KT L ECOLE ALLEMANDE
l’avons dit , grâce à ranglicanismo , au méthodisme, quakerisme, anabaptisme, et à toutes ces innombrables sectes entre lesquelles, de l’autre côté de la Manche, est tiraillée celte prétendue indépendance de la pauvre raison humaine, dans le genre religieux, le thermomètre de l’inspiration est de quelques degrés au-dessous de zéro.
ïi’Ëcole Allemaïule.
Venons à l’École Allemande pour laquelle nous ne dissimulerons pas une haute estime et de vives sympathies, parce que là, plus qu’ailleurs, on prend l’art au sérieux; l’art à Dusseldorf, à Munich, à Dresde, est une carrière à part; on ne s’y destine pas sans être appelé, et, assuré de sa vocation, on s’y prépare comme à un sacerdoce dans le recueillement de l’étude, par un austère et laborieux noviciat. Ces nobles artistes, hommes d’intelligence et de cœur, chrétiens fervents pour la plupart, pénétrés de la gravité de leurs devoirs, tremblent à l’idée de la responsabilité qui pèse sur eux. Ils savent tous les ravages que peut causer une fatale inspiration rendue vivante sur la toile ou sur le papier et que le burin plus tard multiplie à l’infini. Que d’âmes troublées, perdues peut-être
l’art chrétien
par cette imagination dangereuse qu’en se jouant le crayon a fixée d’une manière presque indélébile ! Aussi craignent-ils de profaner les riclies facultés , dons du Ciel, et ils ne sacrifient pas les intérêts les plus sacrés aux xils calculs de la cupidité. Puisse longtemps durer, dans cette École régénérée, la sainte ardeur de l’enthousiasme qui fait, nous diton , des maîtres comme des disciples , autant de modèles dont se glorifient égalemeut l’Art el la Religion !
Au moment môme où les autres Écoles se précipitaient de plus en plus dans le matérialisme, Overbeck, converti par l’art au catholicisme, avait la gloire de renouer, après trois cents ans, cette chaîne de la tradition chrétienne dans fart, brisée parla prétendue Renaissance qui ne fut qu’une résurrection et une invasion du paganisme. A dater de Raphaël, qui subit trop la fascination de ces chefs-d’œuvre de l’antiquité, exhumés tout à coup des décombres, la fatale rupture commence. Le Sanzio oublie presque, en se corrigeant des défauts réels, de la roideur et de la sécheresse du Perugin, son maître, les qualités qu’il fallait conserver ; il ne se souvient plus assez de ce caractère si profondément chrétien , l’éternel honneur de l’École Ombrienne, et si Raphaël surpasse les Fiesole, les Gozzoli, par la science, par l’élégance, par la merveilleuse perfection extérieure, il leur reste grandement inférieur dans l’expression
ET l’École allemande.
du sentiment religieux ; il ne parle pas, avec un langage aussi convaincu et aussi persuasif, ce divin langage de la foi.
Michel Ange, ce tout-puissant génie, l’orgueil de l’École Florentine, se détourne plus encore du vrai but de l’art par la fierté exagérée de sa manière , et Milizia , qui n’est pas toujours un guide sûr, a eu raison de dire : Jj'im carattere fiero e inllessihle le sue opéré sono riuseite piii terribili clie belle.... Seppe pi^ofoiidamente Vanatomia e ne face si grande pompa pe'dantesea che oblio la bella natiira.,.. Le artieolazioni delle sue figure sono grossolane , le earni troppo rotondi e i muscoU troppo grandi d’una forza aguale, etc.
Léonard de Vinci témoigne , par scs écrits surtout, qu’il voyait fart de plus haut; mais-, parla mobilité prodigieuse de son génie qui se dispersait en mille manières, Léonard, à la fois ingénieur, architecte, mécanicien, poëte, musicien, mathématicien, sculpteur, et peintre à ses heures, n’a pu confirmer assez ses préceptes par l’autorité des exemples.
Gorrège, le roi de l’École Lombarde, ce grand maître dans l’art difficile du clair obscur, tout entier à la recherche des mystérieuses combinaisons de la lumière avec les ombres, eut peu le loisir de songer aux expressions. D’ailleurs, lui aussi, dans l’Art chrétien voyait surtout l’art, et ce meme pinceau qui représentait les sujets les plus augustes,
L AUT cHR!':rii:.\
il le souillait par les imaginations impures de la mythologie, témoin les Satyres et les Lécla.
L’École Vénitienne n’oublia pas moins le but élevé de l’art, mais d’une autre façon. Elle se passionne, avec le Titien oiiPaul Veronèse, pour les carnations splendides, pour les draperies magnifiquement déroulées et qui nous éblouissent de leurs chatoyants reflets et de ces tons harmonieusement éclatants dans lesquels sont prodigués les trésors d’une inépuisable palette. Mais dans ces merveilles de l’art, môme alors qu’elles représentent des sujets chers à la foi, les Noces de Cana, l’Adoration des Bergers, les Disciples d’Emmaüs, la Vierge Sainte et le divin Enfant, les yeux seuls sont fascinés, et ces superbes tableaux, auxquels l’Évangile a servi de texte ou mieux, de prétexte, ne disent rien au cœur du chrétien. Aussi dans les chefs-d’œuvre de l’École Italienne, chrétiens par le sujet, c’est presque toujours l’inspiration religieuse qui fait défaut. Tout au moins elle ne s’y révèle qu’isolément, et comme par accident; ainsi, dans le tableau du Titien, Jésus-Christ porté au Tombeau, où respire un sentiment si profond, encore que ce soit peut-être une tristesse trop humaine, et que la tête du Christ, heureusement dissimulée dans la demi-teinte, laisse trop à désirer.
