‹ L'art chinoisChapitre 73 sur 91 · I.ong. 34") cent. 4 10, larg. 1^7 cent . S · texte numérisé non relu

I.ong. 34") cent. 4 10, larg. 1^7 cent . S

Notre planche 228 reproduit une robe impériale brodée. Elle est en satin vert pâle, soies de couleur et fil d'or ; col et manches en satin bleu sombre avec broderies semblables ; doublure de damas de soie bleu pâle. Le bord inférieur s'orne d'une rangée de vagues aux crêtes frangées, et de symboles flottants qui viennent battre une montagne à trois sommets placée au centre. La robe tout entière est semée de nuages, de chauves-souris, de svastika et de caractères cheou de forme circulaire ^ ; dans les intervalles apparaissent des dragons impériaux à cinq griffes à la poursuite de disques enflammés, emblèmes de toutepuissance.

La couverture de satin rouge, brodée en soies de couleur et fils d'or (fig. 224), provient aussi du palais impérial, car elle est décorée d'un dragon à cinq griffes à la poursuite d^un joyau resplendissant, et d'un phénix avec une branche de pivoine au bec. Le fond est semé de menues branches d'autres fleurs stylisées, et de calebasses ; au centre est brodé un grand chouang hi, « joie double », symbole du bonheur conjugal, ce qui indique qu'elle était destinée à un trousseau impérial.

Les brodeurs chinois, et particulièrement ceux de Canton, se plaisent peut-être surtout à l'exécution de fleurs et d'oiseaux. On a rapporté en Europe des quantités de broderies cantonaises au cours des deux derniers siècles. Quelques artistes de cette ville travaillent presque exclusivement pour le marché européen; on peut comparer leurs œuvres aux

l'année et pour les diverses cérémonies, furent toutes changées sous le règne de K'ien-long. On a trouvé au Palais d'Eté de Yuan Ming Yuan un exemplaire d' un album peint à cette époque et sur lequel est apposé le sceau impérial; un certain nombre des illustrations qu'il contenait, intactes dans tous leurs détails, ornent maintenant les murs du British Muséum, où il est loisible de les consulter si l'on désire classer les vêtements officiels et leurs accessoires.

I. Ils signifient : « une myriade de siècles! », en chinois wan cheou, ce qui équivaut au japonais ban zaï [wan souei) « dix mille années ! »

papiers peints exécutés .dans la même ville et destinés aux maisons européennes \

Peut-être pourra-t-on se faire quelque idée de leur style d'après le panneau de soie brune de la figure 220 ; il est brodé de bourres et de soies vives, représentant des fleurs et des feuilles de lotus, d'autres plantes aquatiques et des hirondelles en plein voL II a de toute évidence été pris directement sur le cadre du brodeur, car le fond en est encore couvert du mince enduit de pâte blanche destiné à le protéger.

Autre modèle de broderie cantonaise (fîg. 227) : c'est une tapisserie de soie, montée sur rouleaux et ingénieusement brodée en soies de couleurs ; arbres, fleurs et oiseaux ; un saule couvre le champ de ses branches gracieusement pendantes; des pivoines arborescentes s'élèvent de rocailles découpées ; des hirondelles volètent autour des branches ; au centre du panneau, un martin-pêcheur ; au-dessous, deux cigognes sur le sol. Les deux colonnes de caractères chinois

I. Dès le milieu du xvi*^ siècle, des marchands espagnols et hollandais importaient de Chine des papiers peints ; ceux-ci arrivèrent jusqu'aux Iles Britanniques avant la fin du siècle suivant. M. A. G. B. Russell explique cette circonstance dans un intéressant article du Burlington Magazine (juillet 1905) ; il reproduit « un papier peint du xvii^ siècle, qui se trouve à Wottonunder-Edge », et il en cite plusieurs autres qu'on peut encore voir sur place à Ightham Mote, dans le comté de Kent et à Cobham Hall, domaine du comte de Darnley.

Le fond du motif mural est généralement une rangée régulière d'arbres chargés de fruits et de grosses fleurs. Comme le dit si bien M. Russell, « les lotus et autres plantes aquatiques s''élèvent de Veau pour décorer les intervalles entre les troncs d'arbres. Des faisans, des cigognes et des oiseaux au riche plumage sont posés sur les branches et remplissent V air environnant ; au-dessous, des canards nagent et plongent. Les couleurs sont éclatantes et harmonieusement combinées ; les oiseaux et les fleurs aux nuances variées brillent comme des joyaux dans la verdure olive pâle ou vert bleuâtre sombre du feuillage. La disposition toute entière du motif est habilement subordonnée aux nécessités décoratives, et Von admet franchement la surface plane du mur sans faire aucune tentative pour obtenir des effets de relief ou de perspective. »

Les mêmes mots pourraient presque servir à caractériser les tentures de soie, portières, et grands écrans ornés de broderies que 1 on n'a pu songer à reproduire ici à une échelle convenable.

brodées sur cette tapisserie indiquent, en une strophe poétique, le sujet du panneau, le nom de l'artiste, celui du brodeur Liu Che et de son atelier ; ce dernier nom se retrouve en caractères archaïques sur le cachet apposé à la fin de l'inscription.

