L'ART DES MONASTÈRES D'ORIENT
C'est ainsi qu'au lieu tics représentations apocalyptiques en usage dans les églises du vi siècle, le peintre du Cosmas Indicopleustés figure dans sa réalité la scène du Jugement Dernier : au-dessous d'un Christ de majesté colossal, huit anges, la tête levée, sont attentifs aux ordres du Seigneur, tandis que dans deux autres zones la foule des humains attend en tremblant le verdict redoutable et qu'au registre inférieur, on voit les bustes des morts ressuscites '. Des peintures de Baouit montrent même des scènes infernales et c'est là qu'apparaît le type hideux du démon tourmentant les damnés'. La prédication morale tient une certaine place dans cet art qui aime les figures allégoriques. On y voit la Mort (Cosmas). la Sagesse Divine Évangéliaire de Rossano . l'Eglise triomphante vêtue comme une reine au diadème resplendissant avec lecalice à la main (Baouit .
La prédilection de cet art pour le détail pittoresque ifig. 50) se manifeste par la multiplicité des tableaux où sont détaillés tous les épisodes d'un même fait, par exemple l'histoire de David dans une chapelle de Baouit et le récit de la Passion dans l'Evangéliaire de Rossano. qui suivent pour ainsi dire pas à pas le texte sacré, dont les compositions officielles ne donnent que les éléments essentiels. C est ce qui explique le goût de cet art monastique pour les sources apocryphes et pour les biographies des saints qui tiennent une grande place dans les fresques égyptiennes. C est aussi à cette tendance que l'on doit certains types de Vierges, dénués de signification théologique et destinés seulement à montrer le tableau touchant de la tendresse maternelle de Marie. Telle est la Vierge allaitant son enfant, d'une cellule de Baouit ; et d'un fragment de sculpture du cimetière de Saint-Sébastien à Rome 4 ; telle est la gracieuse Madone sculptée sur la face d'un chapiteau en granit oriental du musée de Ravenne : : le geste mutin de l'Enfant tout nu qui se débat sur les genoux de sa Mère est exceptionnel dans l'art de cette époque. On n'en saisit pas moins dans ces compositions le principe d'une tradition qui devait en se perpétuant transformer complètement l'art chrétien.
Mais devant le développement prodigieux pris par l'art religieux dans le monde chrétien, le parti hostile aux images, qui apparaît dès les origines du christianisme, n'avait cessé de protester. Le sens même que l'on commençait à donner aux
1 Diehl. Art byzantin, p. 227. Gg. 113.
2 Dictionn. Archéol chrét., II. 239, Eg. 1278.