COMMUNION DES APOTRES. CRUCIFIXION
comme le montrent deux magnifiques patènes d'argent d'origine syrienne: l'une, découverte à Riha près d'Antioche en 1!U 1 en même temps qu'un admirable calice parait dater du vi" siècle ' ; l'autre, provenant deStùma près d'Alep parait un peu plus récente. Avec des variantes de détail (fond d'architecture sur la patène de Riha, ciborium auquel pend une lampe sur celle de Slùma , l'ordonnance est la même sur les deux, œuvres : derrière une table d'autel dont la nappe retombe en plis somptueux, le Christ est représenté deux l'ois et les apôtres divisés eu deux groupes, le
Fig. 49. — La Communion des Apôtres. Patène de Riha [environs d'Antioche , vi" siècle.
corps plié littéralement, le visage aux traits accusés respirant la ferveur, viennent recevoir d'un côté le pain, de l'autre le vin dans le calice que Jésus approche de leurs lèvres. Tel est le thème d'origine syrienne qui fut adopté dans l'art byzantin : il exprime bien le caractère de plus en plus dramatique que la liturgie prend à cette époque. Ce décor particulier aux plats qui contenaient les saintes espèces était complété par les séraphins aux trois paires d'ailes et aux roues d'où jaillissent des
1. L. Bréhier. Les trésors d'argenterie syrienne et 1 école artistique d'Antioche. Gazette des Beaux- Arts, mars 1920. Cf. Diehl dans Syria, 1921, p. 81. 95.
2. Ehersolt. Le trésor de Stûma au musée de Constantinople. Revue archéologique, 1911, i, 407-419, pi. VIII.
lis LA MÈRE DE DIEU
flammes, qui étaient graves sur les éventails liturgiques flabella, ripidia agités par les diacres autour de l'autel pendant le saint sacrifice '.
C'est ensuite la Crucifixion, désonnais admise dans les églises au milieu du cycle de la Passion, à l'église de Gaza - et au sommet d'une coupole des Saints- Apôtres, où le Christ était représenté sur la croix, encore vivant \ L'Evangéliaire du moine Rabula en donne le premier tableau pittoresque avec le fond de rocher sur lequel se détachent les trois gibets : la longue tunique de pourpre ou « colobium » qui couvre le Sauveur caractérise 1 iconographie orientale ' ; on la retrouve sur le dessin barbare de la coupe d'argent d'origine persane découverte à Perm', tandis que l'art byzantin s'en tiendra au type hellénistique du Christ nu. sauf la draperie nouée autour de ses reins. Il en est de même de la Descente du Saint- Esprit sur les apôtres, sujet inconnu à l'art primitif : elle occupait l'une des coupoles de 1 église qui leur était dédiée à Constantinople; d après les reproductions dues à des miniatures postérieures, les Apôtres étaient assis dans le Cénacle et des langues de feu se posaient sur leurs têtes" ; sur les murailles voisines étaient racontées leurs missions chez les différents peuples de 1 univers. Le même sujet se vovait à Sainte-Sophie et l'Evangéliaire de Rabula en offre aussi un spécimen avec la Vierge au milieu du collège apostolique7.
Enfin le sens théologique de la figure de Marie se précise. Comme dans la période précédente, elle est avant tout la Mère de Dieu : c'est par elle que l'Incarnation s'est accomplie et sa représentation en majesté est intimement liée à l'affirmation de ce dogme ; il est remarquable qu'elle soit exclue des programmes à tendance monophysite Saint-Vital de Ravenne, les Saints-Apôtres). En revanche, par une inspiration toute contraire, c'est à cette époque qu'on commence à lui donner la place d'honneur dans les absides : la belle Vierge en mosaïque de Parenzo (Istrie) (fig. 31) est le premier exemple de cette coutume. Mais en outre la Vierge a un rôle d'intercession que l'art commence à exprimer. A côté de la Vierge Kvriotissa type de majesté) apparaît la Panagia Blacherniotissa, ainsi appelée de la célèbre icône de l'église des Blachernes. Elle est représentée debout et orante, relevant de ses deux bras le manteau qui retombe en plis majestueux derrière elle*;
1. Des éventails de ce genre ont été découverts à Stûma [Ebersolt, p. 2-3 et prés d'Antioche. Les séraphins sont figurés de la même manière dans la vision d'Isaïe manuscrit de Cosmas Indicopleustés, Vatic gr. 699 f'J 74) et dans 1 Ascension de 1 évangéliaire de Zagba Laurentienne, I. (i f 13 : v. Diebl. Justinien, pi. V.
2 Choricius de Gaza. Dech/mat. éd. Boissonade , p. 91-98.
3 Heisenberg. Apostelkirche