De l’École Flamande, après Van Eyck et Quentin Metzys, il n’en faut point parler au point de vue chrétien, ce fut là son moindre souci. Le repré-
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sentant le plus illustre de l’École, Rubens, ce prodigieux coloriste que nous admirons plus que personne, dans les prodigalités de sa palette, à travers les bacchanales d’un génie hors ligne, a-t-il jamais rencontré la véritable expression religieuse ?
Quoique tout d’abord docile aux influences de l’École Italienne , dont les maîtres , devenus les nôtres, furent l’objet de la meme vénération, l’ancienne École Française a pourtant ce bonheur de pouvoir montrer deux illustres peintres chez lesquels avant tout la pensée ou le sentiment domine : Poussin qui, par tant d’œuvres d’une gravité magistrale, atteste les préoccupations d’un esprit supérieur; Lesueur, plus admirable sans doute par la sublimité des expressions , par cet accent si profondément religieux qui nous émeut dans ses belles compositions, et qu’il ne devait qu’à la ferveur d’un cœur convaincu ; car n’ayant jamais vu l’Italie , son rêve , il ignorait toutes ces merveilles de l’Art chrétien primitif, à la contemplation desquelles son génie eût certainement profité beaucoup. Nul doute qu’ alors il eût donné à son style quelque chose déplus grandiose dans les types moins humains et individuels.
M. Overbeck , plus heureux, avait vu de bonne heure l’Italie , et, préparé qu’il était par de saines études, grâce surtout aux nobles tendances d’un esprit élevé, devant ces œuvres naïves des Fiésole, des Gozzoli, des Carpaccio, si vraiment pieuses, si
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admirables par l’onction toutes radieuses d’expressions célestes , et qui trahissent les illuminations d’une foi ardente dans sa sérénité, Overbeck se sentit éclairé d’une soudaine lumière. Il comprit, avec la rapide intuition du génie , quel vaste champ laissé inculte après les premiers défrichements s’ouvrait à l’art nouveau, à l’art sérieux,
qui voudrait ne pas dédaigner les enseignements de la tradition chrétienne. Docile à cette heureuse inspiration , il sut admirablement la traduire dans ses œuvres , où la foi des siècles primitifs s’unit à une forme plus savante , comme à l’originalité des conceptions , originalité qui ne perd rien à la fécondité de ce laborieux crayon. Une imagination brillante et une science vaste qui se nourrit des fortes lectures offrent au grand artiste, avec le trésor plus précieux de ses saintes croyances, une mine toujours aussi riche et qu’il n’est pas près d’épuiser, quand il vivrait , et plaise à Dieu ! de longues , longues années encore. Beaucoup de ses nombreux dessins , venus pour ainsi dire au courant du crayon , sont des chefs-d’œuvre dont les yeux et surtout le cœur ne peuvent se détacher. Que de pages admirables, émouvantes, sublimes, parmi ces quarante compositions , commentaire animé, dans lequel le grand artiste chrétien interprète d’une manière si saisissante les plus beaux et les plus touchants passages des Évangiles. Ce ne sont là que des dessins reproduits par la gravure ,
et pourtant avec les expressions si vives et si pathétiques , avec la composition si nouvelle , quel puissant effet, l’on peut dire meme quelle couleur! par exemple, dans le Reniement de saint Vierre et dans le Jésus conduit à Pilate^ etc., etc., M. Overheck est dessinateur plutôt que peintre; néanmoins on cite de lui un certain nombre de tableaux auxquels on ne reproche c[u’une touche parfois un peu maigre et une couleur un peu pâle. Ces critiques ne semblent pas devoir s’appliquer à cette belle composition du Triomphe de la Religion, dont les premiers plans surtout sont brillamment accusés ; V Assomption de la Sainte-Vierge , pour la cathédrale de Cologne, mérite les mêmes éloges.
A côté de M. Overheck se place tout naturellement un autre grand artiste dont l’influence sur l’École Allemande ne fut pas moindre, M . Cornélius qui, dans sa manière grandiose, se souvient d’Orcagna et de Michel-Ange , mais s’en souvient en chrétien ; témoin son magnifique Jugement dernier cjui ne craint pas la comparaison avec l’œuvre colossale de la chapelle Sixtine. Si Cornélius est inférieur pour l’exécution , combien il l’emporte par la sainte majesté de la composition, par la hauteur chrétienne de la pensée, par la sublimité des expressions ! Voilà bien ces solennelles assises du genre humain, qui inspirèrent Bossuet dans un de ses admirables sermons ; il y a
LAKT CHRETIEN
là comme un retentissement de cette grave et forte parole. On y sent le grand souffle chrétien et l’on croit ouïr ces accents tour à tour terribles et pathétiques vibrant dans cette hymne magnifiquement lugubre du Dies irœ que l’Église fait gémir consolante à l’oreille des morts, ou formidable éclater comme un tonnerre aux oreilles des vivants, plus sourds souvent que ceux-là meme dont l’invincible sommeil appesantit la paupière.
