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LES ÉDITS ICONOCLASTES

des Arabes, considérait sans doute comme un acte de gratitude envers la Providence cette répression de l'idolâtrie. En même temps il taisait briser la statue du Christ que Constantin avait érigée au-dessus de la porte du palais de Chalcé et, dans les églises, les peintures étaient recouvertes de chaux.

Que cet édit ait paru intolérable aux populations de l'Empire, c'est ce que prouvent les révoltes qui l'accueillirent : la Gréée et l'Italie se soulevèrent, les papes protestèrent contre ledit impérial et. malgré la force dont ils disposaient, malgré l'appui d'un grand nombre d évéques. jamais les empereurs iconoclastes n arrivèrent à imposer leur volonté. L'art religieux eut ses martyrs et après une lutte acharnée qui dura plus d un sièele. la victoire resta aux images. Sous Constantin Y. lils de Léon III. un concile de 388 évéques réunis au palais de Hieria, en 7.").'!. formula d'une manière systématique la doctrine ieonoelaste qui devint une loi d Etat. Après une persécution violente contre les moines, dans les dernières années du règne de Constantin V. l'avènement de Léon IV marqua une accalmie, puis l'arrivée au pouvoir de l'Athénienne Irène, veuve de Léon IV, en 780, fut une défaite pour les iconoclastes. Irène toléra d'abord, puis rétablit le culte des images, dont la légitimité fut proclamée par le septième concile œcuménique tenu à Xicée 7<S(')-7(S7 . Mais en 815 I empereur Léon l'Arménien remit en vigueur les edits iconoclastes : une nouvelle lutte commença ; les moines de Stoudion devinrent les champions de l'art religieux et. même après leur dispersion, soutinrent l'opposition aux édits impériaux. Malgré les persécutions qui eurent lieu surtout sous Théophile, le parti des images resta tout-puissant, grâce à l'ardeur de la propagande monastique. Le 20 février 842, l'impératrice Théodora, devenue régente par la mort de Théophile, abrogea définitivement les édits iconoclastes : aujourd hui encore les églises orientales commémorent, le premier dimanche du carême, ce triomphe de l'orthodoxie (cf. fig. 84).

Cette longue querelle devait avoir des conséquences importantes pour l'art religieux. Afin de remplacer dans les églises l'iconographie religieuse, les empereurs iconoclastes eurent recours à l'ornementation profane. Des paysages verdoyants, où parmi les arbres et les fleurs se jouait tout un monde d'animaux, furent substitués par Constantin V aux images de l'Ascension et de la Pentecôte qui ornaient l'église des Blachernes. C'était la tradition du paysage hellénistique, telle qu'elle s'était conservée en Egypte, où elle règne d'une manière charmante dans certaines chapelles funéraires de Baouit l. Les œuvres commandées par Constantin V devaient ressembler beaucoup à ces chasses à la gazelle et à l'antilope que l'on a trouvées en Egypte. Les peintures si curieuses du palais musulman de Kosseïr-Amra pays de Moab), exécutées à cette époque, peuvent donner aussi une

1 Clédat. Baouit, pi. XXXVII finisse à la gazelle

l.Alfl DES ICONOCLASTES LEUR CULTE m 1 \ (IU)IX

ici éo précise de l'art décoratif que 1rs iconoclastes voulaient substituer à l'iconographie religieuse : à côté des motifs ornementaux animaux el bustes dans des losanges on y trouve des scènes de genre, une jeune femme sortant du bain, la curée après une chasse à l'antilope, les portraits des princes vaincus par les musulmans et nue figure de majesté entre deux aimées qui 1 éventent probablement le portrait d'un souverain . Théophile, tout au contraire, parait s'être adressé à la Perse musulmane pour renouveler l'art byzantin : c'est au ix" siècle en effet que les techniques persanes sculpture-broderie, sculpture champlevée pénètrent dans les pays grecs : c est à cette époque qu'apparaît dans l'ornementation des églises la faune de l'art arabe, dont les étoffes de soie fournissent les modèles : lions affrontés autour du vieux motif assyrien du « hom » ou « arbre de vie », aigles enlevant des lièvres dans leurs serres, léopards dévorant des gazelles, etc.

L'église de la Petite Métropole d'Athènes présente sur ses façades un magnifique ensemble de sculptures de ce type". Les artistes chrétiens copient même les inscriptions en caractères coufiques, tirées du Coran fig. 51 1, et cette tradition se conserve encore au xie siècle dans les églises de Daphni et de Saint-Luc \

Les iconoclastes ont donc développé fart profane, à la fois hellénistique et oriental, qui a survécu à leur défaite. En outre il semble bien que, de l'ancienne iconographie, ils aient conservé un seul symbole, la croix, pour laquelle, par une véritable inconséquence, ils témoignaient la plus grande dévotion. Ils admettaient 1 image de la croix dans les sanctuaires et c'est à eux que Ton doit probablement les croix décoratives des absides de Sainte-Irène à Constantinople et de Sainte-Sophie de Salonique*. Sur une croix pectorale en or du British Muséum, une inscription

1 Alois Musil Kusejr Amra. Vienne, 1907. L. Bréhier. L'Art byzantin, p. 39.

2 L. Bréhier. Etudes sur [histoire de la sculpture byzantine, p. 37. 3. Van Berchem et Strzygowski. Amida, p 371.

4 G .Millet. Les iconoclastes et la croix Bull de Correspondance hellénique, 1910. p. 103-104).

Fig. 51. — Fragment de clôture en marbre blanc. Musée byzantin d'Athènes, x' siècle. Lions affrontés autour de l'arbre de vie. Bordure formée d'une inscription coulique.

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