LE SANCTUAIRE
raient au milieu des archanges, et seize prophètes occupaient la bande concentrique : il en est de même à la Palatine et à la Martorana. tandis qu'à Daphni et à Saint-Mare de Venise les prophètes, qui ont reçu directement l'inspiration divine, entourent seuls l'image du Tout-Puissant, en montrant sur des rouleaux dépliés les versets les plus caractéristiques de leurs prophéties. Dans les homélies dramatiques qui étaient non seulement récitées mais jouées comme des mystères aux grandes cérémonies religieuses '. l'orateur appelait chacun des prophètes qui venait tour à tour répéter la prédiction qu'il avait laite de la venue du Messie. Telle est sans doute 1 origine de la grandiose procession des prophètes qui orne la hase des coupoles. Ils sont les hérauts célestes chargés d'annoncer la parole divine.
En face de la coupole s étend le sanctuaire on sont célébrés les mystères qui forment en quelque sorte le lien entre le monde céleste et le monde sensible. Une image placée au sommet de l'arc triomphal évoque d'abord l'idée de la justice divine qui rend la médiation nécessaire : c'est la « préparation » ou « Etimasia » du troue pour le Jugement Dernier J : au-dessus du trône vide apparaissent la croix, la lance et 1 éponge de la Passion ; deux anges avec les ornements impériaux en forment la garde. Dans la conque de l'abside on ne voit plus guère, sauf dans les églises de Sicile et de Cappadoce. le Christ qui y régnait autrefois. A sa place on trouve presque toujours la Vierge, et nous avons vu que cet usage a été répandu par les défenseurs des images: quelquefois c'est la Madone de majesté, figure de l'Incarnation, mais c'est surtout la Vierge orante « levant pour nous ses mains immaculées » s et intercédant pour le salut des hommes. C'est ainsi qu elle se montre à Sainte-Sophie de Kiev, à la Dormition de Nieée. à la Nea Moni de Chio, avec la stature colossale qui convient à la première personne de la hiérarchie céleste. Au contraire à Torcello, près de Venise, la Madone de l'abside porte l'Enfant sur les bras; à Saint-Luc en Phocide, à Saint-Just de Trieste (et il en était ainsi à Daphni), c est une Vierge de majesté assise sur un trône avec 1 Enfant sur les genoux; elle redevient alors la figure de l'Incarnation qui a rendu possible le sacrifice du Christ.
C'est en effet au-dessous de la Madone, dans la courbe de l'abside, que ce sacrifice est figuré dans sa réalité historique : la scène de la Communion des Apôtres occupe ainsi l'endroit le plus mystérieux de 1 église, au-dessus de l'autel, dont la barrière de 1 iconostase sépare les fidèles. L'aspect liturgique de cette composition se précise de plus en plus : à Sainte-Sophie de Kiev, l'autel placé sous un baldaquin
1. La Piana. Le rappresentazioni sacre nella letturatura. bizantina Grottafcrrata, 1912. Cf. L. Bréhier Le théâtre religieux à Byzance. Journal des Savants, août-septembre 1913.
2. Ps IX, 7-8 : « Il a préparé son trône pour exercer son jugement II jugera lui-même toute la terre dans 1 équité u.