Entendez-vous, entendez-vous, ô hommes tout entiers à la terre :
Mors slupebit et natura
Cùrn resurget creatura
Judicanti responsura.
Quid sum miser tum dictarus?
Ces angoisses et ces menaces, M. Cornélius nous en a donné avec son pinceau une saisissante traduction ; il a fait lui aussi son Dies iræ. Mais dans son œuvre, point de ces amalgames qui rappellent les immondes chimères de la mythologie ! Point de Caron poussant la barque, et surtout point de ces nudités brutales, que nous étale si audacieusement Michel-Ange , pour la puérile satisfaction de mettre en relief son savoir anatomique. On n’est pas tenté de sourire en voyant aux prises avec les démons ces damnés qui, avec des ex-
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pressions où se trahissent la suprême angoisse et l’infini désespoir , et avec de tels elïrois, se débattent contre les mains implacables à l’envi les poussant au gouffre. De l’autre côté, dans une admirable opposition, montent les groupes des élus, emportés d’un vol sublime et que les anges accompagnent plutôt qu’il ne les soutiennent. L’œil se repose avec bonheur sur ces figures, la plupart merveilleusement belles par leur pureté séraphique et qui, dans leurs expressions variées, expriment ou le premier et joyeux étonnement du réveil, ou le calme ravissement de l’extase. Nous aimons aussi beaucoup l’archange saint Michel, qui, avec la sérénité de la force , debout , armé du glaive, entre les élus et les démons , menace les uns et protège les autres. Au sommet du tableau le Christ sur son trône, entouré de la Sainte- Vierge, des Apôtres, des Saints et des Martyrs, immortel concile, domine heureusement la composition.
M. Cornélius avait envoyé à l’Exposition universelle quelques-uns des immenses cartons qui lui ont servi pour les peintures du Campo-Santo à Berlin et qui témoignent chez l’artiste de si profondes méditations et de si vaillantes études. La récompense la plus illustre décernée à Cornélius par le Jury, écho de l’opinion publique , prouve que l’on a su apprécier à leur valeur ces œuvres de génie. Religieuse et poétique à la fois nous apparaît cette belle composition de la Jérusalem cé-
leste. Mais quelle effrayante peinture que ce tableau des Anges versant sur la terre les fléaux de la colère divine ! Le frisson vous saisit à la vue de ces personnages étranges , messagers d’horreur et d’épouvante. Comme elle dévore l’espace -sur son cheval pâle et tient fortement de ses mains de squelette la faux implacable, cette mort enveloppée â demi de son linceul dont le reste flotte au vent en sinistre étendard et devant laquelle les générations terrifiées , femmes , enfants , vieillards , jeunes hommes, fuient et se précipitent jonchant le sol de victimes qui se tordent dans les convulsions de l’agonie !
On reproche à ces admirables cartons la longueur exagérée de quelques figures, et c’est là un défaut auquel paraît enclin le grand artiste, avant tout préoccupé de la ligne et du mouvement.
Les peintures du Campo-Santo ne sont pas terminées, et cet immense labeur occupera longtemps encore M. Cornélius. Mais des gravures faites au trait et avec un remarquable talent permettent dès à présent d’apprécier cette œuvre gigantesque dans l’ensemble et les détails. Et certes le génie de M. Cornélius semble n’avoir jamais été mieux inspiré. On ne se lasse pas d’admirer la majesté du style, la savante pondération des groupes, cette prodigieuse variété d’expressions, de mouvements et d’attitudes, en meme temps que cette forte unité d’un lien invisible qui rattache l’iine à l’autre tant
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de scènes si différentes. La catastrophe de la mort d’Antiochus, par exemple , contraste avec le Martyre de saint Étienne^ page tragique aussi , mais d’un tout autre caractère. Si d’un côté, dans ce tableau, apparaît la violence, par la rage des Juifs , qui lancent à l’envi des pierres dont ils écrasent la victime, de l’autre côté, le saint, doucement étendu à terre, les regards au ciel et la figure rayonnante, est admirable dans l’ineffable tranquillité de son agonie, qui ressemble au plus paisible sommeil. Chez M. Cornélius cependant, penseur autant que peintre, les expressions fortes dominent ; et nous comprenons très-bien que les allures de ce génie inculte, que son coup de crayon souvent rude , soient peu du goût de nos délicats bourgeois , curieux de la peinture brillantée et blairotée. Nous ne nous étonnons pas davantage que les œuvres de Cornélius déplaisent, comme toute l’École Allemande au reste, trop catholique, cà certains critiques , queue attardée de Voltaire, qui ont la prétention peu neuve d’inventer une religion plus à leur convenance que la véritable, et en attendant avisent à démolir celle-ci. A cet effet, nous les voyons, armés de leur petite plume, frapper d’estoc et de taille contre ce roc immuable de l’Église,' sur lequel, depuis 'des siècles, se sont brisés des milliers d’hérésiarques, quelques-uns Titans de génie et d’orgueil , comme aussi tant de violents persécuteurs , colosses de puissance sou-
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veut, traînant après eux des meutes de satellites et de bourreaux.
