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LA METHODE ALLÉGORIQUE

Images. Au milieu de ces polémiques s'affirme I1' point de vue occidental entière-^ ment opposé à la doctrine byzantine : les images n ont pas de valeur miraculeuse, dles ne sont qu une commémoration destinée à instruire les fidèles. Comme l'avait déjà écrit le pape saint Grégoire le Grand à I évéque iconoclaste Serenus,

comme le redira plus tard Suger à saint Bernard, adversaire fougueux, lui aussi, de l'ornementation des églises, l'art religieux est la Bible des illettrés ; il est, au même titre que 1 homélie, un moyen d'enseignement catéchétique '.

Mais pour être une homélie figurée, l'art religieux doit se conformer aux principes d'après lesquels les Pères de l'Eglise ont constitué renseignement catéchétique. L'Ecriture Sainte n est pas un simple recueil de récits historiques : elle renferme en outre la vérité spéculative et pratique qu'il s'agit d'en faire sortir par la méthode allégorique. Cette méthode, employée déjà chez les Grecs par les stoïciens, consiste à remonter d'une image à 1 idée dont elle est le signe. Au i"'' siècle de l'ère chrétienne. Philon le Juif l'appliqua au récit biblique, dont les personnages furent pour lui des « manières d'être » bonnes ou mauvaises de I âme \ Les théologiens d'Alexandrie, et surtout Origène (185-253), recueillirent celle tradition. D'après Origène le sens de l'Ecriture est triple, littéral, moral et mystique: mais il en arriva vite à sacrifier le premier sens et ne réussit qu'à enlever tout fondement positif au christianisme. Les Pères de l'Eglise, saint Hilaire, saint Ambroise. saint Augustin s'attachèrent au contraire à sauvegarder la réalité historique de l'Ecriture, tout en y cherchant un enseignement dogmatique et moral. La doctrine fut fixée par saint Grégoire le Grand, qui prescrivit aux prédicateurs de dégager du texte biblique le sens littéral ou historique, le sens typique ou doctrinal, le sens tropologique ou moral. C'est ainsi qu'au deuxième sens, les sept fils de Job représentent les apôtres et, au point de vue moral, les vertus.

Tout le moyen âge occidental a vécu de cette doctrine qui a été longtemps le fondement même de l'enseignement religieux". Des recueils complets, de véritables Sommes ont été composés pour venir en aide aux prédicateurs et leur fournir des interprétations exactes de l'Ecriture. Le plus célèbre de ces recueils est la (ilose ordinaire de Walafrid Strabo, abbé de Reichenau ' 809-843) . élève lui-même, au monastère de Fulda, de Raban Maur, qui se borna à compulser les recueils qu'Isidore de Séville et Bède le Vénérable avaient faits de l'enseignement des Pères de

1. Gregorii Epist , IX. 105. o ut hi qui litteras nesciunt, saltem in parietibus videndo legant qua? légère in codicibus non valent «.Cf. Benoît Biscop, abbé de Wereamoutb. fin vu siècle Acla ordinis sancti Benedicti, ii° siècle). Walafrid Slrabo (809-8-12 '. de rébus ecclesiasticis. 8 [Pat. Lat., CXIV. 927-93(1 : < pictura est quœdam litteratura illiterato ». Synode d A ira s 1035] : n Illiterati. quod per scripturani non possunt întueri, hoc per qua'dam pictur;u lineamenta contemplantur. » Mansi, Concilia, IX, -154.)

2. Emile Bréhier. Les idées philosophiques et religieuses de Philon d'Alexandrie. Paris, 1908. p. 35 et suiv. (23éd. 19241 .

3 La théorie est bien résumée par Scot Erigène dans sa « Hiérarchie Céleste » (vers 847 [Pat. Lat., CXXII, 138). Cf. Gilson. Etudes de philosophie médiévale, 1921. p. 13.

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