L'ART RELIGIEUX DE LA GAULE MÉROVINGIENNE
occidental. De même la marguerite à six rayons qu'on voit sur la châsse de Saint- Benoît-sur-Loire vu siècK- est l'ornement traditionnel des « ostothèques »
juives qui sont le prototype des châsses chrétiennes". 11 est impossible de ne pas rapprocher I apparition subite de ce motif en Occident de la situation prépondérante que les Syriens y occupaient.
Nous ne connaissons plus que par des témoignages écrits l'ornementation des basiliques, comme Saint-Martin de Tours. Sainte-Geneviève de Paris, due à la munificence de la reine Clotilde, et l'église de Cologne en l'honneur des martyrs de la légion thébaine, qu'on appelait les « Saints d'Or » à cause de ses splendides mosaïques. Les arts décoratifs, mieux représentés dans nos collections, nous montrent la prédominance de l'ornemeni géométrique, de l'ornement végétal, de la faune stylisée sur la figure humaine. Les boucles de ceinturon d'origine burgonde reproduisent assez souvent l'épisode de Daniel entre les lions et le même motif est gravé au trait sur le sarcophage de Charenton-sur-Cher". Il n'y a plus aucune proportion dans ces figures ramassées, semblables à des pantins dessinés par des enfants '. La décadence de la technique menace sérieusement l'existence même de I iconographie chrétienne.
Seuls les monuments, importés d'Orient ou imités directement de prototypes orientaux, montrent encore une certaine science de la figure humaine. Tel est le Pentateuque de Saint-Gatien de Tours dit Pentâteuque Ashburnam), qui parait avoir été composé en Espagne au vif siècle, mais dont les miniatures reproduisent certainement une œuvre syrienne (fig. 96). Llles sont remarquables par leur caractère pittoresque, par leurs fonds de paysages et leurs architectures pompéiennes, par les groupements de leurs figures, dont le costume oriental, les chausses et la tunique courte pour les hommes, la haute coiffure palmyréenne et les bijoux des femmes trahissent l'origine. On a remarqué aussi le caractère méridional de la flore et de la faune : palmiers-dattiers, chameaux, scorpions, chevaux harnachés à l'orientale avec la selle haute et le bât caractéristiques. Ces précieuses miniatures nous fournissent un témoignage sur cet art naturaliste et populaire dont nous avons constaté la naissance en Orient à la fin de l'antiquité et que des marchands ou des moines syriens ont apporté ainsi dans l'Espagne des Wisigoths.
Deux pays seulement sont restés, à la fin de cette période, des foyers de culture et de production artistique. C'est d'abord l'Italie, qui a subi profondément,