Il ne faut pas craindre d’avouer au reste que le talent de M. Cornélius, si éminent qu’il soit comme pensée, nous laisse à regretter des lacunes dans l’exécution : parfois il pèche par la roideur, un modelé insuffisant, le manque d’élégance, et, nous dit-on aussi, par une couleur un peu triste; mais comme l’a fort bien remarqué un judicieux critique, ces génies créateurs, occupés de frayer la voie, ne peuvent tout entreprendre k la fois. La pensée souvent les absorbe ou les presse, les entraîne avec une impétuosité qui laisse à peine à la main le temps d’obéir ! ce labeur ingrat du défrichement leur donne peu de loisir pour le reste. Mais qu’importe si, dans ce sol, naguère inculte qu’ils ont ensemencé les premiers et baigné de leurs sueurs, d’autres viennent bientôt pour achever la tâche commencée et nous faire admirer les moissons splendides! De Cornélius et d’Overbeck, il ne faut pas séparer leurs deux amis Schadow et Veit; artistes éminents aussi, celui-ci par de sérieuses et nobles compositions : les Saintes Femmes au tombeau, V Introduction de la Religion en Allemagne, l’autre, en outre de son mérite comme peintre, apprécié pour son talent rare et son infatigable dévouement comme professeur. Ces quatre illustres maîtres, qui s’étaient liés d’une étroite amitié et qu’à Rome on appelait les Nazaréens, donnèrent l’impul-
sion àTÉcole Allemande, soit par leurs œuvres, soit par renseignement direct, et dans tous les jeunes cœurs ils rallumèrent la sainte flamme de l’enthousiasme. Aussi l’École, qui depuis trop longtemps se traînait dans l’ornière d’un classique suranné, put montrer bientôt toute une pléiade d’artistes d’élite. Elle couvrit les murs des églises et des palais de ses œuvres originales, grâce, il faut le dire, à la généreuse initiative des souverains, des rois de Prusse et de Bavière en particulier. Le roi Louis , un monarque comme en rêvent les artistes et les poètes, un Médicis couronné, dans sa noble passion des arts, sut, en quelques années, faire de la petite et insignifiante Munich une sorte d’Athènes. Le roi de Prusse, non moins zélé, se plut, en honorant les grands maîtres nouveaux, à encourager ce mouvement artistique si glorieux à sa nation, mais dont le caractère catholique aurait pu faire craindre, chez le souverain protestant, d’étroites préventions. La protection large et intelligente de ces monarques dut aider beaucoup au triomphe de l’École Allemande, qui, par de beaux tableaux , par de magnifiques dessins surtout que la gravure multiplie à l’infini et que la foi porte aux extrémités du monde, sut attester partout sa résurrection.
Longue serait la liste si nous voulions rappeler tous les artistes dont elle s’honore aujourd’hui. Citons quelques noms seulement, les premiers qui, après les maîtres dont nous avons parlé, s’offrent à
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notre pensée: Deger, Bendemann, Fuhrich, Steinle, Muller, Ittenbacli, Meyer, Mintrop, Jules Schnorr, Kaulbach, etc. Deger se distingue par une couleur vigoureuse, mais dont le brillant s’atténue de teintes un peu sombres ; il a peint en partie, sur les bords du Rhin, la belle chapelle de Sainte-Apollinaire, et maintenant il termine pour le roi de Prusse celle de Stolzenfelds près Coblentz. Bendemann, talent à la fois poétique et grave, aimable et sérieux, est fort goûté en Allemagne. Jérémie pleurant sur les ruines de Jérusalem, page d’une désolation poignante, le super FluminaBabylonis, d’une tristesse moins amère et querespéranceadoucit,nousoifrent, avec des expressions senties , des types de beauté touchante sinon d’un caractère parfaitement oriental. Le burin a rendu populaire au delà du Rhin le charmant tableau des Jeunes filles à la fontaine, si gracieusement mélancoliques. Mais l’œuvre capitale de Bendemann est son Histoire de la vie humaine qui déroule sous nos yeux toute une suite de scènes tour à tour riantes, graves ou pathétiques que la féconde imagination de l’artiste ernbêllit, dans leur variété , de mille ingénieux détails. Fuhrich, artiste supérieur , dessinateur excellent et graveur habile, possède au plus haut degré le style, le style, cette grande qualité des artistes allemands , chez nous si rare, il faut le dire. Après les admirables compositions du Triomphe du Christ, de Geneviève de Brabant, entre autres, dessinées et gravées par
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lui, Fuhrich vient d’ajouter encore à sa réputation par cette œuvre magistrale de la Confirmation des Apôtres. MM. Ittenbacli, Meyer et Muller brillent par leurs œuvres à l’Exposition où nous les retrouverons. On doit à M. Steinle, entre autres choses, les fresques monumentales de la cathédrale de Cologne.
