trouvent dans le bronze même, soit qu'on les y ait ménagées au moment du moulage, soit qu'elles y aient été creusées après coup au moyen d'outils à graver. L'art du champlevé a généralement précédé celui du cloisonné ; quelques-unes des pièces les plus anciennes qu'on ait en Chine, appartiennent à cette première catégorie; cependant nous ne possédons point la date exacte de l'introduction de ce procédé^

Nous savons déjà qu'au xiii^ siècle la conquête de l'Asie presque entière et d'une partie de FEurope orientale par les

I. Aujourd'hui on ne fait plus de champlevés qu'à titre de souvenirs historiques; on préfère un procédé plus moderne qui consiste à marteler le bronze pour obtenir des motifs repoussés dont les émaux viennent remplir les creux.

Byzance, on le sait, était au moyen âge le grand centre de l'industrie des émaux; il reste des spécimens importants des œuvres qui y furent produites tant en émaux champlevés qu'en cloisonnés.

On prétend que cet art remonte dans cette ville, au moins jusqu'à Justinien. On trouve pour la première fois le nom de smaltum dans une vie de Léon IV, écrite au ix^ siècle. Le moine artiste, Théophile, dans son ouvrage Diversarum Artiiim Schedula , encyclopédie des arts industriels de son époque, donne une description détaillée des procédés qu'employaient les émailleurs byzantins du x^ siècle. Leur méthode pour obtenir des cloisonnés,

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