FIG. 196. — - ÉLÉPHANT PORTANT UN VASE. ÉMAIL CLOISONNÉ
Provient du Palais d'Été près de Pékin.
Haut. 33 cent, i 2. 1011°:. 41 cent. 0 lô-
TSX.
Mongols ouvrit la route de la Chine aux arts industriels qui y étaient inconnus ; on a toute raison de croire que c'est vers cette époque que l'art des émaux fut pour la première fois pratiqué dans ce pays.
La cour que les grands Khans tenaient à Karakorum, en Mongolie, devint le lieu de rendez-vous d'une foule d'envoyés politiques, démissionnaires catholiques et nestoriens, de marchands et d'aventuriers venus de tous les points de l'Occident. Il y avait à Karakorum un quartier mahométan ; un certain nombre d'émigrés venant de Syrie et de Moscovie s'y assemblèrent après que les Mongols eurent envahi leurs pays. Q)uand le moine Guillaume de Rubruquis arriva à Karakorum en i23i, les premières personnes qu'il rencontra, nous dit-il, furent « maître Guillaume Boucher, orfèvre parisien, qui avait demeuré sur le Grand-Pont à Paris », et « une femme de Metz, en Lorraine, nommée Paquette, qui avait été faite prisonnière en Hongrie ». Ce Guillaume était l'orfèvre du grand Khan qui devait bientôt devenir empereur de Chine.
Comme nous l'avons vu, l'art de l'émaillerie pénétra dans le sud de la Chine par les Arabes, un siècle environ plus tard; c'est l'époque où, pour la première fois, on entend parler des Ta che yao^ « produits émaillés de l'Arabie », qui ressemblent, nous dit-on, aux Fo-lang k'ien « travaux incrustés de Byzance ». Ceci nous prouve que les
telle qu'il la décrit, est si remarquablement pareille à celle des artisans chinois de nos jours qu'elle confirme la théorie de filiation que nous avons exposée plus haut. La plupart des émaux byzantins étaient exécutés sur plaques d'or : et Théophile donne des détails complets sur la façon de couper les bandes d'or, de les appliquer à la surface du champ d'or, de pulvériser les verres colorés, de les placer dans les cellules que forme le filigrane et de polir la surface. Cet art fut pratiqué à Constantinople jusqu'au XIV® siècle, mais dans l'intervalle se produisirent des événements qui amenèrent la dispersion des ouvriers émailleurs dans toutes les parties du monde, en Orient comme en Occident. C'est à cette époque, sans doute, qu'il atteignit les frontières septentrionales de la Chine, probablement en traversant l'Arménie et la Perse.
émaux cloisonnés de Gonstantinople étaient déjà connus des Chinois au xiy^ siècle, et qu'il leur était possible de les comparer aux émaux apportés en Chine à cette époque par des vaisseaux arabes. M. Paléologue a sans doute raison dans ses conclusions [loc. cit.^ p. 23i), quand il assure que les Chinois apprirent le cloisonné par des artisans, voyageant à travers toute l'Asie et créant des ateliers dans les grandes villes qu'ils traversaient, comme firent, à peu près dans les mêmes conditions, ces petites colonies d'ouvriers Syriens qui parcouraient la France à Fépoque mérovingienne et y apportaient également les divers procédés byzantins.
Il ajoute que l'étude attentive des plus anciens cloisonnés chinois fournit des preuves de leur origine occidentale : « Ces œuvres présentent parfois, en effet, de singulières ressemblances avec certains émaux de Vécole byzantine : mélange d'émaux différents entre les parois d^une même cloison, emploi d'incrustation d'or pour traiter les figures et les mains, etc. »
Cette théorie, d'après laquelle les émaux chinois seraient apparus pour la première fois sous la dynastie Yuan ou Mongole, est confirmée par les « marques» que l'on trouve sous les pièces. Parmi les marques les plus anciennes connues figure celle du dernier empereur de la dynastie : Tche tcheng nien tche « fait dans la période Tche tcheng » (i34i- 1867 de notre ère). Le pied d'un vase brisé marqué Tche yuan nien tche fut présenté à une des séances de la Société orientale de Pékin comme ayant appartenu au fondateur de la dynastie des Yuan, le fameux Koubilai Khan qui régna sous ce nom de 1264 à 1294 ; mais on décida par la suite qu'il datait plutôt de la seconde époque Tche yuan (i335i34o) qui précéda immédiatement la période Tche tcheng.