M. Mintrop est cet artiste, qui , pendant 30 ans enfoui dans un village , dessinant et peignant d’instinct, nouveau Giotto , avec cette différence qu’il était laboureur et non pâtre , fut découvert par un autre Gimabué non moins généreux que l’autre, et put quitter, grâce à lui, la charrue pour les crayons. Après deux années d’études seule- 'ment, mais d’études austères, un dessin, où déjà se révélait le maître, et signé Mintrop, représentant des Enfants jouant avec un bouc, apprit aux élèves de l’académie que l’École comptait un grand artiste de plus. D’autres œuvres ont suivi qui n’ont point menti à ces promesses ; tout récemment encore nous admirions un Enfant Jésus au milieu des Anges, dont la gravure va paraître. Chose étrange, ce villageois, ce laboureur , cet homme rustique, affectionne d’une prédilection singulière les sujets gracieux, et nul peut-être ne l’égale pour rendre, chose difficile , avec cette élégance et cette vérité, les formes rondes de l’enfant, en marquant, sans les accuser trop, leurs vagues contours d’une délicatesse presque insaisissable.
M. Jules SchnoiT, connu déjà par deux grandes fresques , avec ce mâle courage qui se sent sûr de la persévérance, a entrepris une illustration de la sainte Bible, qui ne comptera pas moins de 2à0 dessins d’une assez grande dimension. Trois livraisons de l’édition française ont déjà paru chez MM. Schulgen et Schwan, et elles ne laissent aucun doute sur le mérite de l’ouvrage. La plupart de ces dessins, malgré leur cadre restreint , par l’élévation du style , l’ampleur de la composition , et le beau caractère des figures toutes bibliques, nous impressionnent autant et plus que de grands tableaux; ces gravures sur bois égalent presque, grâce à la fermeté de la taille , les planches sur cuivre. Citons, entre celles qui frappent davantage , le Déluge, la Tour de Bahel, les Saintes Femmes au tombeau. Avec notre sincérité habituelle, nous avouerons que quelques dessins nous ont moins satisfait que ceux-ci , par exemple, le Baptême de N otre-Seigneur par samt Jean ; le travail de la gravure en certaines parties semble grossier ; le Christ tout entier, soit la faute de l’artiste ou celle de son interprète, est peu noble de formes et, croyons-nous, incorrect comme dessin. Ces rares défaillances ne diminuent en rien notre haute estime pour le talent de M. SchnoiT. Ajoutons que cet artiste est un écrivain distingué, un critique habile, et naguère encore dans une suite d’articles qui firent rumeur à Berlin, il appréciait, avec l’autorité de son talent
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et de son caractère, les tendances blâmables de certaines peintures de M. Kaulbach , de qui nous sommes tout naturellement appelé à parler.
M. Kaulbach, protestant, rationaliste ou mieux peut-être trop uniquement artiste, fait schisme et trace à l’écart son sillon. C’est d’ailleurs un maître d’une haute intelligence, d’une imagination hardie et féconde ; ses compositions saisissent par un aspect grandiose , et à travers une poésie un peu matérielle, on y sent le cachet à la fois de la force et de la grâce. Habile à remuer les masses, à disposer les groupes, à faire contraster les habitudes, dessinateur savant, il accentue d’un ferme crayon des formes qui se distinguent par la vigueur et par l’élégance; il jette hardiment les draperies. Le carton de la Tour de Babel, vaste composition que la gravure a reproduite, nous semble résumer toutes les remarquables qualités de M. Kaulbach. Dans cette page pourtant, malgré son caractère d’incontestable grandeur, le peintre est surtout historien ou poète, poète panthéiste a-t-on dit, et l’on n’y sent point le vrai souffle biblique. M. Kaulbach est généralement moins heureux, il est inférieur dans les expressions. Les quatre pendentifs dans lesquels s’encadre la Tour de Babel, cartons des peintures de l’artiste dans l’escalier du Musée de Berlin, en sont la preuve. Ils représentent V Histoire, la Tradition, Solon, Moïse. Dans ces quatre figures, bien posées d’ailleurs, et qui nous
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offrent dans l’ensemble de belles études de nu et de draperies, les têtes nous semblent assez peu réussies. L’Histoire, à laquelle sans doute l’artiste voulait donner un visage impassible comme celui du Destin , ne nous présente qu’un insigniliant profil , sans poésie et sans majesté. Nous ne ferons pas ce reproche à la Tradition ; celle-ci est plus que caractérisée : la fixité de ses yeux noirs et farouches , ses traits carrés , surtout ses lèvres épaisses, la font ressembler à une négresse ! Mais sur ce front aplati comme dans les yeux d’ailleurs peu d’intelligence. Le Solon est superbement posé et drapé ; mais lui, législateur, dont l’âme sereine doit rayonner dans le calme du visage, comment a-t-il , en se penchant sur son livre , de ces regards étranges qui ressemblent à l’égarement de la folie? La tête du Moïse, hautaine et vulgaire â la fois, et qui se tourne vers les violateurs de la loi avec l’air de la menace, exprime énergiquement la colère, mais la colère d’un homme et non celle du prophète , dont le visage transfiguré foudroyait les coupables par de tels éclairs. 11 est malheureux que M. Kaulbach , avec une si belle intelligence, ne comprenne pas tout ce qu’il perd à se séparer de l’École chrétienne , et peut-être , par une aberration de l’orgueil, à s’oublier envers elle jusqu’au dédain. Dans les sujets d’un ordre supérieur, et non pas seulement religieux , l’expression vraie, ces inspirations tout â fait
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sublimes dont s’illumine l’œuvre de l’artiste, lai font souvent défaut, parce qu’il lui manque la conviction , la sainte lumière que rien ne remplace. M. Kaulbach , sans doute, n’en est plus à ces imaginations impies et licencieuses qui ont déshonoré ses débuts par les illustrations d’un détestable poëme; il semble aujourd'hui tourmenté de la noble ambition de traiter les grands sujets ; mais le passé , qu’il ne répudie qu’à demi, pèse encore sur lui en fardeau gênant. La Poésie, qu’il a roulée dans la fange et n’a pas su purifier à la source céleste , lui garde toujours un peu rancune.... Les récentes illustrations de Macbeth, dont les compositions sont si dramatiques , l’exécution si 'savante , semblent témoigner de ce combat intime et prouvent aussi les efforts de l’artiste pour atteindre à l’expression véritable. Mais, nous le répétons en terminant, combien son génie, appesanti dans son vol, ne gagnerait-il pas à se sentir soulevé par la Muse chrétienne !