La tenture de satin blanc reproduite sur la même page (fig. 226) est plus ancienne et provient plutôt de Sou-tcheou ou de quelque autre ville de la Chine centrale. Elle est brodée de soies de couleur, points longs et points courts, et fils d'or à plat. C'était évidemment un panneau d'écran. Au premier plan, une dame avec un éventail et une jeune fille tenant des fleurs; à terre, des tiges de fleurs et quelques barreaux d'une claire-voie ; par derrière, des arbres en fleurs s'élancent d'une rocaille à peine indiquée ; les intervalles sont remplis d'oiseaux, de papillons, de libellules et d'autres insectes. L'aspect général est celui d'une composition du début du xviii^ siècle.

L'art des tapis est en quelque sorte intermédiaire entre le tissage et la broderie. Bien que les tapis s'exécutent sur un métier, comme les véritables tissus, et sur une chaîne tendue en travers du cadre, leur trame n'est point formée au moyen d'une navette ni d'aucun autre instrument de ce genre, mais par de nombreux fils courts, de nuances variées, introduits à l'aide d'une aiguille, ou noués avec les doigts. On ne saurait non plus parler de broderie, malgré les ressemblances, car on n'exécute pas les tapis sur une toile, ayant trame et chaîne, mais sur une série de fils fins étroitement tendus les uns près des autres. Les tapis se rapprocheraient plutôt de la tapisserie proprement dite, bien que leur usage ne soit peut-être pas aussi ancien \

I. Le texte anglais présente quelque obscurité, le mot « tapestry » y étant certainement employé, à quelques lignes d'intervalles, dans des sens assez différents. — N. d. t.

2^a L ART CHINOIS

C'est en Egypte et à Babylone que l'on signale pour la première fois Tart des tapis. Les Chinois, comme les Européens, semblent l'avoir emprunté à l'Asie occidentale. A l'heure actuelle, la plupart des ouvriers qui s'y adonnent au nord de la Chine sont mahométans, et les motifs qu'ils affectionnent trahissent des influences qui n'ont rien de chinois. Ils se servent d'un métier haut et vertical auquel plusieurs hommes travaillent à la fois, nouant sur la chaîne, touffe par touffe, tous les matériaux du dessin, qu'ils emploient la laine ou la soie. Le motif se développe à l'envers du métier, près duquel se tient le contre-maître chargé d'indiquer tout changement nécessaire au cours de l'exécution du travail. Les franges que l'on laisse en haut et en bas de l'ouvrage terminé sont en réalité les bouts des chaînes.

Pour les grands tapis destinés à recouvrir les parquets, les Chinois emploient des matières premières du genre feutre, tels que le poil de chameau ; ils les teignent en leur laissant des bordures décoratives en noir et rouge; ils y mélangent parfois des laines de couleur. Les tapis de plus petite taille sont destinés à recouvrir l'estrade — W aiig — qui se trouve à la partie supérieure de la pièce, et sur laquelle on dispose des coussins dans la journée pour la transformer en lit le soir. Dans les temples bouddhistes, on trouve des tapis carrés sur lesquels s'agenouillent les fidèles et qui sont décorés de motifs appropriés. Quelques très beaux tapis servent aussi pour les housses et pour les harnachements de ehevaux à l'occasion des processions ; ils sont souvent d'un dessin élégant et d'une exécution parfaite.

Les tapis de soie sont à peu près semblables aux tapis persans, hindous et turcs pour ce qui est de la qualité des matières employées ; ils n'en diffèrent que par les détails de la décoration. Celui de la figure 228 est fait de soies de couleurs variées; dessin géométrique et ornements floraux

FIG. '2'li). — PETIT TAPIS DE YARKAXD. XIX*^ SIECLE

Long. 238 cent. 3,4, larg. 120 cent. 1,2.

FIG. 'l'io. KOU KAI-TCHE. IV^ SIECLE AP. .) ÉSUS-CHRIST

Linstitutrice de la cour écrivant son livre. British Muséum.

Long, du rouleau 133 cenl. 1,3, larg. 74 ccnl. 1/2.

FK;. 23 I. HAN KAN. VIIl^ SIECLE AP. JESUS-CH15IST

Jeune Rishi ù cheval sur une chèvre. British Muséum.

Lou:^. tJo cent. 4,10, lai-g. 42 ccnl. 1/2.

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symétriques ; fond bleu dans le centre , bordure rouge orange *.

Le tapis de laine de la figure 229 vient de Yarkand (Turkestan chinois) ; ses motifs de décoration sont à peu près analogues, mais leur disposition rappellerait plutôt l'Asie centrale que la Chine. Quelques détails pourtant sont de tous les pays, notamment le motif de svastika que Ton aperçoit sur la bordure extérieure en bandes de grecque alternativement noire et blanche.

I. Ce tapis, d'origine mandchoue, figura à l'Exposition internationale des Inventions (i885) ; il y fut acheté au prix de 1.626 francs.

Nous voici parvenus à notre dernier chapitre; ce n'est pas le moins important.

L'étude de la peinture chinoise embrasse un champ très vaste; l'espace limité dont nous disposons ne nous permettra qu'une esquisse rapide.

En Chine, comme partout ailleurs, la peinture est passée par les étapes d'une longue évolution. Son développement fut en somme tout indigène, sauf une influence fortuite venue d'Occident. C'est ce que démontre le professeur Hirth dans son article Fremde Einflilsse in der chinesischen Kunst (1896) ; il y étudie la peinture primitive suivant un classement chronologique :

/. — Des temps les plus reculés jusqu'en ii5 avant Jésus- Christ, Période de développement spontané.

IL — De ii5 avant Jésus-Christ jusqu'en 67 de notre ère. Période d'influence gréco-bactrienne .

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