IN DÉCOR THEATRAL
manifeste d'une manière éclatante, niais de plus, comme nous avons essayé de le montrer ailleurs '. ce cycle tle miniatures, dans lequel, à côté de détails empruntés au Protévangile de Jacques, on en trouve d autres provenant d'une vie syriaque tle Marie -. d'homélies dramatiques et d autres sources inconnues, nous a conservé dans le menu détail toute la mise en scène d'une pièce de théâtre analogue à nos mystères occidentaux. C'est ce que montrent et la liaison parfaite entre les divers tableaux qui permettent de suivre le développement de 1 action, et les divers jeux de scène qui correspondent aux divers moments d'un dialogue les cinq tableaux de l'Annonciation qui figurent la conversation de l'Ange avec Marie, les reproches de Joseph et la justification de Marie en quatre tableaux, fi». 76), et la permanence de certains décors maison de Joachim. intérieur du Temple de Salomon. maison île Joseph à Nazareth), et le caractère irréel d'autres décors isolés qui transportaient l'action tantôt en plein ciel, tantôt au fond des enfers, tantôt au temps des patriarches de l'Ancien Testament. Des tableaux à grand spectacle, processions, cortèges solennels, comme celui de la Présentation de Marie au Temple, interrompaient le dialogue et donnaient à la pièce le caractère de drame romantique que présentent nos mystères d'Occident. Un prologue, dont les principaux personnages étaient Joachim et Anne, avait pour sujet la Conception de Marie, puis six actes racontaient successivement la Nativité de Marie en présence des douze chefs des tribus d'Israël, sa Présentation au Temple et sa vie dans le Temple, son mariage avec Joseph, l'Annonciation (9 tableaux', la Visitation (13 tableaux), l'Accusation de Marie et de Joseph devant le Sanhédrin et leur innocence reconnue 15 tableaux .
On voit quelle est la richesse de cette iconographie, si on la compare à celle des églises. Les grottes de Gappadoce elles-mêmes ne présentent pas de cycle aussi complet ; mais, comme l'a fait remarquer le R. P. de Jerphanion3. certains détails de leur décoration, le voyage de Joseph et de Marie à Bethléem, le cycle du Baptême de Jésus, les réflexions des enfants qui assistent à l'entrée à Jérusalem (peintures de Toqale . semblent bien voisins de ces dialogues scéniques dont les manuscrits du moine Jacques nous ont conservé un ensemble, et il y aurait lieu de rechercher si certains thèmes adoptés dans l'iconographie des églises n'ont pas cette origine. On ne peut nier par exemple les rapports étroits qui existent entre les cinq tableaux de l'Annonciation dans les Homélies du Moine Jacques et les quatre tableaux consacrés à cette scène dans l'illustration de 1 hymne Akathistos où sont glorifiés les épisodes de la vie de la Vierge.
1. L. Bréhier. Les miniatures des Homélies du moine Jacques et le théâtre religieux :'i Bvzance .Monuments Piot, XXIV. 1921 . — L'Art byzantin, 1924, p. 63-72