Notre estime et notre admiration pour l’École Allemande ne nous aveuglent point jusqu’à nous faire illusion sur ses défauts, d’ailleurs singulièrement exagérés par la critique. Sans lui contester, hormis ces gens de parti avec lesquels on ne discute pas , sans lui contester précisément le grand art de la composition , les belles et touchantes expressions, comme riiabile maniement d’un crayon savant, les aristarques, môme bienveillants.
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se plaignent chez elle de quelque roideur, et qu’exclusive, en s’inspirant des maîtres primitifs, elle ne reproduise pas seulement leurs qualités. Nous ne dirons pas que ces reproches soient toujours mal fondés! On se récrie plus haut encore sur la manière de peindre des Allemands , sur leur touche tantôt mesquine et tantôt rude, sur leur coloris , dit-on, faux, déplaisant, ou bien aride à la façon d’un camaïeu. Dans ces critiques, excessives quand on les généralise, nous ne contestons pas qu’il y ait du vrai pour certaines peintures murales des maîtres eux-mêmes. Mais ces côtés défectueux de leurs œuvres , et très-regrettables assurément , doivent-ils empêcher d’y reconnaître les grandes qualités par lesquelles elles se recommandent? Le coloris de l’École Allemande un peu calomnié, croyons-nous, tend au reste à s’améliorer, et il faut le dire , les tableaux envoyés par elle à l’Exposition universelle ne semblent pas justifier tou es les sévérités d’une critique prévenue sans doute. Plus d’un amateur qui ne connaissait l’Artallemand que par les ouï-dire, a été agréablement surpris par quelques-unes de ces toiles. Sûrement on n’en est point à reprocher aux artistes les prodigalités d’une trop riche palette ; l’œil ici n’est point flatté par la facilité de la touche, ébloui par le luxe du coloris vénitien ; mais la couleur de MM. Muller et Ittenbach est très-suffisante pour les sujets qu’ils traitent surtout. Disons plus : elle charme par une
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fraîcheur virginale qu’il est trop rare de rencontrer dans les tableaux modernes. Il y a dans celte belle et tranquille peinture une simplicité d’exécution en même temps qu’une sérénité qui annonce bien le recueillement d’une âme toute chrétienne pour laquelle le travail n’est que l’elfusion de la prière. Quelle onction dans cette Eucharistie de Muller î Quelle divine majesté dans la tête du Sauveur! Comme la foi rayonne sur le visage des Apôtres ! Et dans ces Vierges, quelle grâce céleste ! Quel caractère à la fois saint et suave ! Elles sont bien la Vierge des Vierges, Virgo Virginum, la Mère divine, Mater divinæ Gratiæ, telles que la piété les rêve, et non point de ces madones belles d’une beauté tout humaine et souvent profane ! La sublimité des types et les expressions vraiment idéales, avec le grand art de la composition, voilà le triomphe des Allemands, auxquels d’ailleurs on peut reprocher, comme je ne l’ai pas dissimulé, parfois la timidité de la touche, un faire pénible, une peinture comme tendue ou qui incline au léché. On n’y sent pas assez la grâce d’un pinceau moelleux, ou, comme on dit à Venise, la morbidezza, admirable mot que notre langue envie à la langue italienne. Mais ce sont là des défauts relativement légers; une pratique persévérante, l’étude de la nature, qu’il ne faut jamais cesser de consulter, malgré la science acquise , moins d’absolu dans le système les feront peu à peu disparaître; les Aile-
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mands possèdent déjà ce qu’on n’acquiert pas. Et certes, à beaucoup de nos peintres dont nous ne contestons pas la supériorité dans les artifices de l’exécution, nous souhaiterions les autres qualités plus précieuses , aux dépens même de celles dont ils tirent si grande vanité et qui leur font regarder de haut les artistes de Dusseldorf et de Munich. Nous ne sommes pas seul de cet avis, car de nombreux aînateiirs se sont fait concurrence pour les tableaux de M. Muller en particulier, et ils ont attiré l’attention d’un auguste visiteur, de l’Empereur, qui a exprimé son désir de les garder. Le choix de Sa Majesté s’est également arrêté sur les délicieux tableaux de genre de Meyer, touchés d’un pinceau si délicat et qui nous semblent trahir les tendresses d’un cœur paternel. Rien de plus sympathique que ces aimables peintures qui , avec celles de Meyerheim , nous montrent , dans leur naïveté charmante , toute la bonhomie des types et des mœurs patriarcales de la vieille Allemagne. Sous ce rapport nous les préférons aux chefs-d’œuvre humoristiques de l’École Anglaise qui nous attristent, malgré des merveilles de talent, par je ne sais quoi d’ironique et d’amer sous les plus séduisantes apparences.