La marque Tche tcheng apparaît parfois flanquée d'un couple de dragons sur fond d'ornements, le tout cloisonné
en émaux de couleurs ; une décoration analogue et tout aussi soignée se retrouve dans quelques exemplaires de la dynastie des Ming, qui succéda à la dynastie des Yuan en i368.
La marque la plus fréquente des cloisonnés Ming est celle de la période King t'ai (i45o-i456 de notre ère) ; elle se compose tantôt de quatre caractères (voir le brûle-parfums de la fîg. 191), tantôt des six caractères Ta Ming King f ai nien tche^ « Fait dans la période king-fai de la grande dynastie des Ming ». Il doit y avoir eu sous ce règne une importante renaissance de l'émaillerie ; à l'heure actuelle même, on se sert communément du terme king t'ai lan comme synonyme d'émaux cloisonnés ^
Les émaux de la dynastie des Ming se distinguent par la hardiesse de leur dessin et par une largeur d'exécution qui n'ont jamais été surpassées, unies à une profondeur et à une pureté de coloris étonnantes. Ils possèdent surtout deux teintes de bleu contrastant entre elles, un bleu sombre d'un ton de lapis-lazuli, qui n'a pas l'aspect terne et morne du bleu des blanchisseuses, et un bleu ciel pâle avec un soupçon de vert. Le rouge est d'un corail sombre plutôt que couleur brique, le jaune est d'un ton franc et pur. On ne se sert qu'avec modération des verts dérivés du cuivre ; quant aux rouges d'or, ils sont entièrement absents. Le blanc et le noir donnent des résultats moins satisfaisants, l'un manque de profondeur et d'éclat, l'autre est d'ordinaire trouble et boueux. L'effet général est merveilleux; cependant, un examen plus attentif révèle des tares légères dues à l'imperfection des procédés : un certain manque de poli dans la surface, et dans l'émail une ten-
I. Le règne de King-t'ai est contemporain du dernier siège de Constantinople par les Turcs Osmanlis qui plantèrent le Croissant sur ses remparts en Fan i453; si cet événement ne détermina pas l'arrivée d'un nouveau contingent d'artisans étrangers cherchant un refuge en Extrême-Orient, il y a tout au moins dans ce fait une coïncidence curieuse.
dance à se piquer d'une infinité de petits trous. On remédia à ce défaut, si fréquent dans les émaux du début, par des cuissons successives, au risque de nuire à l'éclat premier du coloris.
Sous la dynastie actuelle des Ts'ing, les règnes de K'anghi, Yong-tcheng et K'ien-long se distinguent par l'excellence de leurs émaux. Les œuvres produites sous le règne de K'ang-hi (1662-1722), tout en procédant d'une technique perfectionnée, gardent quelque chose du dessin hardi et du coloris robuste de la dynastie des Ming. Le styJe est simple et large, la couleur pure et riche, l'exécution vigoureuse. On peut voir de beaux spécimens de cette époque dans les temples bouddhiques des environs de Pékin, qui furent fondés sous le patronage de Kien-long, au cours de son long règne ; c'était en effet l'habitude de ce souverain de faire exécuter en émaux cloisonnés les vases à encens destinés aux sanctuaires ; on les fabriquait à ces manufactures du palais dont nous avons parlé, et on les consacrait au temple au moment de son inauguration ^
Les émaux de Yong-tcheng (1723-1735) ne diffèrent pas comme procédés de ceux de son prédécesseur. Quand l'héritier désigné monta sur le trône en 1722, sa première résidence à Pékin, située près du mur septentrional de la cité tartare, se transforma en temple selon l'usage, et devint le grand monastère lamaïque Yong-ho-kong. La lamasserie reçut en partage un certain nombre de services de vases rituels et autres accessoires d'autel, tous décorés selon le meilleur style de l'époque. On admirait un magnifique assortiment de cinq pièces : urne à encens, chandeliers armés de pointe, paire de vases à fleurs de près de deux mètres de haut, qui reposaient sur des piédestaux de marbre
I. Rappelons que ces ateliers furent organisés en 1680 et rattachés au ministère du Travail; la sixième section était consacrée aux manufactures d'émaux.
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FIG. 199. FIGURE LAMAÏQUE D UN BODIIISATTVA
Bronze doré, incrusté d'ornements en émail champlevé.
Haut. 20 ccnl. 1.3, base 13 cent, sur 10 cent. 3,4.