Les défauts au reste que nous ne craignons pas de reconnaître chez les peintres allemands n’entachent que peu ou point leurs dessins, témoin tous ceux d’Overbeck ; ces défauts aussi disparaissent
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dans la gravure qui, savante interprète de l’œuvre des maîtres, se plaît à faire ressortir leurs admirables qualités, en glissant, même sans infidél té, sur le reste. La gravure, qui compte aujourd’hui en Allemagne des artistes comme Joseph Keller, Mandel, Steifensand, François Keller, Ludy, Stang, etc., est en voie d’immenses progrès, grâce surtout à la Société de Dusseldorf, instituée pour la propagation des BONNES IMAGES RELIGIEUSES et qui a si bien mérité de l’Art et de la Religion. La persévérance de son zèle et de son dévouement, à travers mille obstacles depuis douze ans , vient d’avoir sa récompense dans le plus auguste des suffrages. Tout récemment sa sainteté Pie IX, par un bref, a félicité la Société et ses pieux membres (1) des services qu’ils ont rendus à la Religion en les remerciant à l’avance de ceux plus grands encore qu’ils sont appelés à rendre. «La Société, dit le bref, que nous sommes heureux de citer, poursuit un but des plus glorieux en faisant graver et publiant à très-bas prix de saintes images d’après les meil-
(1) Entre les plus dévoués, nous citerons M. l’abbé Beyrle,
infatigable dans sa propagande pour l’œuvre; M. Deger,
auquel on dut les premiers dessins; M. Joseph Keller, corrigeant toutes les planches; M. Scbulgen, qui surveille avec tant do sollicitude les impressions ; M. Walbrhœl, chargé de la comptabilité et de la correspondance, travail immense et qu’il fait gratuitement, comme tous ses collègues, au reste, qu’honore un si généreux désintéressement.
l'art ciiRÉrrEN
leurs peintres afin d’exciter et d’enflammer de jour en jour dans les cœurs chrétiens, la piété, la foi et la pratique de toutes les vertus. »
Il faut applaudir avec d’autant plus d’empressement à l’heureuse pensée de l’Association qu’elle paraît le meilleur remède à ce fléau de l’industrialisme qui, surtout en France, sous prétexte de religion, s’est fait des lettres et des arts une exploitation lucrative dont les produits mercantiles tournent à la dérision des choses saintes comme à l’abaissement et à la ruine de l’Art. Chose déplorable ! Il existe, à Paris surtout, de trop nombreuses boutiques, où des manœuvres badigeonnent et barbouillent à deux francs le mètre ou dix sous l’heure, plus ou moins, de soi-disant tableaux religieux, qui sont un opprobre pour l’Art et un scandale pour la Religion ; car ils l’exposent, par leur piteuse exécution, aux moqueries des indévots. Nous savons cjue lesdits fabricants se targuent du bon marché de leurs produits et que là vont s’approvisionner nos dignes prêtres de campagne appauvris par leur charité. Plus préoccupés de leur saint ministère que des questions d’art dont ils n’ont pu faire une étude spéciale, ils sont heureux et fiers, ne pouvant mieux d’ailleurs, de rapporter à leurs ouailles, pour la décoration de l’église, un tableau de six à huit pieds de haut dans son cadre doré, le tout au prix d’une modique somme de 150 ou 200 francs. Mais aussi quel
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cadre et quel tableau ! Nous avons tort peut-être, mais à ces pieuses caricatures, qui nous semblent insulter à l’Art et à la Religion, nous préférerions la nudité austère des murs blancs de l’église. Plût à Dieu du moins qu’à l’instar de l’Association de Dusseldorf, une Société pût se former, dans l’intérêt de la Religion et des artistes, pour mettre un terme à ces déplorables négoces, et ralliant à elle tant de jeunes talents, victimes de l’isolement, orner les églises, même les plus humbles, de peintures qu’on puisse regarder sans que les cheveux vous dressent sur la tête !
Il en est pour l’imagerie religieuse comme pour la peinture, c’est un commerce fort avantageux assurément à qui l’exerce, mais qui ne tourne pas toujours au profit de la Religion et de l’Art. Pour les grandes images le plus souvent ce sont de détestables gravures, absurdes copies ou ridicules originaux, qui nous montrent, à la grande jubilation des sceptiques, les personnages les plus vénérables, avec des types mignards, des formes et des accoutrements tout à fait invraisemblables, inouïs, grotesques. Maintes fois dans les églises de province, de Paris même, nous avons rencontré de ces Chemins de croix, devant lesquels comme chrétien et comme artiste nous passions humilié et indigné , presque tenté de décrocher le tableau pour le tourner contre le mur. Et c’est pis pour la petite imagerie. Qui n’a pas vu, aux vitres des bon-
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tiques, de ces images multicolores, enjolivées par toutes sortes de dentelles, guillochis et autres menues fanfreluches, au milieu desquelles, entre ces ' ornements parasites, s’encadre une figurine sans caractère et sans expression qui est censée représenter ou la Vierge Sainte, ou l’Enfant Jésus, ou quelqu’un de nos illustres Patrons ! La légende au bas nous l’assure. Que dire de toutes les autres puéiililés de mode à cette heure, et qui, dans les pélales d’un lis qui s’entr’ouvre, sous le bouquet de roses, de pensées, de tulipes aux tons criards, que le doigt soulève, montre aux regards du curieux quelque image soi-disant pieuse, mais tout à fait informe dans sa petitesse microscopique! Qui dira le sourire dédaigneux de l’incrédule à la vue de ces joujoux à surprise qui peuvent amuser sans doute les petites filles, mais n’édifieront jamais sérieusement personne, et sont peu faits pour porter à la réflexion et à la componction !
Voilà ce que la Société de Dusseldorf a compris; aussi de toutes les gravures, petites ou grandes, qui sortent de ses ateliers, il en est peu que l’Art et la lleligion ne puissent avouer également , et beaucoup, même parmi celles du moindre format, sont de gracieux chefs-d’œuvre; nous citerons entre autres, le saint Basile, le saint Joseph, la Présentation au Temple, le saint Charles Borromée, le saint Hubert, etc. Dans ces toutes petites planches, on admire à la fois, avec les vives et pieuses ex-
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pressions, un dessin savant, une composition heureuse en même temps qu’une taille délicate et ferme qui fait honneur au burin du graveur. La Société sait très-bien que, dans l’état des esprits, avec les préjugés enracinés du public et sa passion du joli, il faut des merveilles d’art pour arriver à faire une concurrence sérieuse aux agréments, den telles et couleurs voyantes de toutes ces gentillesses si séduisantes pour le mauvais goût. Ajoutons qu’il faut l’appât du bon marché pour tenter l’acheteur et le décider à considérer des gravures dont l’austère simplicité reffaroucbe au premier abord. Mais si vraiment il a dans le cœur la conviction religieuse, vive et profonde, il prend vite goût à ces images qui jwient si bien, disent les bonnes gens, et alors l’enfant même, la pauvre femme du peuple ou l’artisan illettré n’en veut jylus d’autres. Plusieurs ecclésiastiques nous ont affirmé avoir fait plusieurs fois cette expérience.
Honneur donc à l’École Allemande , honneur â ces pieux artistes qui témoignent à l’envi de leur l’econnaissance pour la Religion sainte à laquelle ils doivent surtout leur talent et qui moissonnent largement à son profit dans le champ fécondé par elle! Honneur à cet Art spiritualiste et chrétien qui se fait l’un des fervents auxiliaires de l’Église dans ce sublime effort par lequel elle travaille en ce moment à reconstituer l’Europe, c’est-à-dire le monde, dans cette glorieuse unité qu’entrevoyait.
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il y a cinqiiaut ans, le regard prophétique de De Maistre ! Grand, magnifique, consolant spectacle que celui auquel nous assistons! Au Nord, une Croisa e véritable, sous quelque nom qu’on la déguise, entraîne contre le schisme et la barbarie des légions de héros dont beaucoup nous rappellent, par la fermeté de leur foi comme par leurs mâles vertus , les plus illustres chevaliers des anciens jours. Et partout ailleurs en Europe, l’Église, soit qu’elle triomphe libre et radieuse, soit qu’elle lutte contre l’oppression, l’Église reprend une vigoureuse offensive, ici contre le rationalisme et le philosophisme, là contre le protestantisme dont les rages désespérées, semblables aux convulsions de l’agonie, attestent qu’il se sent de plus en plus frappé au cœur. Voyez en Angleterre, voyez en Allemagne. Or, dans l’un et l’autre pays l’Art est devenu comme la science un actif et puissant instrument de propagande. Les gravures si catholiques d’Overbeck sont recherchées avidement, au delà du détroit, par les classes élevées surtout chez lesquelles existe le goût inné et éclairé des arts. Plus d’un amateur qui avait ouvert l’Album évangélique d’Overbeck, après s’être oublié de longues heures dans une contemplation silencieuse, le ferme avec des larmes dans les yeux, en se demandant si la Religion, qui donne à l’artiste converti de telles inspirations, peut n’être pas la Religion véritable. L’influence n’est pas moindre en Allemagne
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OÙ les artistes catholiques ne font pas seulement admirer leurs tableaux, mais leurs vertus, mais l’élévation du caractère unie à celle du talent, la modération, le désintéressement, une noble émulation exempte de jalousie entre des rivaux qui sont comme des frères. Parfois même ils étonnent par l’héroïsme d’une abnégation qui ne recule pas devant le sacrifice pour éviter ne fût-ce que le soupçon de connivence avec l’erreur ou d’indifférence pour les croyances saintes auxquelles ils ont dévoué leur talent. Ainsi le professeur Veit quitte sans hésiter une brillante position plutôt que • de paraître sanctionner par son silence l’achat du tableau de Jean Hus, par Lessing, œuvre d’un vigoureux talent, mais calomnie brutale, mensonge impudent, grossière insulte par laquelle le révolté veut diffamer l’Église.